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ZIMBABWE

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Le Zimbabwe a accédé à l'indépendance le 18 avril 1980, après une longue guerre civile. Colonie britannique créée en 1923, la Rhodésie du Sud, où les Blancs dominent la vie politique, déclare unilatéralement son indépendance en 1965, sous l'impulsion du Premier ministre Ian Smith, et devient république en 1970. Dix ans plus tard, le pays accède officiellement à l'indépendance, sous le nom de Zimbabwe, nom d'un ancien royaume dont subsistent de prestigieux vestiges dans le centre du pays. La communauté noire arrive au pouvoir, menée par le parti nationaliste de Robert Mugabe, le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front. Dans un premier temps, le « socialisme » prôné par les dirigeants fait illusion. Mais l'aggravation de la crise économique, l'échec de la réforme agraire et la montée de la contestation incitent le pouvoir, à partir de 2000, à autoriser les expropriations de fermiers blancs, qui détenaient encore une grande partie des terres. Depuis lors, le pays s'enfonce dans une spirale de violence et d'autoritarisme, face à laquelle la communauté internationale est impuissante.ZimbabweZimbabwe : drapeau

Zimbabwe Carte

Zimbabwe Carte politique du Zimbabwe

Crédits: 2005 Encyclopædia Universalis France S.A. Consulter

Zimbabwe : drapeau Dessin

Zimbabwe : drapeau Zimbabwe (1980). Ce sont les couleurs du Z.A.N.U., disposées en sept bandes horizontales : le vert-jaune-rouge du panafricanisme, entourant la large bande noire de l'ethnie majoritaire. Au guindant, un triangle blanc frappé d'une étoile rouge devant laquelle est posé un oiseau jaune, le soapstone bird, emblème national du Zimbabwe.…

Crédits: 2005 Encyclopædia Universalis France S.A. Consulter

Universalis

1.   Géographie

Avec 13 millions d'habitants en 2005 pour une superficie de 390 760 kilomètres carrés, le Zimbabwe est un des États les plus denses et peuplés d'Afrique australe ; mais, héritage d'un régime ségrégationniste, la répartition des densités et des richesses est plus qu'inégale : les agriculteurs africains sont concentrés sur des terres pauvres et ne pratiquent qu'une agriculture de subsistance, la majorité des citadins (30 p. 100 de la population) vit dans des townships ou des bidonvilles surpeuplés, le secteur industriel naguère dynamique débauche massivement. Les tensions raciales sont extrêmes (il reste quelque 50 000 Blancs dans le pays), aiguisées par un régime politique autoritaire et vieillissant. Depuis le début des années 2000, le Zimbabwe traverse une crise économique, sociale et politique sans précédent qui a plongé un territoire potentiellement riche dans une situation catastrophique.

  Une géographie héritée de la ségrégation raciale

Les imposantes constructions de pierre du « Great Zimbabwe », les plus grandes ruines d'Afrique tropicale, témoignent de la richesse des civilisations anciennes (du xiie au xvie siècle, surtout), dont le Monomotapa est le plus fameux exemple. Ces royaumes shona étaient déjà très affaiblis au xixe siècle, lors des invasions ndebele, contrecoup de l'expansion zoulou. C'est donc dans une région troublée qu'arrivèrent les premiers missionnaires européens, puis, en 1890, la colonne pionnière de la British South African Company de Cecil Rhodes. Les Britanniques cherchaient un or qui s'avéra moins abondant et plus dispersé que prévu. Ils développèrent donc l'agriculture. La Rhodésie du Sud devint une colonie de peuplement agricole qui se rêvait « petite Afrique du Sud ». Le Front rhodésien, dirigé par Ian Smith, proclama en 1965 l'indépendance du pays au profit de la minorité blanche (Déclaration unilatérale d'indépendance, U.D.I.). Une très rude guerre de libération s'ensuivit, qui s'acheva en 1979. Cette guerre fut menée par deux partis à base régionale et ethnique, la Zimbabwe African People's Union (Z.A.P.U.) était dirigée par Joshua Nkomo, un Ndbele, et la Zimbabwe African National Union (Z.A.N.U.), surtout forte en pays shona, par Robert Mugabe. Lorsque, à la suite des accords de Lancaster House (1979), des élections furent organisées sous l'égide du Royaume-Uni, la Z.A.N.U. l'emporta nettement : la qualité de son implantation intérieure et l'appartenance de Mugabe à l'ethnie shona majoritaire furent des éléments décisifs de son succès. Dès les années 1980, l'opposition ndebele fut écrasée, massacres et exactions dans le sud du pays se multiplièrent. Sur le plan économique, en dépit d'un discours marxiste-léniniste, le gouvernement a conduit une politique pragmatique. L'agriculture européenne fut maintenue en l'état, l'activité minière et industrielle continua d'être largement contrôlée par des firmes étrangères. Cet immobilisme explique à la fois, dans un premier temps, la relative réussite du pays, puis les problèmes actuels.

