ACCUMULATIONS (géologie)Accumulations marines

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les agents de transport

La sédimentation étant le résultat d'un arrêt dans le transport, son mécanisme est étroitement lié à celui du transport.

Contrairement à une opinion encore répandue, les courants marins sont loin d'être le principal agent de transport en milieu maritime : les houles jouent un rôle bien plus considérable. Une brève esquisse de l'action de la houle à la côte est nécessaire pour faire comprendre les mécanismes qui règlent le profil et le plan des accumulations littorales meubles.

Action de la houle à la côte

Pour l'essentiel, les mouvements des sédiments littoraux sont réglés par le rapport qui existe, du point de vue de la compétence et de celui de la direction, entre le jet de rive, ou translation de l'eau vers le haut de la plage au moment de l'arrivée de la vague, et le retrait, ou ruissellement en nappe de cette même eau retournant à la mer selon la plus grande pente. À un moindre degré, la période de la houle, en réglant le lieu de la rencontre entre le retrait d'une vague et le jet de rive de la suivante, exerce aussi une certaine influence sur les accumulations littorales.

Vallum morainique et sandur

Dessin : Vallum morainique et sandur

Vallum morainique et sandur. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Vagues

Photographie : Vagues

Déferlement de vagues à l'approche d'une côte (Bermudes). 

Crédits : Martin Barraud/ The Image Bank/ Getty Images

Afficher

Lorsque la houle frappe de front le littoral, le jet de rive entraîne vers le haut de la plage une certaine quantité de particules meubles superficielles, dont la masse unitaire et la masse globale sont fonction de la compétence propre au jet de rive de chaque vague. Le retrait opère, lui aussi, un transport de même nature, mais il est exceptionnel que les compétences des deux transports antagonistes soient identiques. Hors ce cas, le bilan net est un transport, soit vers le haut, soit vers le bas.

Les vagues courtes et hachées mises en mouvement par les vents locaux donnent des jets de rive qui prolongent directement le déferlement, et sont de ce fait assez vigoureux, bien que peu d'eau soit mise en mouvement, et que le retrait soit donc peu efficace. Aussi ces petites vagues font-elles engraisser les hauts de plage, et maigrir corrélativement les bas de plage (fig. 1).

Au contraire, les majestueux rouleaux des houles longues, dont le déferlement s'effectue assez loin du trait de côte du moment, donnent un jet de rive médiocre par rapport à la masse d'eau mise en mouvement ; le retrait, par contre, est très actif, d'autant plus qu'il a le temps de descendre assez loin avant que la vague suivante n'arrive. Les vagues bien formées des derniers jours d'une tempête entraînent donc le sable vers le bas (fig. 2).

Lorsque la houle frappe obliquement le littoral, des déplacements latéraux des sédiments s'associent aux déplacements selon la plus grande pente. La direction du jet de rive prolonge, en effet, celle dans laquelle la vague se déplaçait, alors que le retrait tend à s'effectuer selon la plus grande pente. Les particules mises en mouvement par le jet de rive, lorsqu'il est oblique par rapport à la plus grande pente, ne redescendent donc pas vers leur position primitive, mais sont déportées latéralement, de telle sorte qu'une houle qui vient de la droite tende à faire dériver vers la gauche les particules qu'elle met en mouvement (fig. 3). Ce phénomène, appelé dérive littorale, est encore accentué par le fait que la composante latérale du jet de rive persiste dans le retrait, de sorte que celui-ci, au lieu de se faire tout à fait selon la plus grande pente, est dévié du côté opposé à celui d'où vient le jet de rive.

Le profil transversal des accumulations littorales meubles est réglé par le rapport des compétences entre le jet de rive et le retrait ; le plan en est réglé par le rapport entre leurs directions, c'est-à-dire par le jeu de la dérive littorale.

Action des courants sur le fond

Partout où existe une certaine épaisseur d'eau, les mouvements dus à la houle ne sont que de va-et-vient, et peuvent être considérés comme des courants éphémères, de compétence parfois assez grande. Ces courants de houle ne sont pas fondamentalement différents des courants de marée ou des courants généraux (courants marins), si ce n'est par leur alternance à très courte période.

