120 BATTEMENTS PAR MINUTE (R. Campillo)

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Les années terribles

Au début des années 1990, Robin Campillo a milité à Act Up Paris, participant avec passion à la « boîte noire », réunion hebdomadaire où le collectif génère son énergie propre et ses vives tensions. Ce sera l’axe central du film, lieu d’échange, mais aussi de drague et de violence, qui s’efforce par tous les moyens de rendre visibles les séropositifs et la communauté gay. Act Up. Une histoire (Denoël, 2000 ; rééd. 2017), le livre de Didier Lestrade, fondateur d’Act Up France en 1989, servira à structurer le scénario. Mais on ne retrouvera pas nominalement dans le film les protagonistes réels, car 120 Battements par minute se veut une fiction, coécrite par Robin Campillo, à partir de ses souvenirs, avec Philippe Mangeot – un temps président d’Act Up à la fin des années 1990 –, très préoccupé à l’époque par les images que véhiculait le mouvement.

Épique et choral, le film se situe au début de la décennie 1990, à l’intérieur même d’Act Up. Ce sont les années terribles d’avant l’arrivée, en 1996, des trithérapies grâce auxquelles le VIH n’équivaudra plus à une condamnation à l’issue fatale. Auparavant, la séropositivité fait de tous des morts en sursis, à plus ou moins brève échéance. L’urgence commande un militantisme spectaculaire et provocateur vis-à-vis des pouvoirs publics et des laboratoires : slogans grossiers, barbouillage avec du faux sang… Il faut se battre à la fois sur la prévention et la recherche médicale. Cet aspect de fiction documentaire humanisée par la mémoire personnelle du cinéaste est passionnant, autant dans la reconstitution des « zaps » (opérations commandos) que dans l’évocation des débats idéologiques, sociétaux, mais aussi des inimitiés personnelles. Si la maladie est partout, un vigoureux élan collectif entretient une véritable guerre qui, d’« un combattre et mourir pour la suite du monde », parviendra un jour au « vaincre pour ne pas mourir ».

D’entrée, la pédagogie s’impose avec la présentation aux nouveaux entrants du mouvement : « Ce n’est pas une association de soutien aux malades, mais un groupe d’activistes qui vis [...]


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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

Classification

Voir aussi

ACT UP    GAY    SÉROPOSITIVITÉ    TRITHÉRAPIE    VIH ou HIV

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « 120 BATTEMENTS PAR MINUTE (R. Campillo) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/120-battements-par-minute/