ALLÉGORIE, notion d'

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De l'allégorie au symbole

Ainsi autorisée par la théologie, l'allégorie a connu un prodigieux essor dans la littérature et l'art du Moyen Âge – au point que la pensée médiévale tout entière a pu être qualifiée d'allégorique. Tout s'entrelace, tout se répond dans un monde saturé de signes, sorte de livre où déchiffrer les marques du Créateur – mais aussi miroir de soi dans la quête amoureuse du Roman de la Rose (xiiie siècle), ou celle guerrière et chevaleresque des romans arthuriens. Cette prolifération du sens se retrouve dans l'esthétique baroque, mais elle semble s'y fixer en codes, comme on le voit dans l'Iconologie de Cesare Ripa (1603), répertoire d'emblèmes, de hiéroglyphes, déterminant pour la lecture des œuvres plastiques au xviie siècle.

Progressivement l'allégorie semble perdre vie. La tendance, à la Renaissance, à utiliser la mythologie classique comme une sorte de double poétique de la vraie religion ou, au siècle suivant, à Versailles, l'usage de l'allégorie à des fins politiques de glorification aboutissent au jugement sévère de Diderot dans les Salons sur une forme devenue « froide et obscure ». Le terme est franchement discrédité par Goethe et les romantiques allemands, qui lui préfèrent celui de symbole. Dans l'allégorie, la lettre (ou la peinture) est réputée transparente, elle doit être traversée pour accéder à un sens fixé d'avance. Le symbole au contraire est un réservoir inépuisable de sens ; selon une formulation reprise à Schelling par August Wilhlem Schlegel, en 1804, c'est l'infini qui apparaît dans le fini. Le symbole échappe à la rationalité : sa promotion va de pair avec celle du sentiment, du génie, bref avec une nouvelle esthétique – comme les notions de pathétique et de sublime – venue bouleverser la poétique [...]


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Pour citer l’article

François TRÉMOLIÈRES, « ALLÉGORIE, notion d' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allegorie-notion-d/