AGRICULTURE URBAINE

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Émergence de nouvelles formes d’agricultures urbaines

Les agricultures urbaines ne sont pas nouvelles : ces activités de production sont aussi anciennes que les villes elles-mêmes. En l’absence de transports rapides et efficaces, les produits agricoles frais étaient ainsi cultivés aux abords des villes. Pour illustrer cette relation ancienne entre ville et agriculture, on peut s’appuyer sur un exemple : celui de l’histoire des cultures maraîchères parisiennes.

Les premiers développements bien documentés du maraîchage autour de Paris remontent au xiie siècle, c’est-à-dire à l’époque des constructions de la cathédrale Notre-Dame de Paris et de la basilique de Saint-Denis. Les « jardins maraîchers » trouvent l’origine de leur dénomination dans la mise en culture d’une ancienne zone marécageuse située au nord et à l'est de Notre-Dame à l’époque où existait encore un bras de la Seine asséché par la suite. Le quartier parisien du Marais occupe aujourd’hui pour partie cet espace.

Dès le Moyen Âge, maraîchage et circuits courts se trouvent étroitement associés : les maraîchers transportent eux-mêmes leurs productions de légumes vers Paris et, au retour, ils emportent gadoues et fumiers urbains qui leur permettent de fertiliser les sols. Ces activités vont se développer au cours des principales phases de la croissance urbaine.

Alors qu’elles étaient encore localement bien présentes à Paris au début du xixe siècle, les cultures maraîchères se trouvent ensuite inexorablement repoussées hors de la ville (exurbanisation) : la croissance urbaine, qui s’intensifie à partir du second Empire (1852-1870), les éloigne de plus en plus. Elles n’en conservent pas moins leurs relations étroites avec l’organisme urbain. La ville produit à cette époque des quantités considérables de fumier de cheval, fumier qui convient particulièrement bien aux cultures maraîchères. Ces animaux, qui fournissent à l’époque l’essentiel de la force motrice nécessaire aux transports, et par ailleurs très nombreux dans les casernes, sont alors plus de cent mille à Paris et dans ses environs immédiats. Progressivement refoulés par la croissance urbaine, les maraîchers migrent non seulement avec leurs matériels de culture, mais aussi souvent avec leurs sols, transportés sur des chariots. Cette terre, enrichie par des années, voire des décennies, d’apports fertilisants, représente un capital de première importance pour le démarrage de nouveaux jardins maraîchers.

L’intensification des cultures maraîchères parisiennes avait commencé à prendre de l’importance à partir de la fin du xviiie siècle. Elle était fondée sur l’adoption de toute une série d’innovations telles que les cultures sous cloche de verre ou sous châssis vitrés. Ce passage à des formes d’agricultures plus intensives se trouve également illustré par la place faite aux cultures légumières sur « couches chaudes », technique qui a ultérieurement largement inspiré la permaculture – mode de production agricole prenant en compte le fonctionnement des écosystèmes naturels. Ces couches chaudes correspondent à des buttes ou andains d’une cinquantaine de centimètres de hauteur et constitués de composts végétaux et de fumier de cheval. La décomposition de ces masses organiques permet de réchauffer le sol et d’accélérer la levée des semis, ce qui favorise la production de primeurs commercialisés à des prix rémunérateurs sur le marché parisien.

La vie rurale est à son apogée dans la banlieue parisienne à la fin du xixe siècle. À partir de la Première Guerre mondiale, les surfaces occupées par les cultures maraîchères franciliennes régressent, comme autour de bien d’autres grandes villes, du fait de la progression de l’étalement urbain et de la concurrence de régions plus méridionales. Ces dernières, mieux placées sur le plan climatique pour la production de primeurs, se trouvent désormais reliées à la capitale par des moyens ferroviaires de transport rapides. En 1969, le transfert des Halles centrales de Paris à Rungis, au sud de la capitale, accentue cette régression des surfaces agricoles périurbaines, en particulier des maraîchages du nord de Paris, aggravant la rupture des liens traditionnels tissés au cours d’une histoire pluricentenaire entre la ville et ses agricultures [...]

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Jardins potagers sur les toits à Boston (États-Unis)

Jardins potagers sur les toits à Boston (États-Unis)
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Cueillette à la ferme

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, membre de l'Académie d'agriculture de France
  • : membre de l'Académie d'agriculture de France

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  • Écrit par 
  • Jean-Paul CHARVET
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Pour citer l’article

Jean-Paul CHARVET, Xavier LAUREAU, « AGRICULTURE URBAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agriculture-urbaine/