KOYRÉ ALEXANDRE (1892-1964)

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L'unité de la pensée

Dans les années 1920, Alexandre Koyré étudie la mystique spéculative comme itinéraire intellectuel vers Dieu, conçu comme fusion avec un Absolu transcendant dans la mystique allemande ou comme adoration de l'Infini immanent dans la mystique française. Puis, à partir des années 1930, il poursuit l'étude de la pensée scientifique à l'âge classique (xvie-xviie siècles). S'il s'était d'abord attaché à montrer comment la pensée scientifique posait des problèmes métaphysiques, notamment l'astronomie copernicienne à la mystique de Jakob Boehme, il s'est ensuite employé à identifier les intuitions métaphysiques qui sont au cœur des grandes théories scientifiques et les structurent. La conviction profonde de Koyré est qu'il existe une unité de la pensée qui transcende sa division en disciplines autonomes et qu'il appartient à l'historien de rétablir. L'unité de la pensée qu'il a entrepris de reconstituer est celle du platonisme qu'il étudia dans ses variantes successives en philosophie et en physique du xie siècle au début du xixe siècle, soit de saint Anselme à Hegel. C'est dans ce cadre, dominé, pense-t-il, par l'opposition du platonisme (l'imposition de formes mathématiques à la réalité empirique) et de l'aristotélisme (l'observation logique des faits empiriques), que s'inscrit la révolution scientifique des xvie-xviie siècles.

Pour Koyré, l'émergence de la physique classique fut une révolution au sens littéral du terme puisqu'elle a substitué une science platonicienne à la science aristotélicienne qui l'avait supplantée. Il l'a définie par deux traits caractéristiques. D'une part, elle a détruit le cosmos géocentrique grec et anthropocentrique médiéval, conçu comme un tout fini et ordonné de valeurs et d'êtres. D'autre part, elle a géométrisé l'espace, étendue désormais homogène et infinie d'un univers qui n'est plus unifié par son créateur mais par la seule identité de ses lois et de ses éléments ultimes.


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Écrit par :

  • : directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Pour citer l’article

Gérard JORLAND, « KOYRÉ ALEXANDRE - (1892-1964) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-koyre/