Le système géographique rhodésien reposait sur un partage inégal de l'espace. Les terres accaparées par les Européens, car planes, fraîches, honnêtement arrosées (800 mm à Harare) et relativement fertiles, celles du haut Veld, aux alentours de 1 300 mètres, sont aussi celles qui recèlent les principales richesses minières (or, amiante, chrome, nickel) autour de cet accident majeur du relief qu'est le Grand Dyke,Zimbabwe : territoire et mines une intrusion volcanique de 5 à 10 kilomètres de largeur qui s'étire sur 500 kilomètres selon une direction sud-sud-ouest - nord-nord-est. Les axes de communication, les réseaux d'électricité, ainsi que tous les centres urbains se concentrèrent dans cette zone centrale des hautes terres « blanches », délimitées avec précision en 1930. C'est aussi là que l'agriculture européenne fut d'abord développée, conduite sur de grandes exploitations produisant maïs et tabac, dont seule la meilleure partie était mise en culture, le reste étant consacré à l'embouche bovine. Dans les années 1960, cette agriculture se diversifia (blé, tournesol, arachide et cotonRécolte du coton au Zimbabwe). À l'est, les régions montagneuses (2 592 m au mont Inyangani) étaient également « blanches » : bien arrosées, d'écologie variée selon le relief et l'exposition, elles permettaient la culture du café et du thé, mais aussi de vergers et le reboisement de pins. Enfin, au sud du pays, sur les basses terres du Limpopo, les périmètres irrigués de Triangle et d'Hippo Valley (13 000 ha chacun) furent consacrés à la canne à sucre.

Zimbabwe : territoire et mines Dessin

Zimbabwe : territoire et mines Organisation du territoire zimbabwéen et activités minières.

Crédits: 2009 Encyclopædia Universalis France S.A. Consulter

Récolte du coton au Zimbabwe Photographie

Récolte du coton au Zimbabwe Avec le tabac, le maïs et les métaux, le coton est à l'origine de recettes en devises pour l'économie zimbabwéenne.

Crédits: Ian Murphy, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Le dynamisme de ces régions contrastait avec le bas Veld zambézien, fossé profondément déprimé (l'escarpement qui le borde sur 500 km a parfois un commandement de 900 m), aride (moins de 500 mm annuels) et infesté de glossines (mouches tsé-tsé). Il fut partiellement ennoyé par le lac de Kariba, dont le barrage fournit l'électricité à l'ensemble du pays, ou transformé en réserve de chasse ou de faune. Autres régions peu dynamiques et peu peuplées, l'ouest et le sud-ouest sont subarides et surtout couverts de vastes épandages de sables du Kalahari. On y trouve la réserve naturelle de Hwange, l'une des plus vastes d'Afrique.

Les terres « africaines », quant à elles, se situaient pour l'essentiel autour de la dorsale centrale, dans le Veld moyen, de moindre altitude (de 600 à 1 200 m), peu arrosé (de 600 à 800 mm), plus disséqué. Les agriculteurs africains, cantonnés dans ces réserves qui ne couvraient que 41,5 p. 100 de la surface du pays, étaient réduits à une agriculture d'autosubsistance (maïs et sorgho essentiellement associés à l'élevage) sur de très petites exploitations ; ils assuraient surtout l'agriculture européenne, les mines et les industries d'une main-d'œuvre très bon marché.

