AGRICULTUREHistoire des agricultures depuis le XXe siècle

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Culture de la coca

Culture de la coca
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Coton : récolte mécanique

Coton : récolte mécanique
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Agriculture : inégalités de productivité

Agriculture : inégalités de productivité
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Au début du xxe siècle, après dix mille ans d'évolution et de différenciation, les agricultures du monde étaient très diversifiées. Elles avaient atteint des niveaux relativement inégaux d'équipements et de productivité du travail (production annuelle par agriculteur à temps plein) : l'écart entre les agricultures manuelles, les moins performantes du monde, et les agricultures à traction animale mécanisée, les plus performantes, allait de 1 à 10 tonnes de céréales (ou d'équivalent-céréales) par travailleur et par an. Mais cet écart s'est beaucoup creusé au xxe siècle, car certaines agricultures ont été profondément transformées par une nouvelle révolution agricole, la deuxième des Temps modernes, concomitante de la deuxième révolution industrielle, tandis que beaucoup d'autres n'ont pas progressé. Ce développement agricole inégal s'est accompagné d'une énorme croissance de la production alimentaire mondiale, qui nourrissait, bien ou mal, plus de sept milliards d'êtres humains au début des années 2010, mais il a aussi conduit à beaucoup de pauvreté et de sous-alimentation, particulièrement répandues parmi les paysanneries du monde.

Le développement agricole inégal et contradictoire au xxe siècle

Amorcée aux États-Unis dès le début du xxe siècle, cette révolution agricole a été développée et généralisée au cours de la seconde moitié de ce siècle dans les pays industrialisés développés, où les secteurs agricoles étaient très majoritairement composés d'exploitations familiales. Ce processus a été soutenu par des politiques agricoles de grande ampleur, favorables à la modernisation de ces exploitations familiales. À partir du milieu des années 1960, une variante de cette révolution, que l'on nomme habituellement révolution verte, a été étendue à certains pays en développement tropicaux : là aussi, des politiques publiques très volontaristes ont favorisé la modernisation d'une partie des exploitations familiales. Enfin, à partir du milieu des années 1970, des acteurs d'un autre genre, disposant de capitaux importants, ont tiré parti de la libéralisation pour étendre cette révolution aux pays où les coûts de la terre et du travail sont particulièrement bas.

La révolution agricole dans les pays développés

Dans les pays développés, cette révolution agricole s'est déroulée par étapes, au fur et à mesure que l'industrie et la recherche en ont produit les moyens mécaniques, chimiques et biologiques : tracteurs et machines de puissance, de capacité et de complexité croissantes, permettant de réduire la force de travail humaine et animale ; engrais minéraux pour les plantes et aliments concentrés pour les animaux, permettant d'augmenter leurs rendements ; produits de traitement phytosanitaires et zoopharmaceutiques permettant de réduire les pertes dues à leurs ennemis ; variétés de plantes et races d'animaux sélectionnées, à haut rendement potentiel, adaptées à ces nouveaux moyens et permettant de les rentabiliser ; nouveaux moyens de transport, de conservation, de transformation et de distribution permettant aux exploitations des différentes régions de se spécialiser dans la (ou les) production(s) les plus avantageuse(s) localement.

En céréaliculture, par exemple, la puissance des tracteurs et la superficie maximale cultivable par un travailleur ont considérablement augmenté, de sorte que, d'une dizaine d'hectares par travailleur dans les années 1940, cette superficie est passée à une centaine dans les années 1980 et dépasse aujourd'hui 200 hectares par travailleur. Dans le même temps, grâce aux semences sélectionnées, aux engrais minéraux et aux pesticides, les rendements ont pu augmenter de plus de 1 tonne par hectare tous les dix ans, pour atteindre actuellement 10 tonnes par hectare dans les régions les plus favorables. Ainsi, dans les exploitations les mieux situées et les mieux équipées des pays développés, la productivité du travail dépasse souvent 1 000 tonnes par travailleur et par an, et peut même parfois atteindre 2 000 tonnes.

Seule une minorité d'exploitations ont franchi toutes les étapes de ce développement, qui a été activement promu par des politiques publiques. Par exemple, dans les pays de la Communauté puis de l'Union européenne, jusqu'en 1992, la politique agricole commune a été protectionniste pour de nombreux produits (céréales, poudre de lait, beurre, viande bovine...) : les producteurs européens étaient protégés par des taxes à l'importation contre la concurrence de denrées à bas prix produites ailleurs, et ils bénéficiaient de prix rémunérateurs et stables, ce qui permettait aux plus productifs d'investir et de progresser encore. Cette politique de prix a été accompagnée d'une politique de crédit avantageuse, d'une politique de recherche et de vulgarisation, et aussi d'une politique de structures visant à favoriser la cessation d'activité des moins productifs (indemnités viagères de départ) et l'agrandissement des autres, tout en restant dans des structures de production familiales. De manière analogue, en Suisse et au Japon, les exploitants familiaux ont été protégés de la concurrence, leurs produits ont été payés à des prix rémunérateurs et stables, ce qui a permis à ces pays peu dotés en terres cultivables de maintenir le niveau voulu d'auto-approvisionnement alimentaire. En U.R.S.S. et en Europe de l'Est, dans un contexte de fermes collectives, les politiques publiques ont également cherché à promouvoir ce type de développement, mais avec des résultats bien moindres.

