HERZEN ALEXANDRE IVANOVITCH (1812-1870)

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Un génie de la synthèse

De retour à Moscou en 1840 (mais il connaîtra en 1841-1842 un autre exil, à Novgorod), Herzen participe très activement à la vie intellectuelle. Naguère soucieux de trouver une synthèse entre science et religion dans les socialismes utopiques, il s'initie à Hegel et, contre les interprétations de l'« hégélianisme de droite » qui avaient un temps subjugué ses amis Bielinski et Bakounine, veut rétablir l'autonomie de l'individu en refusant l'absolutisation de l'histoire. Influencé par Feuerbach et le philosophe polonais Cieszkowski, il crée une philosophie de l'action dans laquelle la notion d'individu, but et non instrument de l'histoire, réconcilie rationalité et liberté (Le Dilettantisme en science, 1843). Une position analogue s'exprime dans ses Lettres sur l'étude de la nature (1845) : le matérialisme (« empirisme » chez Herzen) et la philosophie spéculative (« idéalisme ») doivent se féconder mutuellement, le premier n'accédant pas à la synthèse (et, notamment, pas à la notion de personne), la seconde ignorant le concret individuel. Tension dialectique qui se retrouvera chez Herzen aux niveaux sociologique et politique, entre le souci de la liberté individuelle, écrasée par le poids de l'autorité et de la tradition, et le risque clairement entrevu d'atomisation ou de désintégration sociale. D'où, chez cet « occidentaliste », des tendances slavophiles qui apparaîtront notamment dans le populisme.

Les années quarante sont aussi parmi les plus fécondes du point de vue littéraire : avec À qui la faute ? (1841-1846), Le Docteur Kroupov (1847), La Pie voleuse (1848), il se place dans le courant réaliste qui se réclame, à tort ou à raison, de Gogol. Sa voie est d'emblée originale : il s'agit – éventuellement à l'aide d'éléments autobiographiques – d'une exploration littéraire de l'homme moderne et de son destin face à sa situation socio-historique. Psychologue et historien du temps présent, Herzen donne vie à des héros – par exemple Beltov, cet « homme de trop » – qui ne le cèdent en rien à ceux de Tou [...]

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Pour citer l’article

Jean BONAMOUR, « HERZEN ALEXANDRE IVANOVITCH - (1812-1870) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-ivanovitch-herzen/