ABDESSEMED ADEL (1971- )

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Entre provocation et méditation

À quelle innocence se réfère cette singulière immolation par le feu ? Comme dans le rêve qui, d'après Freud, recompose en une image énigmatique l'empreinte mémorielle des souvenirs de la veille, les œuvres d'Adel Abdessemed sont souvent constituées d'images appartenant à l'actualité récente, mais elles entraînent avec elles des figures plus anciennes, voire archaïques. Dans l'art chrétien, le feu dévore les âmes du purgatoire, mais la flamme ne détruira pas l'artiste, puisqu'il est innocent. Cependant l'ambivalence de l'image dit aussi le contraire : l'homme en flammes est venu propager le feu qui a déjà commencé à s'étendre autour de lui sur le marchepied et sur la route. Il n'est pas du tout innocent, malgré ce qu'il dit : le titre et image se contredisent. Il faut se garder de résoudre l'ambiguïté complexe de cette œuvre. Le travail d'Abdessemed est situé sur une corde raide entre provocation immédiate et profonde méditation.

Adel Abdessemed est né en 1971 à Constantine, en Algérie, il étudie à l'école des Beaux-Arts d'Alger en 1990 avant de se rendre à Lyon où il fréquente l'école des Beaux-Arts de 1994 à 1998. Au début des années 2000, il travaille à New York et à Berlin, puis s'installe à Paris. Au milieu des années 2000, ses travaux acquièrent une notoriété internationale, entrant dans des nombreuses collections publiques et privées. Abdessemed utilise le dessin, la sculpture, la photographie et la vidéo, filmant parfois ses propres performances comme, par exemple, dans Chrysalide, ça tient à trois fils (1999), où il défait la burqa en laine noire qui couvre entièrement le corps d'une jeune femme. L'artiste court autour d'elle en tirant le fil de laine, il en dénoue le tissage, laissant progressivement apparaître le corps nu. La valeur libératoire d'un geste qui rejette les politiques répressives de l'islamisme radical est manifeste dans cette pièce, mais on peut également y voir une sorte de danse extatique, qui renvoie aux fêtes berbères et aux transes dont Abdessemed dit avoir gardé un vif souvenir. La course exténuante puis [...]


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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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SCULPTURE CONTEMPORAINE

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
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Dans le chapitre « La statuaire retrouvée »  : […] À l’opposé de cette échelle colossale, la représentation en ronde-bosse du corps, dans un esprit très figuratif, suscite à nouveau l’intérêt du public et peut créer le scandale par la crudité de son langage. La Nona Ora ou Le Pape terrassé par un météorite (1999) a ainsi pu choquer, tout comme la représentation d’Adolf Hitler à genoux en train de prier ( Him , 2001) – deux œuvres dues au sculpt […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Giovanni CARERI, « ABDESSEMED ADEL (1971- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adel-abdessemed/