ADLER ALFRED (1870-1937)

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La signification des névroses

La disposition névrotique qui en résulte est en fait déjà une véritable névrose. Les symptômes proprement névrotiques : manifestations d'angoisse, troubles fonctionnels, insomnies, fatigue, obsessions, phobies, apparaissent avec plus de netteté et revêtent une allure pathologique seulement dans les circonstances où un besoin intime de légitimation exige l'instauration d'artifices d'intensification. Les symptômes restent latents dans les conditions propices où le sujet peut se permettre, par d'autres stratagèmes, de rester éloigné des tâches redoutées. Confronté à un problème estimé insoluble, il mettra alors en œuvre des mesures de sécurité renforcées, propres à accentuer la distance de ce qu'il considère comme un danger. Son imagination amplifiera son anxiété par des cauchemars et des anticipations néfastes. L'effet du choc accroît, par la voie du système neurovégétatif, l'ébranlement de l'organisme avec les modifications qui en résultent et aident l'individu à s'engager dans la voie de la retraite. Cet ébranlement provoque souvent des perturbations fonctionnelles, particulièrement dans les organes qui, marqués par une infériorité héréditaire ou une surcharge d'attention, réagissent le plus fortement aux perturbations psychiques.

Les manifestations psychiques et les symptômes fonctionnels se présentent soit simultanément, pendant une certaine période de la maladie, soit alternativement. Séparés de leur contexte pathologique, ils peuvent paraître contradictoires ou prendre l'apparence d'une scission de la personnalité.

On ne peut prétendre que le névropathe désire être malade. Il souffre réellement, mais préfère inconsciemment cette souffrance à celle causée par la perspective d'un échec, la démonstration de son insuffisance et l'humiliation de son orgueil. Dans son optique, les symptômes sont subis comme des entités pathologiques indépendantes de ses propres possibilités d'action. Le style de vie reste incompris par le malade, ce qui lui permet de s'estimer victime d'une destinée dont il n'est pas responsable. Il n'est pas décidé à lutter contre les symptômes, bien qu'il souhaite être guéri.

La névrose est donc une tentative d'éviter le plus grand mal et de sauvegarder sa supériorité fictive en excluant la décision de payer le prix par un changement d'orientation. Dans la plupart des cas, le sujet s'évertue à se prouver et à démontrer à autrui, au moyen de sa déficience, qu'il doit se tenir éloigné de telle action ou de telle décision (études, choix professionnel, mariage). Le but toujours présent est l'accession à une position privilégiée, écartant la responsabilité propre du malade, position que celui-ci défend avec les moyens que ses expériences lui ont révélés comme étant les plus efficaces. Il se met, en sécurité par sa retraite et crée les conditions de celle-ci en intensifiant l'ébranlement affectif qu'a provoqué la difficulté, jusqu'au point où, fuyant le devoir, il trouve dans la maladie le plus sûr refuge.

Il est donc essentiel de comprendre le langage des symptômes névropathiques et de les reconnaître comme des expressions structurales du même ensemble mis en œuvre par la personne dans sa totalité. L'équilibre d'un être humain dépend de son adaptation à la communauté humaine ; de son acceptation de lui-même et des tâches dictées par la vie qui, toutes, exigent la coopération. La carence de ce sens joue un rôle prépondérant dans l'instauration des troubles nerveux ; le devoir exige une réponse positive à ces tâches, mais le style de vie de l'individu ne se fonde pas nécessairement sur un impératif éthique. Chez tous les individus présentant à des degrés divers des troubles du comportement, il est possible de déceler une vision du monde erronée, portant la marque d'une carence ou d'un étouffement du sens de la communauté.

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Pour citer l’article

Alfred MEYER, « ADLER ALFRED - (1870-1937) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alfred-adler/