La révolution verte dans certains pays en développement

Dans certains pays en développement, d'Asie surtout (Inde, Pakistan, Indonésie, Philippines, Thaïlande...), la révolution verte fut lancée dans le contexte de la guerre froide, en étant largement financée par des fonds publics de pays occidentaux et des fonds privés de grandes fondations (Rockefeller, Ford, Kellogg...). Au départ, le principal objectif était d'accroître considérablement la production vivrière, de manière à surmonter les insuffisances de l'alimentation des populations et ainsi contenir l'expansion du communisme. Le principe retenu fut d'adapter les nouvelles techniques agricoles alors en plein développement dans les pays industrialisés aux conditions particulières des agricultures asiatiques, à savoir une force de travail extrêmement nombreuse, se comptant par centaines de millions, répartie dans une multitude de très petites exploitations familiales et pratiquant la culture manuelle. La révolution verte fut ainsi conçue comme une variante de la révolution agricole, dépourvue de grande motorisation-mécanisation, car une forte augmentation de la superficie d'une partie des exploitations aurait entraîné un exode agricole beaucoup trop massif par rapport aux capacités d'absorption de l'industrie, des services et des villes. La révolution verte a donc reposé sur la sélection génétique de variétés à haut rendement potentiel, principalement pour le riz et le blé, sur une large utilisation des engrais minéraux et des pesticides, sur la maîtrise de l'eau (irrigation, drainage) dans certaines régions, ainsi que sur l'utilisation d'animaux de trait ou de petits motoculteurs. Ces nouvelles techniques ont été adoptées par de très nombreux agriculteurs grâce à des politiques appropriées de très grande ampleur. Celles-ci ont comporté des investissements publics massifs dans les infrastructures agricoles et rurales : voies de transport pour permettre l'accès des paysans aux marchés, électrification pour puiser l'eau des nappes souterraines avec des motopompes, irrigation et drainage. Des investissements massifs ont aussi eu lieu dans la recherche agricole, visant notamment à sélectionner et à expérimenter des variétés de plantes adaptées aux contextes locaux, ainsi que dans la vulgarisation, délivrée gratuitement aux agriculteurs. Les politiques de prix ont concerné tout à la fois les produits et les moyens de production : garantie d'achat des récoltes par l'État, à des prix connus avant les semis et assez élevés pour rentabiliser les nouvelles techniques ; taxes sur les importations de denrées vivrières, de manière à protéger les agriculteurs de la concurrence des importations ; subventions et crédits à taux avantageux pour l'achat d'intrants et de matériels. Dans les pays où une telle volonté politique n'a pas été présente, la révolution verte n'a pas, ou que peu, eu lieu : il en est allé ainsi en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, sauf en Égypte où la révolution verte s'est bien développée. Dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Mali, Burkina Faso...), une forme de révolution verte a concerné les producteurs de coton. Mais il s'agissait là d'une culture d'exportation. Les cultures vivrières, non soutenues, ont peu progressé.

Dans les régions au contexte le plus favorable, la révolution verte a conduit à plus que tripler les rendements entre 1970 et 1990 et, en riziculture hydraulique, à passer à deux, trois ou même quatre récoltes par an. La productivité de la terre (production à l'hectare) a ainsi été décuplée en certains lieux. Les techniques de la révolution verte étant intensives en travail, les emplois et les revenus agricoles ont beaucoup augmenté, créant un pouvoir d'achat qui a stimulé le développement des activités rurales non agricoles, notamment dans les secteurs des biens de consommation et de la construction, eux aussi très intensifs en travail. Le développement de l'agriculture a ainsi entraîné celui des autres secteurs.

Pour autant, même en Asie, de vastes régions enclavées ou accidentées n'ont pas été concernées par la révolution verte Et, dans les régions où elle s'est déployée, les agriculteurs les plus pauvres n'ont jamais pu accéder aux moyens de production correspondants, car ils étaient trop coûteux, malgré les subventions publiques.

L'extension de la révolution agricole

À partir du milieu des années 1970, des investisseurs de toutes sortes (entrepreneurs, grands propriétaires, firmes multinationales fournissant des intrants, transformant ou distribuant des produits agricoles et alimentaires, fonds d'investissement divers) se sont lancés dans la modernisation de grands domaines agricoles, de plusieurs milliers ou dizaines de milliers d'hectares, existant surtout en Amérique latine (Argentine, Brésil), dans une moindre mesure en Afrique (Afrique du Sud, Zimbabwe) et en Asie (Philippines, Inde). Ils ont ainsi transformé ces domaines en très grandes entreprises agricoles à salariés, et en ont créé de nouvelles en défrichant les fronts pionniers des régions disposant de vastes réserves de forêts et de savanes peu exploitées (Amazonie, Afrique centrale, Asie du Sud-Est), afin d'y développer des cultures de blé, de maïs, de riz, de soja, de coton, de canne à sucre et de palmier à huile. Pour cela, ils ont tiré parti du pic de prix agricoles de 1973-74, puis de la libéralisation des mouvements de capitaux et des échanges agricoles internationaux.

Enfin, depuis les années 1990, des investisseurs du même genre s'engagent dans la modernisation d'anciens domaines d'État ou collectifs de l'ex-U.R.S.S. et de l'Europe centrale et orientale à la suite de la décollectivisation.

Ces développements successifs de la deuxième révolution agricole des Temps modernes à travers le monde, pour impressionnants qu'ils soient, ne doivent pas faire oublier qu'ils n'ont pas concerné de vastes régions d'Afrique subsaharienne, d'Amérique latine et d'Asie centrale, non plus que de nombreux agriculteurs dans les régions concernées. En fin de compte, des centaines de millions de paysans sont restés à l'écart de ces développements et leur productivité a stagné.

Conséquences

Croissance énorme de la production alimentaire

Avec le développement de la deuxième révolution agricole des Temps modernes, la production alimentaire mondiale a augmenté de manière spectaculaire, progressant beaucoup plus en cinquante ans qu'elle ne l'avait fait auparavant en dix mille ans d'histoire agraire. Elle a ainsi été multipliée par 2,6 entre 1950 et 2000, ce qui a permis de nourrir une population mondiale en très forte croissance, puisqu'elle est passée, dans le même temps, d'environ 2,5 milliards de personnes à 6 milliards, soit une multiplication par 2,4.

Pour plus de 70 p. 100, cette augmentation de production fut issue de l'accroissement des rendements : le rendement moyen mondial des cultures, estimé en kilocalories, a été multiplié par plus de deux en cinquante ans et, nous l'avons vu, dans certaines régions, les rendements ont même décuplé, pour atteindre quelque dix tonnes d'équivalent-céréales par hectare. L'augmentation de la production mondiale a résulté, dans une moindre mesure, de l'extension des terres mises en culture, qui sont passées de quelque 1 330 millions à 1 500 millions d'hectares entre 1950 et 2000. Elle a résulté encore de l'accroissement du nombre de récoltes par an et de la réduction des périodes de friche entre les cultures. Pour autant, la deuxième révolution agricole n'est pas seule à l'origine de l'augmentation de la production. En effet, dans quelques régions à forte densité de population (deltas d'Asie du Sud-Est, Rwanda, Burundi, Yucatán, Haïti, Polynésie...), les paysans ont construit des écosystèmes cultivés superposant plusieurs étages d'arboriculture fruitière, dominant des associations denses de cultures vivrières et fourragères, des élevages d'herbivores, de porcs et de volailles, et parfois même des bassins de pisciculture. De tels écosystèmes cultivés complexes sont capables de fournir, sans engrais d'origine extérieure, au moins autant de produits végétaux et animaux que les cultures et les élevages spécialisés les plus performants peuvent le faire sur la même superficie.