  Les grands défis : problème foncier, urbanisation, emploi, démocratie

Cette organisation de l'espace explique que la question géographique centrale au Zimbabwe reste celle de la répartition des terres. Jusqu'à la fin des années 1990, les grandes exploitations n'ont pour ainsi dire pas cédé de terrain, leur production est restée majeure dans les exportations et a contribué très largement à une autosuffisance agricole presque totale. Quatre mille fermiers blancs contrôlaient encore l'essentiel des meilleures terres à la fin des années 1990. À l'opposé, dans les « zones communales », les paysans sans terre, ou quasi tels, sont devenus de plus en plus nombreux... Au terme des dix ans de « moratoire foncier », en 1990, le gouvernement a annoncé l'expropriation des grands domaines sous-exploités. Mais ce mouvement a été lent et, surtout, s'est fait au profit d'abord de la classe dirigeante. De fait, l'application, à partir des années 1990, des mesures préconisées par le F.M.I. et la Banque mondiale a plongé le pays dans une crise profonde, parce qu'elle s'est faite dans un contexte de corruption généralisée. La dévaluation continue du dollar zimbabwéen et une inflation galopante ont provoqué une augmentation du coût de la vie insupportable pour une population qui voyait dans le même temps s'enrichir une élite politique âgée qui refusait les changements. De plus, le taux de chômage n'a cessé d'augmenter, et l'ouverture de l'économie n'a rien arrangé : la dépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud est de plus en plus forte.

C'est sans doute pour sauver un régime en crise que le gouvernement s'est lancé en 2000 dans une politique de redistribution foncière forcée, appuyant un mouvement prétendument spontané d'invasion violente des fermes blanches et se présentant comme le héros de l'anticolonialisme.

Cette politique, accompagnée d'un durcissement brutal du régime, a mis l'économie du pays à genoux. En 2006, 80 p. 100 des actifs sont sans emploi, l'inflation est de plus de 900 p. 100, quatre millions de personnes ne survivent que grâce à l'aide alimentaire, plus de quatre millions de Zimbabwéens ont émigré, l'espérance de vie a chuté à trente-quatre ans, la plus faible du monde, du fait de l'épidémie de sida, de l'effondrement des services de santé et de la malnutrition. Celle-ci est omniprésente depuis le démantèlement de l'agriculture « européenne » (seule une cinquantaine de fermes commerciales restent actives).

L'autre évolution géographique du Zimbabwe est la croissance urbaine, accélérée depuis l'indépendance. Bloqué auparavant par le système strict de contrôle de la population, qui interdisait la propriété urbaine aux Africains et conditionnait le séjour en ville au travail en ville, l'exode rural a commencé à se développer à la fin des années 1970 et a été toléré dans cette période de guerre civile. Après l'indépendance, le mouvement s'est accentué : la population urbaine augmente actuellement d'environ 6 p. 100 par an et c'est à Bulawayo, seconde ville du pays avec environ 700 000 habitants, et à Harare, que les problèmes sont les plus aigus. La population de Harare et de son satellite, Chitunguiza, dépasse en 2008 les deux millions.Harare (Zimbabwe) La grande majorité de la population urbaine vit dans de très mauvaises conditions : souvent toute une famille s'entasse dans une seule pièce louée dans une maison d'un township. La structure ségrégationniste des villes s'est relativement maintenue, les banlieues élégantes jadis réservées aux Européens contrastent avec les townships très denses et les campements informels. En mai 2005, le gouvernement a lancé l'opération Murambatsvina (« nettoyage des ordures » en shona), qui a consisté à envoyer les forces de police d'abord contre les vendeurs informels de Harare, déportés en zone rurale ou dans des camps en périphérie urbaine, puis à raser les camps « illégaux » à Harare et dans les principales villes. On estime que 700 000 personnes ont vu leurs logements détruits. Détourner l'attention des conflits internes au parti au pouvoir, liés à la crise de succession de Robert Mugabe, et raser en même temps des bastions du Mouvement pour la démocratie et le changement (M.D.C., principal parti d'opposition) semblent être les deux facteurs explicatifs de cette opération.

Harare (Zimbabwe) Photographie

Harare (Zimbabwe) Vue aérienne de Harare, capitale du Zimbabwe.

Crédits: Ian Murphy, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Finalement, on peut ramener l'essentiel des problèmes du Zimbabwe à la question de l'emploi. L'exploitation d'une riche gamme de minerais reste importante mais emploie peu de main-d'œuvre. Outre l'or, les productions les plus notables sont l'amiante au sud, le chrome de Selukwe, le nickel exploité dans le nord-est, près de Harare. Le deuxième pôle est le gisement de Hwange, avec sa houille de très bonne qualité, ses veines de 6 mètres d'épaisseur pour partie exploitables à ciel ouvert. L'industrie n'est pas la solution. Elle a longtemps vécu sur les acquis de l'époque de l'U.D.I. : les nécessités de l'autosuffisance liées au blocus international avaient conduit à multiplier les entreprises conçues parfois avec des moyens de fortune, de rendement faible et au coût de fonctionnement élevé. La politique économique après l'indépendance a consisté à limiter au maximum les sorties de devises et les importations ; l'endettement et l'inflation sont ainsi restés faibles, mais les usines n'ont pu se moderniser. La brutale ouverture de l'économie sur l'extérieur au début des années 1990, puis l'ouverture aux exportations sud-africaines en 1994, ont brisé l'appareil industriel parce qu'il n'était absolument pas compétitif. L'appauvrissement des couches populaires et la faillite de nombreuses entreprises ont été très rapides.

