ABŪ L-‘ATĀHIYA (747 env.-env. 825)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Du libertinage à l'ascétisme

Abū l-‘Atāhiya tirait son origine de paysans araméens fixés en Babylonie et qui étaient tombés en servage lors de la prise d'‘Ayn Tamr (en 634). Sa famille, après avoir embrassé l'islām, fut affranchie et vint se fixer à Coufa où son père, dit-on, aurait été potier ou poseur de ventouses. Les charmes physiques d'Abū l-‘Atāhiya et la précocité de ses dons poétiques lui épargnèrent toutefois un destin identique. Très tôt, il paraît avoir été pris par l'inconstance et l'inquiétude intellectuelle qui, depuis toujours, perturbaient Coufa. Vers ce temps, de nombreuses anecdotes nous montrent le jeune homme en rapport avec des libertins passionnés de poésie ; il semble notamment avoir fréquenté la petite coterie qui se pressait autour du trop fameux Wāliba, personnage trouble et licencieux dont, en dépit de quelques brouilles, il paraît avoir subi la perversion comme le jeune Abū Nuwās. Bientôt, d'ailleurs, tout ce monde, fasciné par les perspectives qu'offre Bagdad qui vient d'être fondée en 762, abandonne Coufa.

Pour Abū l-‘Atāhiya, c'est une vie nouvelle qui s'annonce. Sous le calife ‘abbāside al-Mahdi, de 775 à 785, il semble avoir ses entrées à la cour ; au souverain, il adresse quelques panégyriques qui évoquent l'idée d'une position officielle auprès de lui ; des maladresses, des imprudences le font jeter en prison, soit parce qu'il a compromis une princesse, soit bien plutôt parce qu'il affiche trop sa sympathie pour des théories manichéennes. Sous le califat de Hārūn al-Rachīd, de 786 à 809, il rentre en faveur ; il sert la politique pro-arabe du souverain et, dans des panégyriques ou des pièces de circonstance, il lance l'anathème contre le parti pro-iranien décapité depuis la disgrâce des Barmakides ; parallèlement, Abū l-‘Atāhiya répond aux fantaisies du calife et de son entourage ; il écrit ou improvise des pièces légères, prend part aux fêtes de la cour, entretient des relations suivies avec des musiciens compositeurs, en particulier avec le cantor Ibrāhim al-Mawṣili et avec son fils. Pour prix de ses services, le poète reçoit une [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I, directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Régis BLACHÈRE, « ABŪ L-‘ATĀHIYA (747 env.-env. 825) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abu-l-atahiya/