Forte baisse tendancielle des prix agricoles réels et concurrence

Dans les pays, développés ou en développement, où la deuxième révolution agricole des Temps modernes a le plus progressé, les gains de productivité agricole ont été si importants qu'ils ont souvent dépassé ceux des autres secteurs de l'économie, de sorte que les coûts de production et les prix réels (déduction faite de l'inflation) des produits agricoles ont très fortement baissé. Ainsi, dans les pays développés, les prix réels des denrées agricoles de base (céréales, oléoprotéagineux, viandes, lait) ont été divisés par trois à quatre au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Dans les pays en développement ou en transition, où de grands domaines agricoles ont été modernisés, les coûts de production sont encore plus bas ; les niveaux de productivité du travail y sont en effet aussi élevés que dans les exploitations familiales les mieux situées et équipées d'Amérique du Nord et d'Europe, tandis que les salaires ne dépassent pas quelques dizaines d'euros par mois, les prix des machines et des intrants fabriqués sur place sont relativement bas, les charges fiscales et foncières sont souvent très faibles et les monnaies locales éventuellement sous-évaluées. En conséquence, dans les entreprises de ce genre, en Argentine ou en Ukraine par exemple, les coûts de production du blé s'établissent entre 50 et 100 euros la tonne et défient toute concurrence.

Avec la baisse des coûts des transports et la libéralisation des politiques agricoles et du commerce international, les centaines de millions d'agriculteurs qui n'avaient pas adopté la deuxième révolution agricole ont progressivement subi la concurrence des denrées produites par les autres, situés dans leurs propres pays ou à l'étranger. En effet, les marchés internationaux ont été approvisionnés en quantités croissantes par différents types de pays : d'une part, des pays développés bien dotés en terres exploitables (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et, à un moindre degré, quelques pays d'Europe), où la production agricole a progressé beaucoup plus vite que la population, ce qui a permis à la fois un enrichissement des régimes alimentaires dans ces pays et une hausse des exportations ; d'autre part, des pays en développement ayant adopté la révolution verte (Thaïlande, Vietnam...) ; enfin, des pays en développement où de grands domaines modernisés se sont développés, comme en Argentine et au Brésil. Cependant, ces deux types de pays sont devenus exportateurs alors même que la sous-alimentation y est encore très répandue.

Enfin, il faut noter que la baisse des prix n'a pas concerné seulement les denrées vivrières de base, elle a aussi touché des cultures d'exportation traditionnelles des pays tropicaux, concurrencées soit par des cultures ayant bénéficié de la deuxième révolution agricole (coton), soit par des produits industriels de remplacement (caoutchouc synthétique contre hévéaculture, textiles synthétiques contre coton...).

Blocage du développement et appauvrissement pour la majorité des agriculteurs

Dans les pays développés, la forte baisse des prix agricoles réels a entraîné une diminution importante du revenu des petites et moyennes exploitations qui n'ont pas eu les moyens soit d'investir suffisamment pour augmenter leur production au point de compenser les effets de cette baisse de prix, soit de développer des activités rémunératrices complémentaires. De très nombreuses exploitations se sont ainsi retrouvées dans l'incapacité de dégager un revenu familial socialement acceptable. Devenues non rentables, elles n'ont pas été reprises lors de la retraite de l'exploitant : leurs meilleures terres ont alors été partagées entre les exploitations voisines en développement, tandis que les moins bonnes sont passées à la friche, et les enfants de ces agriculteurs sont allés chercher du travail dans l'industrie ou les services. De cette manière, plus des trois quarts des exploitations agricoles existant dans les pays développés au début du xxe siècle ont maintenant disparu.

Dans les pays en développement, les centaines de millions de paysans faiblement outillés, mal situés et peu productifs qui ont été confrontés à la baisse des prix de leurs produits ont d'abord vu leur pouvoir d'achat baisser. La majorité d'entre eux s'est alors retrouvée dans l'incapacité d'acheter des outils plus performants, et même d'acheter les intrants efficaces de la révolution verte. Leur développement a donc été bloqué. La baisse des prix se poursuivant, leur revenu monétaire est devenu insuffisant pour, tout à la fois, renouveler leur outillage et acheter quelques biens de consommation indispensables. Ils ont dû alors faire des sacrifices de toutes sortes, vendre une partie de leur bétail, réduire leurs achats... C'est dire que la survie des exploitations paysannes dont le revenu tombe en dessous du seuil de renouvellement économique n'est possible qu'au prix d'une véritable décapitalisation (vente de cheptel vif, réduction et mauvais entretien de l'outillage) et de la sous-alimentation. À moins de se livrer à des cultures illégales (coca, pavot, chanvre...), les familles paysannes ont alors rarement d'autre issue que l'endettement, puis l'exode vers les bidonvilles.

Culture de la coca

photographie : Culture de la coca

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D'usage millénaire en Amérique du Sud, non seulement pour ses qualités nutritives mais aussi en tant que plante sacrée et offrande rituelle, la coca est associée aujourd'hui à son principal produit, la cocaïne. Le boom de la cocaïne a fait de la culture de la coca une des principales... 

Crédits : Alain Labrousse

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Pour mieux comprendre ce processus, considérons un céréaliculteur sénégalais, mexicain ou pakistanais disposant d'un outillage manuel et produisant 1 000 kg de grain net (semences déduites), sans engrais minéral ni pesticide. Vers 1950, quand un tel céréaliculteur recevait l'équivalent de 55 dollars de 2010 pour 100 kg de grain, il devait alors en vendre 150 kg pour renouveler son outillage, ses vêtements, etc., et il lui en restait 850 kg pour nourrir modestement 4 personnes ; en se privant un peu, il pouvait même en vendre 100 kg de plus pour acheter quelque outil nouveau plus efficace. Vers 1990, s'il ne recevait plus que l'équivalent de 20 dollars de 2010 pour 100 kg, il devait alors en vendre 400 kg pour renouveler son outillage et les autres biens indispensables, et il ne lui restait plus que 600 kg pour nourrir, cette fois insuffisamment, 4 personnes ; il ne pouvait donc plus acheter de nouvel outil. Enfin, vers 2000, en ne recevant plus que 12 dollars pour 100 kg de grain, il aurait dû en vendre environ 700 kg pour renouveler son matériel et les autres biens nécessaires, ce qui est bien sûr impossible, puisqu'on ne peut nourrir une famille avec 300 kg de grain.

Outre la baisse des prix, d'autres facteurs ont contribué à l'appauvrissement de centaines de millions de familles paysannes dans les pays en développement : politiques économiques visant à contenir les prix alimentaires pour satisfaire les consommateurs-acheteurs des villes ; insuffisance de l'accès à la terre, au crédit, et, le cas échéant, à l'eau d'irrigation ; handicaps naturels (climatiques, pédologiques, topographiques) de certaines régions...

Le développement agricole au xxe siècle a donc été inégal au sens où la répartition des gains de productivité s'est opérée de manière très contrastée entre les différentes agricultures du monde. Et il a été contradictoire dans la mesure où le développement des uns a entraîné l'appauvrissement, la crise et l'exclusion des autres. D'un autre côté, ce processus a aussi entraîné des inconvénients écologiques.

