AD ASTRA (J. Gray)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La cohérence d’une œuvre

Dans la mesure où l’on aborde le cinéma et ses auteurs comme une discipline artistique, le ressassement des thèmes et des figures n’est jamais le signe d’un manque d’inspiration. Pour beaucoup d’artistes, créer revient à traiter un sujet unique dans un cadre qui n’en modifie les signes extérieurs que pour en élargir la portée. Familier de la philosophie et des beaux-arts, James Gray, encore une fois coauteur du scénario, ici avec Ethan Gross, n’a cessé de reprendre les mêmes thèmes en renouant avec des modèles classiques éternels. Chez lui, le « polar » devient tragédie grecque (The Yards, 2000 ; La nuit nous appartient [We Own the Night], 2007), l’errance urbaine se souvient du périple spirituel de L’Aurore de Murnau (Two Lovers, 2008) ou du mélodrame sublime à la D. W. Griffith (The Immigrant, 2013, si proche des Deux Orphelines, 1921). Précédant Ad Astra, The Lost City of Z (2017), qui aurait déjà dû être interprété par Brad Pitt (il en fut néanmoins le producteur), élargissait la thématique chère à l’auteur en la déployant sur des continents inconnus et lointains et en jetant une lumière nouvelle sur la figure du père, dont la quête d’idéal doublait celle, plus affective, du fils. On était proche d’Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad (1899) et, bien sûr, d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979). C’était un premier pas vers la paradoxale grandeur épique d’Ad Astra.

Paradoxale car le décor ne nous montre, comme 2001, l’Odyssée de l’espace (2001, A Space Odyssey, 1968, de Stanley Kubrick, qu’il évoque), une technologie monumentale que pour nous plonger dans une obscurité aussi infinie que dépeuplée. En effet, dans son odyssée, Roy McBride abandonne un à un collègues et collaborateurs, repères, liens affectifs (son épouse n’apparaît plus que via un écran), pour progresser vers une solitude que la grandeur environnante rend de plus en plus palpable et déchi [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

Classification

Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « AD ASTRA (J. Gray) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ad-astra-j-gray/