AFRIQUE (Histoire)De l'entrée dans l'histoire à la période contemporaine

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De la crise esclavagiste aux impasses coloniales (1850-1950)

L'Afrique, qui fut longtemps une abstraction géographique (une masse mystérieuse entourée par l'océan Atlantique, l'océan Indien, la mer Rouge et la mer Méditerranée), est née d'abord de regards extérieurs, celui des Européens et des Arabes, ainsi que celui des esclaves africains et de leurs descendants arrachés au continent. Au xixe siècle, les habitants du continent africain ignorent totalement cette identité. C'est l'expérience partagée par les différents peuples de l'Afrique dans leur relation à l'extérieur et dans leur confrontation avec cette identité forgée à l'étranger qui se transforme, entre 1850 et 1950, en réalité sociale pour tous les Africains. L'identité africaine naît au cours du xixe siècle et se développe tout au long du xxe siècle.

Un continent remodelé par la conquête coloniale

L'Afrique contemporaine est diverse. Les logiques locales sont extrêmement variées. Néanmoins, on peut distinguer des tendances lourdes qui, aux xixe et xxe siècles, se conjuguent sur l'ensemble du continent avec des logiques plus locales, des déclinaisons et des chronologies très variées. Les événements centraux à cette échelle continentale (mais pas nécessairement à une échelle plus fine) sont la conquête et la domination coloniales. En 1850, les terres sous domination coloniale sont marginales (la colonie du Cap, l'Algérie, quelques comptoirs au Sénégal...) ; en 1950, l'Afrique, colonisée pour l'essentiel, s'apprête à s'émanciper de la tutelle directe des Britanniques, des Français, des Belges, des Portugais, des Italiens et des Espagnols (l'Allemagne a perdu son empire africain dès après la Première Guerre mondiale).

Des changements particulièrement sensibles ont lieu dans l'organisation politique de l'espace. En 1850, en plus des quelques colonies déjà instaurées, il existe diverses formes d'organisation : des royaumes centralisés (le Bouganda en Afrique de l'Est), d'immenses empires aux frontières lâches (l'empire de Sokoto au nord du Nigeria et dans les régions voisines), des sociétés acéphales organisées autour de classes d'âge (comme les Maasaï en Afrique de l'Est), autour de la parenté (les Fang en Afrique centrale), ou organisées en bandes de chasseurs-cueilleurs : Pygmées (dans la forêt congolaise) ou Khoisan (en Afrique australe). En 1950, la quasi-totalité de l'Afrique est dominée par une organisation administrative dérivée du modèle hiérarchique, bureaucratique et territorial européen (exemplifié par le système préfectoral à la française), lui-même né de la révolution industrielle. Il se superpose aux structures anciennes en les dénaturant.

En un siècle, l'islam et le christianisme sont devenus incontestablement les religions dominantes du continent. Au xixe siècle, l'islam est important et ancien dans l'Afrique soudanaise et sur la côte de l'océan Indien. Le christianisme, sous sa forme copte orthodoxe, est implanté en Éthiopie depuis plus longtemps encore. Les missionnaires européens connaissent alors quelques succès localisés (les royaumes du Lesotho, de Madagascar, du Bouganda...). Leur tâche est facilitée par le fait qu'on les associe à la richesse, la modernité et aux techniques occidentales (l'écriture par exemple).

Cependant, la grande majorité des Africains pratiquent des religions différentes des grands monothéismes. La diversité de ces religions est comparable à la diversité du continent et à la richesse des imaginations. Ce n'est qu'au contact des monothéismes que, dans les milieux convertis ou savants, on va inventer l'idée d'une religion africaine, mêlant un dieu suprême (équivalent de Dieu ou d'Allah), des esprits et le culte des ancêtres.

Au xxe siècle, à travers tout le continent, l'islam et le christianisme servent à donner un sens à un monde déboussolé par le choc de la conquête et de la domination. Les chefs musulmans et les missionnaires, protégés par le pouvoir colonial, jouent un rôle ambigu, à la fois d'oppresseurs des Africains et de protecteurs de leurs convertis. Souvent, les missions se voient déléguer l'action sociale (dispensaires, écoles) au sein des colonies. La scolarisation s'avère être l'arme la plus efficace de la conversion au christianisme. Lorsque l'école se généralise, après la Seconde Guerre mondiale, elle permet également la conversion de l'essentiel de la jeunesse. Le christianisme s'africanise (le problème ne se pose pas de la même façon pour l'islam, propagé par d'autres Africains) par des lectures individuelles de la Bible comme par des cultes prophétiques, messianiques ou pentecôtistes. En réaction d'abord à l'oppression européenne (notamment en Afrique du Sud et au Congo belge) puis aux difficultés de la vie contemporaine, ces nouveaux cultes connaissent un succès croissant. Sous des formes variées, l'essentiel du continent africain est aujourd'hui converti aux grands monothéismes mondiaux.

L'élément principal expliquant la conquête militaire est l'avancée technique décisive de l'Occident sur le reste du monde, grâce à la révolution industrielle. Les nouvelles armes (fusils à répétition, mitrailleuses, artillerie de campagne) permettent non seulement la conquête, mais la rendent relativement peu coûteuse et économe en vies humaines (du côté européen). Le décalage des technologies militaires fait que même les sociétés africaines qui ne sont pas en crise durant la seconde moitié du xixe siècle sont incapables de stopper l'invasion européenne (à l'exception de l'Éthiopie).

La conquête coloniale a lieu à la fin du xixe siècle, en partie parce que la domination mondiale du Royaume-Uni est contestée à ce moment-là. Un équilibre existait jusqu'alors en Afrique entre Londres et Paris. Il était basé sur une rivalité sur le terrain (commerçants, missionnaires, militaires) contrebalancée par le rejet de la domination directe des gouvernements métropolitains. Cet équilibre est rompu par l'irruption de nouveaux acteurs européens, comme l'Allemagne, l'Italie et, surtout, le roi des Belges Léopold II (qui agit en tant que personne privée). Toutefois, les expéditions menées par des aventuriers de tous ordres, des individus ambitieux, armés et dénués de scrupules tels que Léopold II, l'Allemand Karl Peters, ou le Britannique Cecil Rhodes sont tout aussi importantes que les rivalités européennes et sont déterminantes pour comprendre la course pour l'Afrique (Scramble for Africa). La conférence de Berlin, en 1885, n'est pas le lieu où l'Afrique a été partagée par les grandes puissances d'Europe. En revanche, c'est dans les couloirs de cette conférence que Léopold II obtient d [...]

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Afrique, première moitié du XVIe siècle

Afrique, première moitié du XVIe siècle
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1400 - 1500. Poussée ottomane et grandes découvertes

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Vasco de Gama (vers 1469-1524)

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Afrique orientale au début du XIXe siècle

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : professeur émérite à l'université de Paris-I
  • : maître de conférences en histoire à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, centre de recherches africaines

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Pour citer l’article

Hubert DESCHAMPS, Jean DEVISSE, Henri MÉDARD, « AFRIQUE (Histoire) - De l'entrée dans l'histoire à la période contemporaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-histoire-de-l-entree-dans-l-histoire-a-la-periode-contemporaine/