Revers écologiques

Dans les pays développés, les pollutions environnementales ou alimentaires dues à l'usage abusif d'engrais minéraux, de produits de traitement des plantes ou des animaux, ou à de trop fortes concentrations d'animaux dans des ateliers de production hors-sol, sont devenues manifestes à partir des années 1970. La spécialisation des exploitations et des régions dans quelques productions et même quelques variétés de plantes ou races d'animaux a aussi entraîné une diminution de la biodiversité. La prise de conscience de ces inconvénients a conduit à la mise en œuvre de politiques publiques correctrices et à l'évolution, obligée ou volontaire, vers des pratiques plus économes en intrants ou vers l'agriculture biologique. Dans les régions de révolution verte, le même genre d'inconvénients est apparu, avec en plus des problèmes de salinisation des sols dans certaines zones irriguées insuffisamment drainées, ou d'épuisement des nappes souterraines en certains lieux. Dans les zones de fronts pionniers forestiers, les défrichements en vue d'installer de grands domaines porteurs de la deuxième révolution agricole ont contribué à la déforestation.

Enfin, il s'est avéré que certaines agricultures contribuaient fortement à l'émission de gaz à effet de serre : méthane issu des élevages bovins en forte croissance, de la décomposition anaérobie du lisier, et issu aussi des sols inondés dans les zones irriguées ; oxydes d'azote provenant des engrais azotés ; dioxyde de carbone émanant de l'utilisation de combustibles d'origine fossile.

Les agricultures du monde au xxie siècle : crise et perspectives

Au début du xxie siècle, les cultures et les élevages occupent une part relativement importante des terres émergées et sont un facteur important de transformation de l'écosphère. Elles sont plus que jamais vitales pour l'humanité, en lui fournissant la quasi-totalité de ses aliments (ceux provenant de la chasse, de la pêche et de la cueillette sont devenus marginaux), mais aussi en lui procurant des emplois et des revenus. Pour autant, la majorité des agriculteurs du monde sont très pauvres et souffrent même de sous-alimentation.

La situation agricole mondiale

Superficies cultivées et superficies pâturées

Les terres cultivées de la planète occupent environ 15 millions de kilomètres carrés, soit un peu plus de 10 p. 100 des terres émergées, tandis que les pâturages s'étendent sur une trentaine de millions de kilomètres carrés, soit plus de 20 p 100 des terres émergées. Les terres à usage agricole occupent ainsi à peu près la même superficie que les forêts, soit un tiers des terres émergées. Le tiers restant est couvert de zones herbeuses (10 p 100), arbustives (7 p 100) ou autres (roches, eaux, infrastructures...). Les cultures s'étendent surtout dans des régions originellement recouvertes de forêts : quelque 20 p 100 des forêts originelles du monde ont été défrichées à cette fin, cette proportion atteignant près de 50 p 100 dans les zones tempérées. Les pâturages, quant à eux, sont principalement situés dans les aires originellement herbeuses.

Selon l'International Institute for Applied Systems Analysis (I.I.A.S.A.), 30 p 100 des terres émergées, soit 41,5 millions de kilomètres carrés, sont cultivables. Les terres effectivement cultivées en occupent donc près de 40 p 100. Mais cette proportion varie beaucoup d'un continent à l'autre : alors qu'elle est de l'ordre de 12 p 100 en Amérique latine et 20 p 100 en Afrique au sud du Sahara, elle est proche de 100 p 100 en Asie et au Moyen-Orient, et elle est de l'ordre de la moitié en Amérique du Nord et en Europe dont la Russie. Parmi les pays ayant les superficies cultivables non cultivées les plus étendues figurent le Brésil, l'Argentine, le Congo (République démocratique), l'Angola, les États-Unis et la Russie.

Les cultures qui couvrent le plus d'espace sont, de loin, les céréales, avec plus de 40 p 100 des terres cultivées. Ensuite viennent les cultures oléagineuses et les cultures fourragères.

Emploi agricole et production

Au début du xxie siècle, de toute l'histoire humaine, le nombre des agriculteurs n'a jamais été aussi élevé et il continue d'augmenter. En effet, d'après les statistiques de la F.A.O., en 2010, la population agricole active du monde, à temps plein ou partiel, s'élevait à 1,3 milliard de personnes, soit près de 40 p. 100 de la population active. En prenant en compte les personnes à leur charge, la population vivant au moins en partie de l'agriculture se montait à 2,6 milliards d'individus, soit près de 40 p. 100 de la population totale. Parmi ces personnes, près de 2 milliards vivent en Asie et 0,5 milliard en Afrique. Sur ces deux continents, à peu près la moitié de la population vit de l'agriculture, et cette proportion dépasse les trois quarts dans certains pays. La situation est bien sûr très différente en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest, où moins de 2 p. 100 de la population a des revenus agricoles. Mais, en Europe de l'Est, c'est le cas de près de 10 p. 100 de la population.

Si l'on mesure la production de richesses par le produit intérieur brut (P.I.B.) agricole, celui-ci représente une proportion du P.I.B. total qui est en général moitié moindre que la part de la population agricole active dans la population active totale. Ce qui s'explique par la faible productivité de très nombreux agriculteurs, mais aussi par la faiblesse des prix agricoles.

Petites exploitations familiales très majoritaires

La très grande majorité des agriculteurs travaille dans des exploitations familiales, dans les pays en développement mais aussi dans les pays développés (États-Unis, Canada, Europe de l'Ouest, Japon...). Une exploitation familiale est une unité de production agricole conduite par une famille et où tout (ou presque tout) le travail est fourni par cette famille elle-même : de la main-d'œuvre peut être recrutée temporairement lors des périodes de pic de travail, mais il n'y a pas de salarié permanent. La famille peut exercer aussi des activités non agricoles. Ces liens structurels entre famille et unité de production impliquent que le capital d'exploitation fait partie du patrimoine familial, et que les besoins de la famille, notamment ses besoins alimentaires, sont pris en compte dans la gestion de l'unité de production. Il existe environ 500 millions d'exploitations familiales dans les pays en développement.

La plupart sont petites, au sens où leurs ressources sont faibles, insuffisantes pour assurer à la famille une existence décente. Pour évaluer la taille des exploitations, un critère souvent utilisé (bien que discutable) est la superficie de terre utilisée. D'après des données de la F.A.O. qui couvrent 81 pays représentant deux tiers de la population mondiale et concernant les années proches de 2000, 73 p. 100 des exploitations ont une superficie inférieure à 1 hectare, et 95 p. 100 ont une superficie inférieure à 5 hectares. Dans les 27 pays de l'Union européenne, 49 p. 100 des exploitations font moins de 2 hectares et 67 p. 100 moins de 5 hectares.

