ALCOOLS (G. Apollinaire)Fiche de lecture

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Une étonnante mobilité d'écriture

Deux sources ont alimenté la composition d'Alcools : l'une est formée d'un ensemble mouvant de poèmes réunis en 1912, auxquels s'ajoutent certains poèmes d'inspiration cubiste ou simultanéiste, tels « Zone » ou « Les Fiançailles » (« dédiées à Picasso dont j'admire l'art sublime »). L'autre rassemble les affluents de la veine rhénane, poèmes en demi-teinte élégiaques et pensifs. L'organisation générale du recueil (d'abord élaboré sous le titre Eau de vie) porte la trace de cette étonnante mobilité d'écriture, de nombreux textes ayant été réécrits, modifiés, corrigés ou restitués dans un ensemble sans chronologie autre que celle d'un rythme alternatif, en arche de pont sur le flux des poèmes : « Bergère ô Tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin », proclame en ouverture un vers de « Zone », suivi immédiatement par le « Pont Mirabeau », tandis que le dernier poème, « Vendémiaire », évoque une nuit de septembre où « Les feux rouges des ponts s'éteignaient dans la Seine/ Les étoiles mouraient le jour naissait à peine ».

Ainsi, cinq séquences autonomes apparaissent : « La Chanson du mal-aimé », alternance de poèmes titrés, en romain, et d'une suite de quintils, strophes en cinq vers, en italique ; « Le Brasier », dont Apollinaire souligne dans une lettre qu'il est, avec « Les Fiançailles », son « meilleur poème » ; les neufs poèmes de « Rhénanes », dont « La Loreley » forme le centre rayonnant ; les neufs poèmes des « Fiançailles », qui s'achèvent sur une flambée icarienne (« Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez/ Le soleil et l'amour dansaient dans le village/ Et tes enfants galants bien ou mal habillés/ Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage ») ; « À la Santé » enfin, qui rapporte en six étapes la méditation née du court séjour qu'Apollinaire fit en prison en septembre 1911. Entre ces pôles, des pièces énigmatiques à l'extrême (« Lul de Faltenin ») ou des tableaux transparents (« Saltimbanques ») se succèdent.


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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Pau et des pays de l'Adour, faculté de Bayonne

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Pour citer l’article

Pierre VILAR, « ALCOOLS (G. Apollinaire) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alcools-fiche-de-lecture/