ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LES MALENTENDANTS

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Composantes amodales du traitement cérébral et plasticité neuronale

Depuis la fin des années 1990, une série d’études a montré que la modalité (signée ou parlée) a relativement peu d’impact sur les systèmes neuraux qui soutiennent les traitements phonologique, sémantique et syntaxique. La mise en évidence de réseaux neuronaux similaires dans une tâche de jugement phonologique en LP (juger si les noms de deux dessins riment) et en LS (juger si les signes correspondants sont produits à la même localisation) est remarquable, étant donné que la conscience de la phonologie/chérologie est plus directement liée à l’input sensoriel (signes ou parole) que le traitement sémantique ou syntaxique. Notons que la perception du CS active aussi le réseau neuronal langagier amodal.

Des études récentes ont également montré des différences entre le traitement cérébral de la LS et de la LP. Ainsi, une plus grande activation a été rapportée dans les lobules pariétaux inférieurs et supérieurs durant les tâches de production et de mémoire en LS, par rapport à des tâches similaires en LP. Le lobule pariétal supérieur gauche serait impliqué dans le suivi proprioceptif en temps réel durant la production de signes, ainsi que durant la récapitulation motrice pendant les tâches de mémoire, tandis que le gyrus supramarginal dans le lobule pariétal inférieur (LPI) gauche jouerait un rôle important dans le traitement phonologique de la LS. Le LPI est recruté dans l’imitation et la production de configurations de la main ou de mouvements, et également lorsque ces stimuli sont vus ou imaginés passivement. Le LPI ferait partie du système des neurones miroirs. Les articulateurs de la LS sont plus visibles que les articulateurs de la LP ; dès lors, les personnes qui perçoivent la LS se baseraient davantage sur les composantes motrices de la LS que sur celles de la LP. Cela justifierait l’engagement plus important des régions pariétales dans le traitement de la LS que dans le traitement de la LP.

L’implication des aires auditives dans le traitement des signes et des gestes manuels du CS indique que le réseau neuronal langagier, lorsqu’il n’est pas recruté pour l’audition, se dédie au traitement des signaux visuels de communication (lecture labiale, signes, mouvements manuels du CS), en raison de la plasticité cérébrale. Il existe cependant des limites à la plasticité cérébrale. Ainsi, des différences apparaissent entre signeurs natifs et signeurs non natifs, indiquant un effet de l’âge d’acquisition. Cet effet se marque non seulement sur la L1 (la LS) mais aussi sur les autres langues apprises ultérieurement (comme l’anglais en L2). Le manque d’exposition à un langage entièrement accessible précocement a des répercussions sur les systèmes neuronaux supportant le traitement langagier.

Les limites de la plasticité cérébrale ont parfois été prises comme argument contre l’utilisation de la LS, du CS et même de la lecture labiale avant ou conjointement à l’IC. Selon ce raisonnement, si le traitement d’une langue visuelle a pu coloniser les aires cérébrales de langage, il sera difficile d’atteindre de bonnes performances en LP une fois l’audition restaurée. Selon d’autres auteurs, la priorité est d’exposer l’enfant sourd dès que possible, à une langue entièrement accessible (LS, CS, l’audition accompagnée de la lecture labiale). En effet, les résultats avec l’IC sont compromis s’il y a eu une période importante de déprivation linguistique. Ce débat n’est donc pas tranché actuellement et nécessite de nouvelles recherches.

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Jacqueline LEYBAERT, « ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LES MALENTENDANTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/acquisition-du-langage-chez-les-malentendants/