Parmi les exploitations familiales, on peut distinguer celles, dites « paysannes », où la majeure partie de la production est destinée à la consommation alimentaire de la famille et où la plupart des intrants sont autofournis, et celles, dites « marchandes », où la plus grande part, souvent la totalité, de la production est vendue et des intrants sont achetés. Les exploitations paysannes, majoritaires dans les pays en développement, ont une certaine autonomie vis-à-vis des marchés. Pour autant, quand les paysans n'exercent aucune activité autre qu'agricole, ils doivent forcément vendre une fraction de leur production pour acheter en retour les biens nécessaires qu'ils ne produisent pas eux-mêmes (pétrole lampant, tôle pour le toit de la maison...) : l'autarcie est impossible. C'est pourquoi le prix du peu qu'ils vendent conditionne la survie de ces exploitations. En général, la production est diversifiée, intensive en travail et créatrice de valeur ajoutée. Les exploitations marchandes quant à elles sont majoritaires dans les pays développés. Elles dépendent des marchés pour écouler leurs produits, mais aussi pour s'approvisionner en intrants, et sont donc très exposées aux évolutions à long terme et aux fluctuations de prix.

Autres types d'exploitation agricole

Depuis la seconde moitié des années 1970, nous l'avons vu, d'autres types d'acteurs (firmes, groupes coopératifs, fonds d'investissement...) ont mis en place de grandes exploitations. Ces structures sont capitalistes au sens où tout le travail – agricole proprement dit, mais aussi travail de direction, d'encadrement et de gestion – est effectué par des ouvriers et autres employés salariés, qui ne possèdent généralement aucune part dans le capital d'exploitation. De tels domaines sont consacrés par exemple à la production de fruits tropicaux (Philippines, Cameroun, Costa Rica, Équateur), de soja (Argentine, Brésil), d'huile de palme (Malaisie, Indonésie), de canne à sucre en vue d'obtenir du carburant (Brésil), ou encore de blé (Argentine, Ukraine, Russie). Ce type d'exploitation revêt des formes très diversifiées : d'un côté, des entreprises stables, indépendantes ou intégrées à des firmes multinationales telles que AgroGénération, qui a son siège en France ; d'un autre côté des entreprises labiles, qui rassemblent le temps d'une ou de quelques campagnes agricoles des fournisseurs de terre, de capitaux, de services de travaux agricoles et de gestion ; et, entre ces deux extrêmes, toute une variété de formes intermédiaires. De telles exploitations demeurent très minoritaires, mais elles se sont beaucoup développées avec le capitalisme financier depuis la fin du xxe siècle. Leurs gestionnaires cherchent à rémunérer le mieux possible les investissements.

Les exploitations patronales constituent un troisième type de structure de production : elles utilisent à la fois du travail familial et du travail salarié permanent, tout en étant conduites par un membre au moins de la famille. Enfin, notons que le regroupement ou la constitution d'exploitations familiales en certaines formes de sociétés entrepreneuriales conduit à d'autres types hybrides entre exploitations familiales et exploitations capitalistes.

Inégalités d'équipement, de productivité et de coût de revient

Pour les 1,3 milliard d'actifs agricoles dans le monde, on ne compte que 28 millions de tracteurs, soit 2 p. 100 du nombre de ces actifs. Et environ 400 millions d'actifs agricoles utilisent la traction animale. C'est dire que la grande motorisation-mécanisation, qui a triomphé dans les pays industrialisés et dans quelques secteurs des pays émergents, n'a touché qu'une infime minorité des agriculteurs du monde, que la culture à traction animale ne bénéficie aujourd'hui qu'à un tiers environ d'entre eux, et que les deux tiers des actifs agricoles du monde, soit environ un milliard de paysans, travaillent presque uniquement avec des outils à mains (bêche, houe, machette, faucille...), sauf à louer du matériel plus performant.

Coton : récolte mécanique

photographie : Coton : récolte mécanique

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Machine pour la récolte du coton en Alabama. 

Crédits : A. Sacks/ Stone/ Getty

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D'un autre côté, près de 800 millions d'agriculteurs, tous types d'équipement confondus, utilisent des semences sélectionnées par la recherche génétique, des engrais minéraux et des pesticides permettant d'accroître les rendements. Mais cela signifie aussi qu'environ 500 millions de paysans n'utilisent pas ces intrants efficaces : ils sont parmi ceux qui ne possèdent ni tracteur ni animal de travail.

Les inégalités d'équipement et de productivité entre les différentes agricultures du monde sont donc énormes : d'un côté, quelques millions d'actifs agricoles disposant de puissants tracteurs et de machines valant plusieurs centaines de milliers d'euros, et utilisant les intrants les plus efficaces, peuvent produire plus de 2 000 tonnes de céréales ou d'équivalent-céréales par travailleur et par an (plus de 200 hectares/travailleur × près de 10 tonnes/hectare) ; de l'autre côté, des centaines de millions de paysans disposant seulement d'un outillage manuel valant quelques dizaines d'euros, et n'utilisant pas ces intrants, ne peuvent pas produire plus de 1 tonne de céréales ou d'équivalent-céréales par travailleur et par an (1 hectare/travailleur × 1 tonne/hectare) . Cependant, les agriculteurs qui atteignent les plus hauts niveaux de productivité ont aussi des coûts de production élevés, qui représentent environ la moitié de la valeur de la production. En raisonnant en termes de productivité nette, c'est-à-dire en déduisant les coûts de production, l'écart de productivité du travail entre les agriculteurs les moins performants et les plus performants du monde va donc de 1 à plus de 1000 tonnes de céréales par travailleur et par an, ce qui est énorme. Cet écart a plus que centuplé avec le développement inégal de la révolution agricole du xxe siècle.

Agriculture : inégalités de productivité

graphique : Agriculture : inégalités de productivité

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L'accroissement des inégalités de productivité du travail en culture céréalière au XXe siècle. La seconde moitié du XXe siècle a considérablement renforcé les écarts de productivité du travail entre les agriculteurs les moins performants et les plus... 

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À cela s'ajoutent de fortes inégalités des prix des moyens de production, en particulier pour la terre et la main-d'œuvre. Le tout entraîne d'énormes écarts de coût de revient. Ainsi, dans les grandes exploitations à salariés modernisées d'Argentine ou d'Ukraine, où la terre coûte quelques dizaines d'euros par hectare et la main-d'œuvre quelques milliers d'euros par travailleur et par an, le coût de revient d'une tonne de blé ou de maïs est inférieur à 80 euros. Cependant, dans les exploitations familiales modernes des pays développés, où le prix de la terre est dix fois plus élevé et celui de la main-d'œuvre vingt fois plus, le coût de revient d'une telle tonne de céréale varie de 100 à 150 euros en Amérique du Nord et en Australie, et de 150 à 250 euros en Europe du Nord-Ouest, où les exploitations sont généralement plus petites. Mais, pour les centaines de millions de paysans produisant environ une tonne de céréales par an, on peut estimer le coût de revient moyen à quelque 400 euros la tonne, si on admet qu'ils doivent obtenir un revenu d'au moins un euro par jour. Or, du fait de la concurrence des denrées produites à moins cher, ils sont loin d'obtenir de tels prix.