Le Zimbabwe aurait pu bénéficier du développement des activités tertiaires, car son potentiel touristique, notamment, est impressionnant : chutes Victoria et vallée du Zambèze, réserves animalières grandioses, ruines de pierre du Great Zimbabwe... Mais il reste très sous-exploité et les infrastructures publiques des parcs se dégradent. La crise politique a fait fuir la clientèle, à l'exception de quelques enclaves privées réservées à un tourisme haut de gamme.

Philippe GERVAIS-LAMBONY

2.   Histoire

L'histoire du Zimbabwe est une histoire particulièrement tourmentée, dont les grandes phases sont globalement les suivantes :

– avant la colonisation britannique ;

– de la colonisation britannique à la Déclaration unilatérale d'indépendance de la Rhodésie ;

– de la Déclaration unilatérale d'indépendance au Zimbabwe indépendant.

  Avant la colonisation britannique

Les premiers occupants du territoire furent des Bochiman (ou Bushmen), mais des tribus shona d'origine bantou firent leur apparition sur le plateau central vers le milieu du xe siècle. Ils développèrent une activité d'élevage qui fut bientôt complétée par un véritable réseau commercial tant avec l'arrière-pays qu'avec la zone côtière. Ils furent notamment à l'origine du célèbre royaume du Zimbabwe, fondé par l'ethnie karanga et qui sut tirer parti du site carrefour qu'il occupait, à la jonction des principales voies de communication qui assuraient l'acheminement de l'or, de l'ivoire ou des tissus à travers l'Afrique australe.

L'exploitation des gisements d'or attira d'ailleurs rapidement les convoitises extérieures : Arabes et Portugais, notamment, vont s'intéresser de près au pays. Les Shona continuent toutefois leur expansion. Après le déclin du royaume du Zimbabwe, au xvie siècle, d'autres royaumes se constituent : ceux de Monomotapa et de Rozwi auront plus d'éclat que les autres. Le premier, surtout, bénéficiera d'une véritable légende, alimentée par les récits des voyageurs arabes ou portugais. Au début du xviie siècle, le roi du Monomotapa dut accepter un traité humiliant avec le Portugal, qui venait d'organiser une expédition militaire ; il cédait les mines d'or, d'étain, de cuivre, de fer et de plomb au souverain du Portugal, dont il devenait ainsi le vassal, mais conservait le droit de gouverner le pays.

La colonisation portugaise, fortifiée par l'attrait des mines d'or et les divisions internes du royaume, se poursuivra pendant les premières décennies du xviie siècle. Les troubles ne cessèrent pas pour autant dans le royaume, et les colons portugais en firent les frais à l'occasion. Cette instabilité chronique du Monomotapa entraîna progressivement le royaume vers son déclin.

Mais déjà, du côté de l'Afrique du Sud, les regards se tournent vers la zone occupée par les Shona, le Mashonaland. Les Portugais, qui avaient pris pied au Mozambique et en Angola, vont se heurter à la fois aux Britanniques et aux Boers.

Vers les années 1830, un groupe appartenant à l'ethnie des Zoulous, les Ndebele, remonte vers le nord à la suite de sanglantes luttes tribales et pénètre dans le Mashonaland, au sud-ouest du Zimbabwe actuel. Il aura rapidement raison des défenses, au demeurant peu efficaces, qui lui sont opposées. Peuplade guerrière, bien organisée derrière un souverain tout-puissant, les Ndebele (ou Matabelele) étendront leur domination sur les Shona de l'Est, qu'ils réduisent pratiquement en esclavage.

De leur côté, les Européens ne restent pas inactifs. Voyageurs, commerçants, aventuriers et missionnaires se succèdent au royaume des Ndebele. Avec les autorités britanniques de la province du Cap et avec les Boers du Transvaal, les relations des monarques de Bulawayo furent souvent tendues, malgré les traités signés de temps à autre. Un homme jouera ici un rôle déterminant : Cecil J. Rhodes. Installé au Cap, où il a su prendre le contrôle d'une importante société diamantifère (la De Beers), avant d'entamer une carrière politique et de devenir Premier ministre de la province, il rêve d'un axe britannique allant du Caire au Cap. Mais il redoute que son entreprise ne soit compromise par les ambitions des dirigeants boers de la république du Transvaal, qui entendent pour leur part donner aux « Afrikanders » le contrôle de toute l'Afrique du Sud entre le Zambèze et le Cap – ou par celles des Portugais, qui espèrent pouvoir assurer la jonction entre leurs possessions du Mozambique et de l'Angola de part et d'autre de la zone convoitée.