Tous les courants marins peuvent effectuer un transport de sédiments, par roulage ou saltation sur le fond, et en suspension. Dans ce dernier cas, le déplacement subi par les sédiments est rigoureusement le même que celui subi par l'eau ; mais il faut des conditions particulières de calme pour que le transport cesse. En roulage et en saltation, on est ramené à un problème de compétence, c'est-à-dire que l'influence morphologique du courant est liée à sa vitesse locale. Aussi les courants sont-ils bien plus efficaces dans les endroits resserrés : ils peuvent creuser des ombilics de surcreusement à la sortie des rias, construire des barres disposées en croissant devant l'entrée de ces rias, façonner des dunes hydrauliques sur le fond de certaines passes, accumuler des deltas sous-marins aux débouchés de certains détroits. Ces accumulations sont généralement sableuses, car il est exceptionnel qu'un courant, même un courant de marée dans une mer à fortes marées comme la Manche, soit capable de transporter des galets. Toutefois, la compétence des courants peut être temporairement renforcée par l'appoint de la houle, là où les fonds ne sont pas trop importants : soit un courant de marée atteignant, au plus fort du flot, une vitesse de 5,5 km/h (3 nœuds), et, simultanément, une forte houle, de même direction, qui engendre près du fond un courant alternatif à peu près symétrique, dont la vitesse maximale est de 2 km/h (1,1 nœud) ; à l'instant où le mouvement engendré près du fond par la houle va dans le même sens que le courant, la vitesse de l'eau est de 7,5 km/h, et sa compétence instantanée est celle d'un courant de 7,5 km/h. Certes, la compétence va se réduire, quelques secondes plus tard, à celle d'un courant de 3,5 km/h, au moment où le mouvement dû à la houle est inverse de celui dû au courant ; mais il n'en reste pas moins vrai que les sédiments se déplacent, par sauts entrecoupés de pauses (fig. 4).

Action des courants sur le littoral

Les courants n'existant que là où il y a une certaine profondeur d'eau, ils n'ont qu'une influence négligeable sur le littoral proprement dit. Mais, dans les mers à marée, où chaque niveau est tour à tour littoral et submergé, il peut y avoir alternance des processus dus aux houles et des processus dus aux courants. C'est ainsi que les cordons littoraux barrant une vallée et y enfermant un étang peuvent être occasionnellement submergés, et alors un courant de remplissage puis de vidange de l'étang peut les franchir et les dégrader considérablement. Dans d'autres cas, c'est la présence même de l'accumulation littorale qui engendre un courant, comme le courant de retour vers le large de l'eau apportée par les vagues déferlantes : il arrive, quand le déferlement construit des barres d'avant-côte, que ce retour d'eau se concentre le long de certa [...]

Mer forte

Photographie : Mer forte

Mer forte selon l'échelle anémométrique de Beaufort. 

Crédits : Peter Cade/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Médias de l’article

Vallum morainique et sandur

Vallum morainique et sandur
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Vagues

Vagues
Crédits : Martin Barraud/ The Image Bank/ Getty Images

photographie

Houles courtes

Houles courtes
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Houles longues

Houles longues
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 26 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ACCUMULATIONS, géologie  » est également traité dans :

ACCUMULATIONS (géologie) - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 221 mots

L'accumulation est une activité morphogénique qui consiste dans le dépôt définitif de matériaux par un agent de transport. À l'exception des cônes et des talus d'éboulis, dus à l'action directe de la gravité, elle résulte essentiellement de l'intervention de l'eau et de l'air. Le vent et l'eau continentale, qui intervient à l'état liquide sous la forme de ruissellements et d'éc […] Lire la suite

ACCUMULATIONS (géologie) - Accumulations continentales

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 5 059 mots
  •  • 11 médias

Le vent et les eaux de ruissellements ou d'écoulements divers, y compris solides (glaces), sont susceptibles de développer des actions d'ablation, de transport et de dépôt, en chaque point de leurs trajectoires, selon le bilan qui s'établit entre l'énergie dont ils disposent et leur charge. Ce type d'accumulation relève naturellement des activités fluviatiles, glaciaires ou éoliennes.Accumulation […] Lire la suite

BASSIN SÉDIMENTAIRE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE
  •  • 4 694 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les bassins des socles hercyniens »  : […] Les combinaisons de formes de relief les plus riches et les plus complexes semblent caractériser les bassins sédimentaires des socles hercyniens. Ces traits se manifestent d'abord dans la gamme des formes structurales . Leur importance résulte des conditions favorables offertes à l' érosion différentielle, tant par le matériel rocheux que par la diversification de détail de la tectonique. Les alig […] Lire la suite