Pauvreté paysanne massive

La faible productivité et les bas prix des produits agricoles contribuent à expliquer que plus de 70 p. 100 des personnes pauvres vivent en milieu rural et que les ménages sont en général d'autant plus pauvres que leurs moyens d'existence dépendent plus lourdement des activités agricoles. De fait, dans la plupart des pays du monde, le revenu moyen des agriculteurs est très inférieur au revenu moyen des citadins et inférieur à celui des ouvriers non qualifiés. Selon la F.A.O., près des trois quarts des humains sous-alimentés sont des ruraux, dont la plupart sont des paysans particulièrement mal équipés, mal situés et mal lotis, et des ouvriers agricoles très peu payés.

Mais d'autres facteurs concourent à cette pauvreté paysanne massive. Leurs poids relatifs varient selon les pays et les régions. Un facteur très répandu est le manque d'accès à la terre, notamment dans de nombreux pays d'Amérique latine, du sud de l'Afrique, de l'ex-U.R.S.S., d'Europe centrale et orientale, où la majorité des paysans a été, historiquement, plus ou moins privé de terre par de grands domaines, publics ou privés, de plusieurs milliers ou dizaines de milliers d'hectares. En conséquence, les paysans qui disposent d'une superficie de quelques ares, inférieure même à celle qu'ils pourraient cultiver avec leurs faibles outils, et inférieure à celle qui leur serait nécessaire pour couvrir les besoins alimentaires de leurs familles, sont obligés d'aller chercher du travail au jour le jour dans les grands domaines, contre des salaires allant de 1/2 euro à quelques euros la journée selon les pays, les saisons et les régions.

Les paysans sans terre sont dans une situation plus difficile encore. Souvent contraints de migrer en fonction des chantiers saisonniers, ils sont particulièrement frappés par la pauvreté, les maladies, les accidents du travail et le chômage saisonnier. Alors qu'ils sont présents partout dans le monde, leur nombre est estimé à environ 450 millions et augmente sans cesse.

La pauvreté paysanne de masse a des répercussions économiques générales : en excluant de la production des millions de paysans qui se réfugient dans les bidonvilles chaque année, en décourageant la production de beaucoup de ceux qui restent, elle accroît le déficit alimentaire des pays pauvres, et elle contribue à entretenir un chômage important et à faire baisser les salaires en milieu urbain : les nouveaux venus en ville sont en effet contraints d'accepter des salaires à peine supérieurs au revenu des paysans marginalisés par la baisse des prix.

La flambée des prix en 2007-2008

La crise agricole et alimentaire contemporaine s'est manifestée par un épisode aigu en 2007-2008 : une très forte hausse des prix sur les marchés internationaux de produits vivriers s'est répercutée sur les prix de certaines denrées vivrières dans de nombreuses villes des pays en développement. Les populations urbaines pauvres, qui consacrent la majeure partie de leurs dépenses à l'alimentation, et dépendantes des importations alimentaires se sont alors retrouvées dans l'incapacité d'accéder à des quantités suffisantes de nourriture, ce qui a entraîné des émeutes dans une vingtaine de pays à travers le monde. Qualifiées « d'émeutes de la faim », elles furent largement relayées par les médias.

Les causes de cette crise sont multiples, et le poids relatif de chacune d'elles fait débat. Parmi les causes structurelles figure le décalage, datant de plusieurs années, entre la croissance de l'offre et la croissance de la demande alimentaire mondiale. En effet, depuis des décennies, la demande alimentaire augmente continûment du fait de la croissance de la population, de l'augmentation des revenus pour une partie de cette population et de l'urbanisation. Ces deux derniers phénomènes ont conduit à un enrichissement des régimes alimentaires en viandes et en produits laitiers, qui ont exigé plus de production végétale pour nourrir les animaux. Or, d'un autre côté, plusieurs facteurs ont concouru à freiner la croissance de l'offre alimentaire : nous l'avons vu plus haut, la baisse tendancielle des prix agricoles réels a provoqué l'exode de dizaines de millions de paysans, limité les investissements et découragé la production ; de plus, à partir des années 1990, des pays gros producteurs (Union européenne, États-Unis) ont entrepris de freiner volontairement la croissance de leur production pour limiter la concurrence sur les marchés internationaux ; les gouvernements des pays développés et des pays en développement ont décidé d'abaisser les stocks publics, pour réduire les coûts et les gaspillages ; enfin, depuis les années 1990, la croissance des rendements céréaliers fléchit nettement, après plusieurs décennies de forte hausse. Ainsi, à partir de 2003, la production de plusieurs denrées a été inférieure à la demande solvable mondiale, et les stocks ont baissé, au point d'atteindre des niveaux particulièrement bas au début de 2007.

Une autre cause de la crise de 2007-2008 est la hausse du prix du pétrole, qui s'est répercutée sur les prix des engrais d'origine industrielle, sur les coûts de production des agriculteurs utilisant des machines motorisées et sur les coûts de transport.

À ces causes structurelles se sont ajoutées des causes conjoncturelles : baisse de la production agricole pour des raisons météorologiques (Australie, Europe, région de la mer Noire, Canada) et utilisation de denrées agricoles telles que le maïs ou les huiles végétales pour produire des agrocarburants.

Deux autres phénomènes peuvent être considérés comme des causes aggravantes de la crise ou comme des conséquences : d'une part, la spéculation et, d'autre part, des politiques de plusieurs gouvernements limitant, voire interdisant, les exportations de leurs pays et effectuant des achats de précaution, ce qui a encore réduit l'offre sur les marchés internationaux.

Cette crise de 2007-2008 a eu plusieurs conséquences. Elle a renforcé la défiance de nombreux acteurs vis-à-vis de l'approvisionnement en denrées agricoles sur les marchés internationaux et des négociations sur la libéralisation du commerce international de ces denrées dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.). Ainsi, de nombreux gouvernements, y compris de pays pauvres (Mali, Sénégal...), ont décidé de relancer les investissements agricoles à l'intérieur de leurs frontières, et même d'accorder quelques subventions favorisant l'usage d'engrais minéraux et autres intrants, afin de stimuler la production.

Dans ce contexte, les acquisitions et locations de terres ont pris beaucoup d'ampleur.