Après la conférence de Berlin qui organisa le dépeçage de l'Afrique entre les grandes puissances coloniales de l'époque, la Grande-Bretagne revendiqua l'ensemble du territoire. Cecil J. Rhodes fut le fer de lance de la colonisation britannique : après avoir obtenu du souverain ndebele la signature d'un traité accordant aux Britanniques à la fois une sorte de protectorat politique sur le royaume et la concession d'importants gisements miniers situés dans la zone shona, il demanda à la reine Victoria une charte par laquelle une compagnie commerciale de droit privé créée par ses soins, la British South Africa Company (B.S.A.C.), bénéficierait de privilèges véritablement exorbitants. Cette charte, octroyée le 29 octobre 1889, permettait en effet à la compagnie de légiférer sur toute l'étendue du territoire (lequel n'est d'ailleurs clairement délimité qu'à l'est et à l'ouest), d'assurer l'ordre public, de signer les traités et de gérer les ressources du pays. Conclue pour vingt-cinq ans, elle laisse à la Grande-Bretagne le droit d'établir son protectorat sur toute zone préalablement mise en valeur par la British South Africa Company.

L'affrontement avec les Ndebele, potentiellement dépossédés de leur royaume, devenait inévitable : tout était prêt pour une colonisation militaire et durable.

  De la colonisation britannique à la Déclaration unilatérale d'indépendance de la Rhodésie

Commencée sous ces auspices, la colonisation du territoire allait se poursuivre avec d'autres moyens. Une expédition fut d'abord montée par les soins de Cecil J. Rhodes en 1890 pour installer les pioneers en zone shona ; elle fut suivie en 1893 d'une seconde expédition qui envahit le pays ndebele lui-même. C'est à ce moment que, du vivant même de Rhodes, l'ensemble des territoires shona et ndebele reçut l'appellation de Rhodésie que le gouvernement britannique devait ratifier en 1897.

La forme de colonisation choisie par la British South Africa Company ne pouvait engendrer, dans les populations africaines, que rancœur et colère. Les exactions et les représailles des « pionniers », la perception de l'« impôt sur les cases », le travail forcé, l'installation de colons étrangers sur les terres ancestrales attisent la volonté de vengeance au sein des deux ethnies qui font front commun contre l'occupant européen. Il n'existe à vrai dire aucune administration « coloniale » digne de ce nom, et Rhodes laisse à ses mandataires les pleins pouvoirs pour régler les problèmes de la colonisation.

La révolte générale des populations indigènes éclate en mars 1896 ; elle sera sévèrement réprimée, et ses derniers chefs seront pendus en 1898. Mais elle laissera des souvenirs profonds dans la mémoire collective africaine.

De leur côté, Cecil J. Rhodes et la Grande-Bretagne s'efforcent d'analyser les causes de ces troubles et d'en prévenir la reprise. La B.S.A.C. est surveillée de plus près par Londres, mais conserve le droit d'administrer le pays. Les forces de police sont placées sous la direction d'un haut commissaire, en résidence à Salisbury ; il est vrai que les relations se tendent entre les colons et les actionnaires de la compagnie, laquelle (surtout après la mort de Rhodes en 1902) éprouve les plus grandes difficultés à assumer la mission qui lui avait été confiée. La politique du partage des terres, qui conduisit à la création des native reserves, avait été conçue pour éviter une spoliation totale des Africains, mais elle ne pouvait satisfaire ni les uns ni les autres. D'abord minoritaires au sein du Conseil législatif, mis en place par la B.S.A.C. pour l'assister dans ses tâches administratives et politiques, les colons vont bientôt y obtenir la majorité et souhaiteront transformer cet organisme en Parlement. Il leur faut bien entendu l'accord de Londres qui sera acquis en 1922. Un référendum est alors organisé : il offre le choix entre l'autonomie et le rattachement à l'Union sud-africaine. C'est la première solution qui est choisie par 8 774 voix contre 5 989...

