ALEMBERT JEAN LE ROND D' (1717-1783)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le savant et l'encyclopédiste

Né le 16 novembre 1717, abandonné par sa mère, la marquise de Tencin, sur les marches de l'église Saint-Jean-le-Rond à Paris – d'où son nom –, Jean Le Rond d'Alembert fut recueilli et élevé par la femme d'un vitrier, Mme Rousseau, chez qui il demeura jusqu'à l'âge de quarante-huit ans. Son père, le chevalier Destouches, fit en sorte de subvenir à ses besoins et de lui procurer la meilleure éducation. En pension de quatre à douze ans, puis élève au collège des Quatre-Nations de 1730 à 1735, il reçut de maîtres malebranchistes une éducation janséniste et cartésienne. Bachelier ès arts, il suivit des cours de droit puis de médecine avant de se consacrer définitivement aux mathématiques. Ses premiers travaux le firent remarquer de Clairaut et il entra à l'Académie des sciences comme « associé astronome adjoint » à vingt-quatre ans.

Il publia en 1743 le Traité de dynamique, dont l'importance fut décisive pour le développement ultérieur de la mécanique rationnelle, et qui assura sa consécration, et, l'année suivante, le Traité de l'équilibre et du mouvements des fluides, qui unifiait en quelque sorte la dynamique des solides et celle des fluides. Il gagna, en 1746, le concours de l'Académie de Berlin avec ses Réflexions sur la cause générale des vents – un traité des marées atmosphériques –, parues l'année précédente. Ses Recherches sur la précession des équinoxes et sur la nutation de l'axe de la Terre dans le système newtonien parurent en 1749, et ses Recherches sur différents points importants du système du monde de 1754 à 1756. Outre ces ouvrages majeurs, il donna d'importantes contributions, notamment dans les mémoires de l'Académie de Berlin – tel son travail fondamental sur l'équation des cordes vibrantes (1747) – et dans ses Opuscules mathématiques (9 volumes, dont 8 parus de 1761 à 1780, les 5 premiers étant les plus notables).

D'Alembert s'intéressa en outre à la musique et donna en 1752 des Éléments de musique théorique et pratique, suivis en 1754 de Réflexions sur la musique en général et sur la musique française en particulier. Ces ouvrages le firent considérer comme le théoricien des conceptions de Rameau.

Sa jeune célébrité lui ouvrit les salons parisiens et il devint un habitué de ceux de Mme Geoffrin, de Mme du Deffand, puis de celui de Julie de Lespinasse, avec laquelle il vécut à partir de 1764 : ce salon où se retrouvaient les « philosophes » était fréquenté notamment par Turgot, Condorcet et des savants étrangers de passage, tels que Hume.

Engagé en 1745 avec Diderot par le libraire Le Breton pour traduire la Cyclopedia de Chambers, d'Alembert s'était lié d'amitié avec Condillac et avec Rousseau, mais il rompit plus tard avec ce dernier. Promu codirecteur « pour la partie mathématique » de l'ouvrage devenu l'Encyclopédie, il se trouva amené à participer activement aux débats d'idées de son temps, à tel point qu'il apparut assez rapidement comme le chef de file du « parti philosophique », avec l'appui vigilant de Voltaire, auquel le lia une étroite amitié et avec qui il entretint une volumineuse correspondance.

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Photographie : Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Le monument du siècle des Lumières est un « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». Œuvre collective menée à bien entre 1751 et 1772 par Diderot et d'Alembert, l'Encyclopédie, articles et planches, marque autant la promotion du philosophe que celle de l'artisan.... 

Crédits : AKG-Images

Afficher

Ses contributions à l'Encyclopédie débordèrent rapidement ses attributions initiales, puisque c'est à lui qu'échut la rédaction du Discours préliminaire publié en tête du premier volume en 1751, discours qui apparaît comme un véritable manifeste des Lumières et qui fut immédiatement salué comme un chef-d'œuvre. En même temps qu'il développait ses vues philosophiques dans des articles de l'ouvrage (par exemple « Élémens des sciences ») aussi bien qu'en marge de ce dernier (Essai sur les élémens de philosophie, 1759 ; Éclaircissements à cet Essai, 1765 ; volumes de Mélanges), il participait à l'orientation idéologique de l'Encyclopédie par des préfaces très polémiques et des articles (tels « Dictionnaire », ou « Genève »), où il prenait nettement des positions antimétaphysiques et antiabsolutistes. Des divergences tactiques aussi bien que philosophiques l'opposèrent bientôt à Diderot, et il démissionna de l'Encyclopédie en mars 1759, mais revint quelques mois plus tard pour se consacrer uniquement à la partie mathématique et physique. Sa broui [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Médias de l’article

D'Alembert

D'Alembert
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Crédits : AKG-Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ALEMBERT JEAN LE ROND D' (1717-1783)  » est également traité dans :

ENCYCLOPÉDIE (D. Diderot et J. Le Rond d'Alembert) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean Marie GOULEMOT
  •  • 1 141 mots
  •  • 1 média

L'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Denis Diderot (1713-1784) et de Jean Le Rond d'Alembert (1717-1783) a pris très tôt valeur de symbole. En elle se trouvent concentrés l'appétit de savoir qui habi […] Lire la suite