La multiplication des acquisitions et locations de terres

De telles transactions existaient bien avant la crise de 2007-2008. Et, si les médias ont surtout traité des cessions à grande échelle – plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers d'hectares –, il s'en produit aussi de très nombreuses à l'échelle de quelques hectares. Les acquéreurs à grande échelle sont principalement des firmes, multinationales ou nationales, en particulier des compagnies agroalimentaires qui souhaitent sécuriser leurs approvisionnements en denrées agricoles ou étendre leurs activités, étant données les perspectives de prix agricoles élevés à moyen terme ; il s'agit aussi d'institutions financières, à la recherche de placements rentables ; il s'agit encore de fonds souverains de pays fortement dépendants des importations alimentaires (pays du Golfe, Chine...), dont les gouvernements ont décidé de produire dans d'autres pays afin d'être moins tributaires des marchés internationaux. Les acquéreurs à petite échelle sont en général des hommes d'affaires, des politiciens ou des agents des services publics. Ils acquièrent souvent les terre en propriété (ou quasi-propriété) privée, tandis que les transactions à grande échelle relèvent plus souvent de baux emphytéotiques.

Les acquéreurs visent principalement des terres fertiles, bien desservies par des infrastructures (transport, habitations, commerces, électricité), proches des ports d'exportation ou des villes offrant des débouchés. Il s'agit donc de terres qui intéressent aussi les populations locales. Beaucoup de transactions à grande échelle concernent des terres communes, herbeuses ou forestières, peu ou pas cultivées mais bel et bien utilisées par les populations locales comme pâturages, réserves de chasse, de pêche, de cueillette, de récolte de produits forestiers, d'expansion pour les cultures sur abattis-brûlis. Mais, d'autres transactions portent sur des terres préalablement cultivées. L'Afrique subsaharienne est la principale région ciblée. Les acquéreurs déclarent l'intention d'utiliser les terres pour des cultures alimentaires avant tout, puis, par ordre d'importance, pour des cultures destinées à fabriquer des agrocarburants, pour des forêts (bois, crédits carbone), pour d'autres usages agricoles (hévéa, coton...), pour des installations touristiques, et enfin pour d'autres utilisations encore. Il s'avère cependant, plusieurs années après l'entrée en vigueur des contrats, que seule une faible fraction de ces terres (estimée à un peu plus de 10 p. 100 en 2014) est effectivement utilisée pour la production. Cela est dû à des difficultés opérationnelles (il est malaisé de s'improviser agriculteur) ou au fait qu'il s'agit de placements purement spéculatifs, sans intention réelle de produire sauf en cas de flambée des prix alimentaires.

Beaucoup de chiffres sont publiés par de nombreuses organisations (Land Matrix, GRAIN, Oakland Institute, Banque mondiale, F.A.O...) sur les transactions foncières à grande échelle, chiffres qui portent en particulier sur le nombre de contrats et les superficies. Il faut souligner néanmoins que beaucoup de ces chiffres sont incertains, les méthodes de comptage étant peu claires, pouvant reposer tout à la fois sur des faits avérés, des estimations et des rumeurs, ou bien confondre des contrats conclus, en préparation ou annulés. De plus, beaucoup de transactions sont tenues secrètes. Les informations sont lacunaires aussi quant aux usages préalables des terres, aux usages envisagés et aux effets concrets des transactions sur le terrain.

Pour autant, de très nombreux cas de dépossession et même d'éviction des populations locales ont été documentés. Très souvent, elles perdent tout ou partie de leur accès à des terres communes, en pâturages ou en forêts. Elles perdent aussi, dans d'autres cas, tout ou partie de leurs terres cultivées, voire leurs habitations, ce qui conduit à des déplacements forcés de population. Les dédommagements sont rares et, quand ils existent, sont faibles par rapport aux préjudices subis et interviennent plusieurs années après coup. C'est pourquoi le terme « d'accaparement » est couramment utilisé pour qualifier ces transactions. Selon la Coalition internationale pour l'accès à la terre, l'emploi de ce terme est justifié dès lors qu'une transaction viole des droits humains (logement, alimentation...), a lieu sans le consentement préalable, libre et informé des populations concernées, sans évaluation ex ante des effets économiques, sociaux et environnementaux, sans contrat transparent impliquant des obligations pour l'acquéreur, et sans participation démocratique.

Plusieurs raisons expliquent de telles dépossessions. Certaines ont trait à la gouvernance foncière. En effet, les droits coutumiers ne sont pas reconnus dans les législations de nombreux pays ; les terres relevant de ces droits sont alors considérées comme vaines et appartenant au domaine de l'État, les autorités publiques pouvant en disposer. De plus, depuis les années 1990, de nombreuses législations ont rendu possibles les locations de terre à très long terme ou leur acquisition. Beaucoup de lois étant vagues, leur application peut donner lieu à des abus. D'autres raisons tiennent à la gouvernance économique, nationale et internationale : de nombreux gouvernements, soucieux d'attirer des investissements étrangers, ont élaboré des codes nationaux et des traités internationaux relatifs aux investissements qui, de fait, sont très favorables aux investisseurs. De plus, les acteurs publics pensent souvent que la croissance agricole proviendra de grands domaines capitalistes mettant en œuvre la deuxième révolution agricole des Temps modernes, et non pas d'exploitants familiaux. Enfin, d'autres raisons relèvent de la gouvernance politique et juridique : en dépit d'une démocratie proclamée, pas de participation des populations concernées aux décisions, absence de transparence, très peu de possibilités réelles de s'exprimer ou d'entreprendre un recours judiciaire. En définitive, les gouvernements des pays-hôtes, et certains membres de l'administration, jouent un rôle considérable pour faciliter les transactions foncières.

Face à l'ampleur et à la gravité de leurs conséquences, des médias, des organisations paysannes et autres organisations de la société civile se sont mobilisés pour alerter l'opinion publique et les responsables politiques. Plusieurs textes s'en sont suivis, qui énoncent des principes de bonne conduite en matière d'investissement agricole et plus largement de gouvernance foncière. Mais ces textes ne sont pas juridiquement contraignants et n'ont donc qu'un effet très limité.

Perspectives

Les acquisitions et locations de terres à la suite de la crise de 2007-2008 ont été si amples et si rapides qu'elles entraînent un risque élevé de concentration croissante du contrôle de la terre et de ses ressources, et d'exclusion de très nombreuses populations rurales pauvres. Or, pour beaucoup d'entre elles, la terre est la principale ou la seule source possible de moyens d'existence : elles n'ont aucune opportunité d'emploi salarié, ou d'auto-emploi dans un autre secteur que l'agriculture, et/ou aucun accès à quelque système de sécurité sociale que ce soit. Leur dépossession signifierait donc leur éviction de tout moyen d'exister, ce qui serait humainement inacceptable et entraînerait de forts risques d'instabilité politique.

