ALBANIE

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Nom officielRépublique d'Albanie (AL)
Chef de l'ÉtatIlir Meta (depuis le 24 juillet 2017)
Chef du gouvernementEdi Rama (depuis le 15 septembre 2013)
CapitaleTirana
Langue officiellealbanais
Unité monétairelek (ALL)
Population2 822 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)28 703

Littérature

La littérature albanaise a été profondément marquée par les turbulences historiques. Elle s'est longtemps caractérisée par la diversité des espaces littéraires et par ses efforts de rapprochement autour du thème commun de l'émancipation nationale. Depuis 1990, elle s'exprime en toute liberté. Elle évoque les souffrances vécues par le peuple albanais et sa confrontation avec la modernité.

Des courants littéraires dispersés

Les racines de la littérature albanaise s'identifient aux sources de la culture catholique des Guègues, les Albanais du Nord. Les premiers mots imprimés de l'albanais se trouvent dans une formule de baptême transcrite en 1462 par l'archevêque de Durrës, Pal Engjëlli, dans un texte latin. Le premier ouvrage en albanais est le Missel publié à Rome en 1555 par le prélat Gjon Buzuku. Suivirent au xviie siècle les œuvres d'inspiration religieuse et poétique des évêques Pjetër Budi (1566-1622), Pjetër Bogdani (1630-1689) et Frang Bardhi (1606-1643). Ces auteurs, qui publiaient à Rome et à Venise, écrivaient l'albanais en caractères latins ; ils cherchèrent à préserver la langue albanaise menacée, dans le contexte de la domination ottomane, par de nombreux emprunts turcs.

Dans le cadre du processus d'islamisation qui aboutit à la conversion de 70 p. 100 de la population se développa, au xviiie siècle, un courant marqué par l'influence des cultures arabe, persane et turque. Nezim Frakulla, Sulejman Naibi, Hasan Zyko Kamberi et Mehmet Kyçyku écrivaient des poésies mystiques et des poèmes d'amour, en utilisant des caractères arabes.

La période du Réveil national, nommée Rilindja, s'étend de la première moitié du xixe siècle jusqu'à 1912, date de l'indépendance. Les écrivains des différentes croyances, vivant sur leur sol natal ou à l'étranger, rapprochèrent les éléments d'une culture dispersée en offrant leur plume au mouvement qui avait pour objet l'éveil de la conscience nationale et l'obtention de l'émancipation.

La communauté albanaise émigrée depuis le xve siècle en Calabre et en Sicile, appelée arbëresh (de l'ancien nom national d'Arbëri), a apporté une contribution essentielle à la littérature. Initiée aux xvie et xviie siècles à partir de sources religieuses, avec Lekë Matranga, Nicola Figlia, Giulio Variboba, la littérature arbëresh s'épanouit au xixe siècle sous la plume d'auteurs qui collectèrent la poésie orale. Le porte-flambeau des écrivains arbëresh est Jeronim de Rada (1814-1903), orthodoxe de Cosenza, qui publia à Naples en albanais et en italien, en 1836, Les Chants de Milosao, une œuvre appréciée de Lamartine et inspirée de l'histoire albanaise du xve siècle. En 1839 parurent Les Chants de Séraphine Thopia. Il édita de 1883 à 1887 en albanais et en italien la revue Fiamuri i Arbërit (Le Drapeau de l'Arberie), tribune de la question nationale. Gavril Dara (1826-1889), Zef Serembe (1843-1901), Zef Schiro (1865-1927) s'inscrivent, avec Jeronim de Rada, dans le même courant littéraire arbëresh issu du folklore.

Entre 1720 et 1770, dans le Sud, en Tosquerie, le village aroumain de Voskopojë, près de Korçë, devint une métropole culturelle balkanique grâce à la richesse de ses commerçants et de ses artisans orthodoxes qui participèrent à la fondation de « La Nouvelle Académie », qui accueillit des étudiants d'Europe centrale et orientale. Theodhor Kavalioti (1728-1789), Daniel de Voskopojë (1754-1825), Kosta Berati (1745-1825) furent de distingués écrivains et linguistes. Tout en diffusant une culture marquée par l'hellénisme, ils cultivèrent la langue albanaise et publièrent des dictionnaires des langues balkaniques. Il faut mentionner aussi, en région tosque orthodoxe, l'œuvre essentielle de Theodhor Haxhifilipi (1730-1805), Naum Veqilharxhi (1797-1846), Kostandin Kristoforidhi (1827-1895) qui donnèrent un essor à la langue albanaise en élaborant des alphabets ainsi que des grammaires, en traduisant les textes sacrés et en publiant leurs vers et leurs proses.