CALCUL INFINITÉSIMAL - Histoire

  • Écrit par 
  • René TATON
  •  • 11 509 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Équations aux dérivées partielles »  : […] En 1747, à l'occasion d'une étude sur le problème des vents, d'Alembert introduisit et étudia des équations d'un type nouveau, les équations aux dérivées partielles, faisant intervenir simultanément les dérivées partielles d'une même fonction par rapport à différentes variables. Le fait que la plupart des phénomènes physiques dépendent de plusieurs variables révélait l'importance de ce nouveau ty […] Lire la suite

ENCYCLOPÉDIE

  • Écrit par 
  • Alain REY
  •  • 5 701 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les Lumières »  : […] Le xviii e  siècle est l'époque où l'idée d'encyclopédie donne naissance à un type de livre caractérisé non seulement par son contenu englobant et ses intentions didactiques, mais par une véritable politique éditoriale, ce qui suppose des besoins, des techniques, des effets économiques d'un type nouveau. Beaucoup d'ouvrages de ce genre hésitent entre la désignation par lexicon – qui l'emporte en […] Lire la suite

ENCYCLOPÉDIE DE DIDEROT (1751-1772)

  • Écrit par 
  • Yvon BELAVAL
  •  • 2 377 mots
  •  • 1 média

Si, comme on l'a professé durant des siècles, la pensée est le miroir de l'être, et si le monde est sphérique, fini, alors, comment ne pas imaginer que le savoir total puisse être, lui aussi, fini et circulaire ? Tel est bien le premier modèle du savoir encyclopédique, que se propose encore un Bruno Latini et, même, un Pic de la Mirandole. Mais voici : les progrès de la science ouvrent un univers […] Lire la suite

EULER LEONHARD (1707-1783)

  • Écrit par 
  • Christian HOUZEL, 
  • Jean ITARD
  •  • 2 813 mots

Dans le chapitre « Mécanique, physique, astronomie »  : […] Euler a publié de nombreux ouvrages relatifs à la technique. En 1736, paraît son traité de mécanique, Mechanica sive motus scientia analytice exposita , où, pour la première fois, la mécanique du point matériel est conçue et exposée comme une science rationnelle. En 1765, il donnera sa Theoria motus corporum solidorum seu rigidorum , où il définit le centre d'inertie, les moments d'inertie […] Lire la suite

EXPONENTIELLE & LOGARITHME

  • Écrit par 
  • Jean-Luc VERLEY
  •  • 6 282 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Logarithmes complexes »  : […] Les tentatives pour étendre les logarithmes aux nombres négatifs, puis aux nombres complexes, sont à l'origine d'une controverse célèbre qui a opposé, pendant près d'un demi-siècle, les plus grands esprits mathématiques du xviii e  siècle. Jean Bernoulli admettait implicitement l'existence des logarithmes des nombres complexes, par analogie avec le cas réel, et il les introduisait tout naturellem […] Lire la suite

INTELLECTUEL

  • Écrit par 
  • Jean Marie GOULEMOT
  •  • 9 432 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Du philosophe comme précurseur de l'intellectuel »  : […] S'il existe avant l'affaire Dreyfus une période de transformation du statut et de l'imaginaire des gens de lettres, c'est dans le xviii e  siècle qu'il convient logiquement de la situer. Les érudits y sont pourtant nombreux ; leur érudition s'exerce sous le contrôle du pouvoir qui surveille leurs travaux. Autour de Richelieu, de Mazarin et de Colbert, le xvii e  siècle avait inventé des bureaux de […] Lire la suite

LESPINASSE JULIE DE (1732-1776)

  • Écrit par 
  • Denise BRAHIMI
  •  • 452 mots

La célébrité de Mlle de Lespinasse tient à ce qu'elle a tenu un salon (1764-1776), fréquenté notamment par son grand ami d'Alembert et par d'autres fidèles tels que Condillac, Marmontel, Condorcet, Turgot. À dire vrai, elle n'eut son propre salon qu'après avoir rompu avec la marquise du Deffand et entraîné avec elle la plupart des hôtes de son ancienne patronne. La brouille entre les deux femmes f […] Lire la suite

LETTRE À D'ALEMBERT SUR LES SPECTACLES, Jean-Jacques Rousseau - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Anouchka VASAK
  •  • 1 067 mots

Dans le chapitre « Une condamnation sans appel »  : […] Le texte, dont Rousseau évoque la genèse dans le livre X des Confessions , est bien une « lettre à d'Alembert », une réponse adressée à l'auteur de l'article « Genève » dans le volume VII de l' Encyclopédie paru en décembre 1757. Le destinataire y apparaît dès la première phrase, et ressurgira à l'occasion comme dans une tentative d'emprise affective. Mais ce destinataire initial en cache d'autre […] Lire la suite

LIMITE NOTION DE

  • Écrit par 
  • Christian HOUZEL
  •  • 1 194 mots

La notion de limite fait son apparition dans un ouvrage du mathématicien anglais B. Robins intitulé A Discourse Concerning the Nature and Certainty of Sir Isaac Newton's Method of Fluxions and Prime and Ultimate Ratios (1735) ; c'est une réponse aux critiques formulées par le philosophe G. Berkeley à l'encontre du calcul infinitésimal dans son célèbre pamphlet The Analyst (1734). Robins essaie d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel PATY, « ALEMBERT JEAN LE ROND D' - (1717-1783) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alembert-jean-le-rond-d/