DELTAS

  • Écrit par 
  • Gilbert BELLAICHE
  •  • 3 785 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les deltas continentaux »  : […] Les deltas continentaux peuvent être définis d'une manière très générale comme des constructions sédimentaires élaborées au débouché des cours d'eau dans des étendues d'eau permanentes. L'origine du mot delta remonte au v e  siècle avant J.-C. : il a été utilisé pour la première fois par Hérodote pour désigner la plaine alluviale du Nil, dont la forme évoque la lettre grecque Δ (delta majuscule ). […] Lire la suite

DÉSERTS

  • Écrit par 
  • Roger COQUE, 
  • François DURAND-DASTÈS, 
  • Huguette GENEST, 
  • Francis PETTER
  •  • 20 856 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Dépressions fermées »  : […] Les plaines et piémonts désertiques d'ablation ou d' accumulation convergent en général vers des dépressions fermées, ou vers des oueds collecteurs qui y conduisent. Leur fréquence concrétise l'énorme prépondérance de l' endoréisme sur l'exoréisme, conséquence logique du déficit en eau des régions arides. Les dépressions fermées, exception faite des cuvettes karstiques du type doline, telles les d […] Lire la suite

EMBOUCHURES

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre PINOT
  •  • 3 324 mots

Dans le chapitre « Caractères communs »  : […] L'origine des accumulations deltaïques réside dans le dépôt des particules grossières transportées par saltation ou par roulage, lorsque la pente (et donc la compétence) diminue à l'approche de la mer. Dans la partie interne du delta, le fait que la diminution de la compétence soit due à la mer n'a pas d'influence spécifique, et le fleuve ne se comporte pas autrement que n'importe quelle rivière […] Lire la suite

GLACIERS

  • Écrit par 
  • François ARBEY, 
  • Louis LLIBOUTRY
  •  • 13 001 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Bilans de masse et d'énergie des glaciers »  : […] La glacier en tant que stock d'eau solide subsistant l'été est un phénomène important dans les régions à pluviosité moyenne ou faible, car les glaciers fournissent de l'eau en période de sécheresse. Mais tous ces glaciers économiquement utiles ne représentent, au plus, que 3 p. 1 000 de toute la glace présente sur le globe. Le paramètre le plus important concernant ce stock est le bilan (sous-ent […] Lire la suite

PÉRIGLACIAIRE DOMAINE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE, 
  • François DURAND-DASTÈS
  •  • 5 782 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Modelés et formes fluviatiles »  : […] Les modelés et les formes fluviatiles se différencient en fonction de l'importance des organismes d'écoulement. Au creux des vallons en berceau, les petites rivières locales se perdent dans la masse des débris amenés des versants, qu'elles sont impuissantes à évacuer. Mieux alimentés par des reliefs importants, les écoulements de piémont déposent, sur le sol encore gelé, des pellicules de matéri […] Lire la suite

POLAIRES MILIEUX

  • Écrit par 
  • Roger COQUE, 
  • François DURAND-DASTÈS, 
  • Yvon LE MAHO
  •  • 8 301 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Les modelés d'ablation et d'accumulation »  : […] Les modelés d'ablation dus aux inlandsis offrent une grande monotonie. Ils caractérisent les vastes boucliers de l'hémisphère Nord façonnés par les glaciations quaternaires. Le paysage s'y résume à une succession de collines basses à roches moutonnées, séparées par un dédale de dépressions, et localement tapissées par une moraine de fond peu épaisse. De multiples lacs, marécages ou tourbières exp […] Lire la suite

ROCHES (Formation) - Érosion et sédimentation

  • Écrit par 
  • Roger COQUE, 
  • André JAUZEIN
  •  • 7 043 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Dépôt »  : […] Les roches sédimentaires reflètent aussi les conditions du dépôt. Ces rapports se manifestent avec évidence dans le cas des roches détritiques de faciès continental. Ils concernent à la fois le calibre de leurs éléments constitutifs et leur disposition. La granulométrie de ces roches exprime ainsi les conditions dynamiques offertes par le processus de transport au moment du dépôt. Elle résulte, e […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Pierre PINOT, « ACCUMULATIONS (géologie) - Accumulations marines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/accumulations-geologie-accumulations-marines/