ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LES MALENTENDANTS

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Acquisition de la langue parlée, Cued Speech et implant cochléaire

De 90 à 95 p. 100 d’enfants sourds naissent de parents entendants qui, d’ordinaire, n’utilisent pas la LS, et essaient de faire apprendre à leur enfant la LP. Une telle approche a des résultats très variables. L’acquisition de la LP est retardée de façon significative chez beaucoup d’enfants sourds. Cette acquisition dépend non seulement du degré et du type de déficit auditif, et de l’intelligence de l’enfant, mais aussi de variables environnementales telles que l’implication familiale, l’environnement scolaire, et le temps passé à lire.

Une exception notable à cette situation est celle des enfants sourds profonds exposés de façon précoce au Cued Speech (CS ; en français : langue française parlée complétée, ou LPC). Le CS est un système de gestes manuels qui, combiné aux mouvements articulatoires lus sur les lèvres (lecture labiale), permet de percevoir visuellement la LP à un niveau phonologique. Par exemple, les mots « papa » et « maman » ne peuvent être distingués sur base de la lecture labiale seule, car les mouvements des lèvres sont identiques. Accompagnés des clés manuelles du CS, ces mots sont totalement distincts. Les enfants sourds exposés au CS peuvent donc construire une représentation mentale des contrastes phonologiques pertinents de leur langue, telle la distinction entre /pa/, /ba/ et /ma/, par exemple. Les études ont montré que le développement du vocabulaire, de la morphosyntaxe, de la phonologie, de la métaphonologie et de la mémoire verbale à court terme est comparable chez les enfants exposés au CS de façon précoce et chez des enfants entendants de même âge chronologique. Les travaux ont également montré que l’acquisition de la langue orale via le CS a un impact favorable sur l’acquisition de la langue écrite par les enfants sourds.

La généralisation des implants cochléaires (IC) pédiatriques, couplée avec un diagnostic précoce (avant l’âge d’un an) représente une avancée significative dans la restauration de l’audition. Avec un IC, les 5 000 cellules ciliées internes de la cochlée humaine sont remplacées par 22 électrodes qui stimulent directement les fibres subsistantes du nerf auditif. Cette prothèse n’est pas destinée à reproduire fidèlement le signal auditif, mais à simuler grossièrement les principes de codage de la cochlée. Aujourd’hui, les enfants qui naissent sourds profonds (1 naissance sur 1 000) peuvent avoir accès à la LP via un IC.

L’implantation peut se réaliser en toute sécurité chez des enfants très jeunes (moins de 24 mois), et fournit ainsi un accès précoce aux stimuli auditifs. Les individus qui reçoivent un implant dans la petite enfance développent des habiletés de traitement de la parole en avance par rapport à celles prédites pour un enfant sans IC. Un suivi orthophonique est cependant nécessaire pour atteindre des capacités de production et de compréhension de la parole comparables à celles de l’enfant entendant. Même avec une telle intervention, le développement langagier de l’enfant avec IC ne correspond pas toujours à celui d’un enfant avec une audition normale. Lorsque les enfants sont implantés durant la période sensible pour l’IC, les progrès linguistiques ne sont pas simplement associés à l’implantation précoce, mais aussi aux propriétés du langage de la mère, comme la longueur moyenne des énoncés et les expansions. La qualité du lien mère-enfant est donc un élément prépondérant dans le développement du langage de l’enfant avec IC.

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Jacqueline LEYBAERT, « ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LES MALENTENDANTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/acquisition-du-langage-chez-les-malentendants/