QUÉTELET ADOLPHE (1796-1874)

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Quételet mathématicien et statisticien

Lambert-Adolphe-Jacques Quételet est né à Gand en 1796. Le 1er octobre précédent, les provinces belges, soumises depuis 1713 à l'autorité de l'Autriche, avaient été incorporées à la République française, et elles le resteront jusqu'en 1814. Les années de formation de Quételet correspondent à cette période d'influence française, et l'on en retrouvera l'écho dans son œuvre. La Belgique est ensuite rattachée au royaume de Hollande (ou des Pays-Bas) jusqu'en 1830 et n'acquiert son indépendance qu'en 1832. Or, les premières publications de Quételet sur les sciences sociales datent de 1831, sa première œuvre majeure de 1835. La maturation de sa pensée est parallèle aux étapes de l'accession de la Belgique à l'indépendance. De ces longues années, il retire un incontestable cosmopolitisme.

Ayant perdu son père à l'âge de sept ans, Quételet est contraint de gagner sa vie dès la fin de ses études secondaires, et d'accepter un poste de professeur de mathématiques à Gand. Or, à l'époque, sa vocation le porte vers les arts : peinture, littérature, musique. Cela explique son intérêt ultérieur pour les mesures de la taille et du poids de l'homme, ainsi que de la production littéraire. Sous l'influence de Garnier, professeur de mathématiques à la toute nouvelle université de Gand, il décide de s'orienter vers les mathématiques. À vingt-trois ans, il soutient sa thèse de géométrie analytique (la première soutenue dans cette ville) ; il y expose la découverte d'une courbe nouvelle, la focale. Aussitôt il est appelé à Bruxelles pour occuper la chaire de mathématiques élémentaires à l'Athénée. Quelques mois plus tard, il est élu membre de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles. Dès son arrivée à Bruxelles, Quételet imprime à ses activités un rythme accéléré. Enseignant renommé, il fonde et dirige, avec Garnier, de 1825 à 1827, puis seul jusqu'en 1839, la Correspondance mathématique et physique. Il publie de nombreux ouvrages de vulgarisation astronomique et mathématique. Toutefois, son intérêt pour les statistiques proprement dites, qu'il appliquera par la suite à l'étude des phénomènes sociaux, se marque dès 1828 avec la publication des Instructions populaires sur le calcul des probabilités.

C'est cependant le projet de construction d'un observatoire à Bruxelles, auquel il apporte tous ses soins qui est à l'origine du tournant décisif de sa carrière. Envoyé à Paris en 1823 pour s'initier à la pratique des instruments les plus récents ainsi qu'aux calculs astronomiques, il y rencontre les astronomes Arago et Bouvard, et se trouve introduit dans le cercle prestigieux formé par les mathématiciens Laplace, Poisson et Fourier. Grâce à eux, il comprend la nécessité d'associer à l'étude des phénomènes célestes celle des phénomènes terrestres, ce qui n'avait pas été possible jusque-là. Durant la construction de l'observatoire, Quételet met au service du royaume de Hollande son intérêt pour les statistiques sociales et ses dons évidents d'organisateur. C'est l'époque où paraissent en France les Recherches statistiques du préfet Chabrol sur Paris (1821-1829), ainsi que les mémoires statistiques de Fourier, les statistiques militaires (1819) et criminelles (1827). Quand la Commission royale de statistique du royaume de Hollande est constituée (1826), Quételet en est le correspondant pour le Brabant.

Ses premiers travaux ont une finalité pratique. Par l'intermédiaire de Fourier, ils le mettent en contact avec Villermé ; leur collaboration et leur correspondance dureront jusqu'à la mort de ce dernier (1864). En 1827, il étudie les statistiques criminelles ; il dirige en 1828 un annuaire statistique général et comparatif, et c'est sur ses instances qu'est réalisée l'année suivante le premier recensement du royaume des Pays-Bas. Quételet contribue largement aussi à la création en 1841 de la Commission centrale de statistique belge, qu'il préside jusqu'à sa mort. En 1833, envoyé comme représentant officiel au 3e congrès de la British Association for the Advancement of Science, il joue un rôle déterminant dans la création d'une section statistique. Puis il convainc C. Babbage de fonder la Statistical Society of London (1834), devenue en 1877 la Royal Statistical Society, toujours en activité. Son action vers l'uniformisation des méthodes de collecte des données, de leur traitement et de présentation des résultats, s'exerce bientôt sur la scène mondiale. À l'Exposition universelle de Londres (1851), il propose un plan de collecte internationale des données statistiques. Le Ier congrès international de statistique se tient à Bruxelles en 1853 ; il en est élu président. Durant vingt-cinq ans, les congrès internationaux de statistique jouent un rôle capital. Jusqu'à ce que des tensions internes, qui s'aiguisent entre 1870 et 1880, provoquent la fin de l'entreprise. Mais l'idée de Quételet était si juste que dès 1885, était créé l'Institut international de statistique, qui existe encore aujourd'hui. Il convient enfin de signaler l'immensité de sa correspondance non seulement scientifique, mais aussi philosophique, artistique et littéraire. Sa vie durant, il a échangé des idées avec près de 2 500 correspondants dont Gauss, Goethe, Laplace, Villermé.

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, directeur de recherche au C.N.R.S.

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Bernard-Pierre LÉCUYER, « QUÉTELET ADOLPHE - (1796-1874) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adolphe-quetelet/