AFRIQUE ROMAINE

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Les étapes de la conquête

Rome a commencé par avoir, à l'égard de l'Afrique, une attitude plutôt négative. La destruction impitoyable de Carthage mettait fin à une obsession de plus d'un siècle : la crainte de voir aux frontières de l'Italie une puissance maritime et militaire redoutable.

Les Carthaginois éliminés, cette hantise allait se prolonger à l'égard de l'allié de la veille, le royaume numide de Massinissa. C'est pourquoi le premier souci de Rome fut de « consacrer » le sol de Carthage, et d'annexer ce qui avait été son territoire et son empire, afin d'en tenir à l'écart le turbulent Numide : il s'agissait, comme l'a dit Mommsen, de « garder le cadavre ».

Tout de suite après la chute de Carthage, une commission sénatoriale organisa la nouvelle province. Elle comprenait les anciennes dominations carthaginoises, séparées du royaume numide par une frontière que matérialisait un fossé, la fossa Regia, prenant en écharpe tout le nord-est du Maghreb, à peu près depuis l'actuelle Thabarca jusqu'à Thenae (Thina), au sud de Sfax. Cependant, à l'intérieur de cette province, un certain nombre de villes qui avaient été plus ou moins dépendantes de Carthage (comme Utique, Thapsus, Lepcis Minor, Acholla, Thysdrus), mais qui avaient trahi sa cause, se firent les alliées de Rome, théoriquement indépendantes et liées à elle par des traités. En principe, le reste du territoire, qui avait appartenu en propre aux Carthaginois, devenait territoire domanial (ager publicus) du peuple romain. Une partie était néanmoins cédée aux villes libres, une autre donnée aux transfuges ; mais la majeure partie était laissée en fait à ses propriétaires indigènes qui – déjà du temps de Carthage – cultivaient, contre redevance, des terres ne leur appartenant pas.

Avec la disparition de Carthage, de larges territoires se trouvèrent disponibles, mais il restèrent inutilisés pendant une vingtaine d'années, à l'exception de ceux où une poignée de sénateurs se taillèrent de vastes domaines en vertu du droit de « jouissance » (occupatio).

Première colonisation

La première tentative sérieuse de colonisation et la première vague de peuplement sont dues à l'initiative du parti populaire, pendant le tribunat de Caïus Gracchus (123 av. J.-C.). Ce dernier, entre autres solutions à la crise agraire qui affectait Rome et l'Italie, fit proposer, par une loi Rubria, la fondation d'une colonie sur l'ancien territoire de Carthage : six mille colons, recrutés dans toute l'Italie, devaient être installés autour de l'ancienne cité punique en ruine, dans la basse vallée de la Medjerda. De vastes opérations d'arpentage déterminèrent des lots assez importants ; elles s'étendirent peut-être sur près de 2 000 kilomètres carrés, du cap Bon à la fossa Regia. Mais une telle opération, qui fut la première colonisation transmarine de Rome, excita l'opposition des adversaires des Gracques : on raconta – ce qui était sans doute faux – que Caïus avait installé ses arpenteurs sur le « territoire consacré » ; cette calomnie ne fut pas étrangère à la chute du tribun. Cependant, la colonisation et l'émigration romaines en Afrique continuèrent, même hors des limites de la province ; une loi agraire conservée par l'épigraphie, datée de 111 avant J.-C., consolida les assignations faites en 122. Ce peuplement romain, en partie composé de colons, de grands latifondiaires, de commerçants, de banquiers installés dans des villes comme Utique ou même Cirta, était en tout cas assez puissant pour influencer la politique de Rome à l'égard du royaume numide. Ce dernier, qui avait atteint sous le règne de Massinissa un grand degré de richesse et de civilisation, finit par échoir à un bâtard légitimé, au génie turbulent, Jugurtha, qui entra en conflit avec Rome (118-107). Menée d'abord mollement par l'aristocratie romaine, peu soucieuse d'annexions et complice de Jugurtha, la guerre que réclamaient les officiers et les hommes d'affaires fut conduite activement par le parti populaire, et surtout par C. Marius, élu consul en 107, grâce à une sorte de révolution politique. Elle eut pour résultat, avec la capture de Jugurtha, de mettre sur le trône de Numidie des monarques qui furent pour Rome de fidèles clients, et d'éte [...]

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Noureddine HARRAZI, Claude NICOLET, « AFRIQUE ROMAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-romaine/