La littérature au service de la cause nationale

Forts de ces outils linguistiques nouveaux et dotés d'imprimeries dans les cercles de la diaspora, à Bucarest et à Sofia, les courants littéraires se rejoignirent dans le même idéal national, mettant en valeur les racines anciennes du peuple albanais, ses qualités guerrières, les traditions de l'honneur et de la parole donnée. Les auteurs pouvaient trouver l'inspiration dans une riche tradition orale, dans la poésie épique avec le cycle des preux, dans les chansons populaires et les contes et légendes.

La littérature albanaise d'alors apparaît comme une littérature engagée. Elle fait le constat d'une situation de dépendance et de misère, rappelle les moments de gloire passés et, chantant les beautés de la nature et les vertus du peuple, appelle au combat pour une nation libre et éclairée. Naim Frashëri (1846-1900), un musulman de la secte bektachie, né dans la région tosque de Korçë, animant le cercle des Albanais d'Istanbul, figure parmi les plus prestigieux écrivains de la diaspora. Il publie en 1866, à Istanbul, Pasteurs et agriculteurs, poème d'inspiration panthéiste, et, en 1898, une Histoire de Georges Castriote Scanderbeg, le héros national qui organisa la résistance contre les Turcs au xve siècle et qui fut une source d'inspiration constante, non seulement dans la littérature albanaise, mais aussi chez des écrivains français comme Ronsard, Montaigne et d'Aubigné. Le frère de Naim, Sami Frashëri (1850-1904), résidant aussi à Istanbul, se réclame des deux cultures albanaise et ottomane. Il traduit Victor Hugo en turc et publie la première encyclopédie en langue turque. En albanais, il est l'auteur d'œuvres didactiques et, en 1899, d'un manifeste, L'Albanie, son passé, son présent, son avenir, en faveur de l'émancipation de la tutelle ottomane. Andon Zako Çajupi (1866-1930), émigré en Égypte, publie des textes en prose, mais aussi une importante œuvre lyrique, Le Père Tomor, célébrant une montagne sacrée du centre de l'Albanie. Il est connu aussi pour ses pièces de théâtre et ses traductions des Fables de La Fontaine. À la communauté albanaise d'Égypte appartiennent Thimi Mitko (1810-1890) qui édita un recueil de folklore, L'Abeille albanaise, et Spiro Dine (1844-1922) qui composa Les Vagues de la mer. Du Liban, Pashko Vasa (1825-1892), originaire de Guéguerie, appelle à l'union, notamment dans la célèbre poésie Pauvre Albanie !, publiée en 1880, où il se lamente du douloureux destin promis à ses compatriotes et lance un véritable cri de guerre les engageant à entrer dans la résistance contre la domination ottomane. Il rédige des ouvrages historiques en français, ainsi qu'une pièce de théâtre Bardha de Temal. L'œuvre d'Asdreni (1872-1947), qui appartient à la diaspora albanaise de Roumanie, est consacrée à la poésie. C'est lui qui rédigea l'hymne national albanais.

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Albanie : carte physique

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Albanie : drapeau

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Le roi Zog

Le roi Zog
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Soumission de l'Albanie, 1939

Soumission de l'Albanie, 1939
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Écrit par :

  • : enseignante, chercheur à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII
  • : docteur ès lettres, professeur d'albanais à l'Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, officier des palmes académiques
  • : archiviste paléographe, directeur des services d'archives de la Seine et de la Ville de Paris, chargé de conférences à l'École nationale des langues orientales vivantes

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Pour citer l’article

Anne-Marie AUTISSIER, Odile DANIEL, Christian GUT, « ALBANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albanie/