Les formes d'agriculture issues de la deuxième révolution agricole des Temps modernes rendront encore certainement de grands services. Mais, elles ne paraissent ni généralisables ni soutenables à long terme pour des raisons économiques, sociales et écologiques. En effet, des centaines de millions de paysans n'ont pas les moyens actuellement d'acheter des engrais minéraux ou des pesticides, et encore moins des tracteurs et de grosses machines agricoles. Or les prix de ces engrais vont certainement augmenter en raison de l'accroissement des coûts d'extraction des phosphates et de la hausse du prix de l'énergie nécessaire pour fabriquer les engrais azotés. Ces formes d'agriculture présentent aussi l'inconvénient d'employer peu de main-d'œuvre, et donc de distribuer des revenus à peu de personnes. De plus, nous l'avons vu, elles entraînent des revers écologiques importants. En poussant plus loin la logique de la deuxième révolution agricole, certains pensent que les plantes génétiquement modifiées (P.G.M.) pourraient contribuer à résoudre certains de ces problèmes environnementaux : ainsi, les P.G.M. résistantes aux maladies nécessitent moins de pesticides. Depuis leur commercialisation en 1996, la culture des P.G.M. s'est très vite étendue dans une trentaine de pays développés ou en développement, et elle couvre aujourd'hui plus de 10 p. 100 des superficies cultivées du monde. A titre de comparaison, les superficies recensées en agriculture biologique représentent moins de 2 p. 100 des superficies cultivées. Certes, de nombreux agriculteurs pauvres travaillent, de fait et non par choix, en agriculture biologique, sans pour autant être reconnus comme tels. Cependant, il faut souligner que la prévision et le suivi des risques écologiques liés à la dissémination des P.G.M. sont particulièrement difficiles dans les régions tropicales, d'une part parce que les écosystèmes cultivés y sont en général plus complexes que ceux des régions tempérées, d'autre part parce que la plupart des plantes cultivées dans le monde descendent de plantes tropicales, dont les variétés sauvages existent toujours et sont donc susceptibles de se croiser avec des P.G.M. cultivées.

Compte tenu de ces risques et inconvénients, de plus en plus d'auteurs appellent à une nouvelle révolution agricole, la « révolution doublement verte », fondée sur des pratiques respectueuses de l'environnement, accessibles aux producteurs pauvres, et tirant parti au mieux des fonctionnalités écologiques naturelles des écosystèmes : par exemple, la fixation de l'azote de l'air par les micro-organismes vivant en symbiose avec certaines plantes constitue un apport d'engrais gratuit ; les associations de certaines cultures sont mutuellement bénéfiques ; la décomposition de la biomasse produit de la fertilité d'origine organique ; les rapports entre prédateurs et proies peuvent permettre de contrôler les ravageurs des cultures, etc. Les engrais minéraux et autres produits chimiques, les P.G.M., ne sont pas forcément à exclure de telles pratiques : ils peuvent être jugés nécessaires, en appoint, dans le cadre d'un raisonnement écologique et économique. Des écosystèmes cultivés de ce genre existent déjà dans plusieurs régions agricoles très peuplées du monde : certains deltas d'Asie du Sud-Est, alentours de Pondichéry en Inde, Rwanda, Burundi, Yucatán, Haïti... Ils associent étroitement sur une même parcelle des cultures annuelles, l'arboriculture, l'élevage et même la pisciculture, produisant ainsi de très fortes quantités de biomasse utile par unité de surface.

D'ici 2050, les défis à relever par les agriculteurs du monde seront immenses. Selon le scénario moyen des projections démographiques des Nations unies, la population mondiale pourrait atteindre 9,6 milliards en 2050 et 10,9 milliards en 2100. D'autre part, d'après les calculs de Philippe Collomb, agronome et démographe français, les besoins en kilocalories d'origine végétale pour nourrir tout juste correctement la population humaine doubleront environ à l'échelle mondiale d'ici 2050 par rapport à leur niveau de 1995. Ils seront multipliés par quelque 1,8 en Amérique latine/Caraïbes, 2,2 en Asie et 4,9 en Afrique. En revanche, dans les pays développés, ces besoins pourraient légèrement baisser compte tenu de l'hypothèse d'une évolution vers un régime alimentaire couvrant tout juste les besoins.

Doubler la production agricole végétale à l'échelle mondiale représentera une augmentation de la production bien plus importante que celle qui eut lieu au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Or, l'agriculture devra aussi fournir des quantités croissantes de matériaux pour produire des textiles, des bois d'ameublement et de construction, de la pâte à papier, et peut-être aussi des agrocarburants. Pour relever tous ces défis, il n'est pas d'autre voie que de mettre en place des politiques de développement agricole durable, qui permettent aux centaines de millions d'agriculteurs pauvres de couvrir leurs coûts de production, de vivre correctement de leur travail, d'investir et de progresser en productivité. Les éléments déterminants de ces politiques seront le niveau et la stabilité des prix payés aux producteurs agricoles, la répartition de l'accès aux ressources productives – en particulier la terre, le crédit et l'eau d'irrigation le cas échéant –, les investissements dans les infrastructures et dans une recherche et une vulgarisation agricoles orientées en fonction des besoins et des possibilités des agriculteurs pauvres.

Au début du xxie siècle, après dix mille ans d'évolution et de différenciation, les agricultures du monde occupent des lieux écologiquement très variés. Les inégalités des conditions de travail et de productivité n'ont jamais été aussi fortes. La crise agraire est massive. Pourtant, à l'horizon de 2050 et au-delà, toutes les agricultures du monde seront nécessaires pour répondre aux besoins, alimentaires et autres, de la population humaine.

—  Laurence ROUDART, Marcel MAZOYER

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www.landcoalition.org : site de la Coalition internationale pour l'accès à la terre.

www.landmatrix.org : site d'une organisation compilant des données sur les transactions foncières à grande échelle.

Écrit par :

  • : professeur émérite à AgroParisTech (ex. I.N.A.-P.G.)
  • : professeure de développement agricole à l'université libre de Bruxelles (Belgique)

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Dans le chapitre « Une économie essentiellement agricole »  : […] L'économie de l'Afghanistan est encore fondamentalement agricole : c'est le seul pays de la région où l'agriculture emploie plus de la moitié de la population active et contribue pour plus de 50 p. 100 à la formation du P.N.B. Rien pourtant de figé dans cette situation : l'agriculture afghane est brusquement entrée de plain-pied dans les circuits de l'économie mondiale depuis les années 1980. […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Marcel MAZOYER, Laurence ROUDART, « AGRICULTURE - Histoire des agricultures depuis le XXe siècle », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mars 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agriculture-histoire-des-agricultures-depuis-le-xxe-siecle/