ALCOOLISME

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Aspects cliniques

Effets neuro-psychiques

Généralement consommé comme un stimulant, l'alcool en réalité se rapproche plutôt des anesthésiques. Il fut le premier anesthésique connu en chirurgie générale. Dans la classification actuelle des substances qui agissent sur le système nerveux, il se rapproche des tranquillisants dont l'effet électif est l'apaisement de l'angoisse.

L'intoxication alcoolique aiguë a été très étudiée sur l'animal et chez l'homme, et l'intérêt actuel porte sur les intoxications mineures : le sujet ne présente aucun signe clinique, son alcoolémie est modérée, son comportement parfaitement normal, mais il semble bien que les tests psychomoteurs les plus fins soient déjà perturbés. Cette période fait actuellement l'objet des discussions les plus importantes. Il ne fait aucun doute que se trouvent dans cet état des sujets qui ont pris des doses d'alcool modérées et qu'on ne saurait en aucun cas taxer d'ivresse. Mais il reste que ces sujets présentent probablement un risque social, par exemple dans la conduite d'un véhicule, dont la vitesse est telle qu'un léger retard des réflexes peut être cause d'accidents graves. Cette pointe de bonne humeur sans autre aspect anormal qu'une moindre autocritique, le fait que le sujet soit euphorique et par conséquent ne prenne aucune précaution, est la phase la plus dangereuse sur le plan des accidents de la route ou des accidents du travail. À ce stade, l'intoxication alcoolique aiguë peut être démontrée par dosage chimique révélant des alcoolémies au voisinage de 0,50 g/l), valeur au niveau de laquelle il n'est plus licite, en France, de conduire une automobile. Elle correspond à deux « verres » (consommation « bistro ») standard.

À dose plus forte, les signes cliniques apparaissent. Entre 1 et 2 g/l, ils peuvent être peu évocateurs chez des sujets dont les troubles psychologiques sont déjà importants. L'absence d'autocritique, la levée des inhibitions et, notamment, des inhibitions névrotiques, peuvent avoir des conséquences médico-légales, et c'est à ce stade que l'on peut observer combien l'alcoolisme facilite la délinquance passionnelle, notamment les délits sexuels ou les crimes de sang. À dose plus forte, un tableau confusionnel devient évident, accompagné de signes neurologiques, et en particulier de déséquilibre qui marque l'atteinte des structures cérébelleuses. Enfin, au-delà de 4 à 5 g/l, c'est le coma qui risque d'être mortel, comme tous les comas toxiques, si des mesures adéquates de réanimation ne sont pas prises.

Tout autre est le tableau de l'intoxication alcoolique chronique. Deux modes doivent en être opposés.

D'abord la recherche de l'ivresse pour l'ivresse. Certains alcooliques chroniques (le roman de Steinbeck, Les Naufragés de l'autocar, en donne un exemple saisissant) sont habituellement sobres : entre de véritables accès dipsomaniaques, le sujet est normal. Si les crises sont espacées, de tels individus sont plus des psychopathes que des intoxiqués alcooliques chroniques. L'expansion récente de ces comportements compulsifs chez les adolescents est en passe de constituer un problème de santé publique majeur.

À l'opposé, il existe un alcoolisme chronique de sujets qui ne sont jamais ivres, parce que leur consommation alcoolique n'est jamais telle qu'ils fassent des accidents psychiques aigus ; mais leur ration quotidienne dépasse les normes métaboliques définies ci-dessus. Ce type d'alcoolisme se rencontre chez des sujets initialement normaux au point de vue mental. Il est plus fréquent dans les pays latins où les habitudes alimentaires et les traditions considèrent comme naturelle l'absorption régulière, au cours des repas, de doses relativement importantes de boissons alcooliques (généralement fermentées : vin, bière). On a de bonnes raisons de penser, par exemple, que l'absorption régulière de plus d'un litre de vin par jour chez la femme, de plus d'un litre et demi chez l'homme, aboutit en dix ou vingt ans, suivant la dose, à des lésions viscérales. Or, dans certaines professions et dans certains pays, notamment les pays viticoles, de telles habitudes sont tenues pour normales.

Entre ces deux catégories extrêmes, peut-être un peu artificiellement distinguées, figurent un grand nombre de cas intermédiaires. Chez ces malades, il y a à la fois absorption régulière et excès. Au départ, ces sujets sont souvent psychopathes. O [...]

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Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique

Couplage dans le métabolisme de l'alcool éthylique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Alcoolisme : évolution depuis 1960

Alcoolisme : évolution depuis 1960
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Écrit par :

  • : directeur de recherche
  • : docteur en médecine, psychiatre, médecin délégué de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (A.N.P.A.A.)
  • : professeur honoraire à la faculté de médecine de Paris, médecin honoraire des hôpitaux de Paris
  • : docteur en médecine, qualifié en psychiatrie, psychiatre des hôpitaux, chef de service de l'intersection d'alcoologie Reims (E.P.S.D. Marne), président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (A.N.P.A.A.)
  • : ancien professeur au Conservatoire national des arts et métiers, ancien directeur du laboratoire de nutrition humaine

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Pour citer l’article

Marie CHOQUET, Michel CRAPLET, Henri PÉQUIGNOT, Alain RIGAUD, Jean TRÉMOLIÈRES, « ALCOOLISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alcoolisme/