Le 1er octobre 1923, la Rhodésie devient « colonie de la Couronne » sous l'appellation de Rhodésie du Sud (qui permet de la distinguer de la Rhodésie du Nord, ex-Barotseland, également placée sous contrôle de la Grande-Bretagne). Le pouvoir des Européens, conforté par un système électoral censitaire, ne connaît plus d'obstacles majeurs. Une Assemblée législative (30 membres) et un gouvernement local, dirigé par un Premier ministre, gèrent les affaires intérieures du pays. Londres se réserve toutefois les Affaires étrangères et la monnaie et peut opposer son veto à toute loi relative aux Noirs, aux « réserves » de terres et aux modifications constitutionnelles. Le jeu politique met en présence des formations qui sont d'accord sur l'essentiel : le maintien des privilèges dont bénéficient les colons européens. Les Noirs sont complètement écartés du débat (en 1951, moins de 400 Noirs ont le droit de vote...), et les élections législatives (de 1923, 1928, 1934, 1939, 1946, 1948) se terminent généralement par la victoire du Rhodesia Party ou du United Party sur l'opposition représentée par le Reform Party ou le Independent Party.

La grande affaire est d'assurer l'essor économique de la colonie et d'attirer de nouveaux colons : en 1931, leur nombre atteignait 50 000 ; en 1940, il était de 65 000, en 1950 de 125 000. Ce qui pose de nouveau le lancinant problème des terres. Une des mesures les plus lourdes de conséquences est la loi sur les terres à partager de 1930 (Land Apportionment Act), modifiée en 1941, et à laquelle succédera en 1969 la Land Tenure Act : les Africains (au nombre de 1 000 000 environ en 1931) ne pouvaient s'installer que sur les terres qui leur seraient allouées par le Parlement rhodésien ; le total des terres attribuées aux Noirs ne devait pas excéder celui des terres offertes aux Européens ; les villes seraient toutes situées en zone blanche, etc. C'était le début d'une politique de ségrégation qui s'amplifia au fur et à mesure que les pressions démographiques s'accentuaient du côté africain. On évalue à 50 000 environ le nombre de Noirs déplacés dans les « réserves » (situées dans les zones les plus déshéritées) au cours des années 1930-1940.

En même temps, des mesures restreignaient l'accès à l'éducation des jeunes Africains (la première école secondaire pour les Noirs ne fut créée qu'en 1942), et si l'existence des syndicats fut reconnue par l'Industrial Conciliation Act (1934) les Noirs ne purent y adhérer...

Une autre étape s'ouvre avec la création de la Fédération d'Afrique centrale qui réunit, de 1953 à 1963, la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (aujourd'hui la Zambie) et le Nyassaland (aujourd'hui le Malawi). Souhaitée par les colons de Rhodésie du Sud (qui espèrent en tirer profit) et par ceux de Rhodésie du Nord ou du Nyassaland (qui en attendent une protection contre la montée du pouvoir africain), encouragée par la Grande-Bretagne, mais fortement combattue par les premiers leaders nationalistes africains, la Fédération fut proclamée par une loi britannique du 1er avril 1953 et approuvée par un référendum en Rhodésie auquel furent invités à participer 429 Noirs... Une Assemblée fédérale de 35 membres y détenait le pouvoir législatif, un gouvernement dirigé par un Premier ministre le pouvoir exécutif, et le gouverneur général (le premier fut sir Roy Welensky) assurait la représentation de la Couronne. Les pouvoirs de la fédération concernaient la défense, la politique économique, la monnaie, les transports, etc., mais chacun des territoires conservait, parmi ses prérogatives propres, le statut des indigènes, le droit du travail et le maintien de l'ordre public – ce qui permettait à la minorité européenne de Rhodésie du Sud de contrôler étroitement la situation intérieure du pays.

La Fédération de l'Afrique centrale dura dix ans, jusqu'au 31 décembre 1963. Il est vrai que les partenaires de la Rhodésie du Sud n'avaient pas le statut de « colonies de la Couronne », mais celui de « protectorats », et qu'ils étaient de ce fait surveillés de plus près par Londres. Ni en Rhodésie du Nord ni au Nyassaland, les tensions raciales n'avaient atteint le degré qu'elles connurent en Rhodésie du Sud à la suite du partage inégal des terres ; la Grande-Bretagne était en mesure, sous la pression de l'opinion internationale, d'y imposer le respect de la majority rule, dont Salisbury ne voulait pas entendre parler. Lorsqu'il fut certain que l'indépendance correspondrait à la remise du pouvoir aux Africains, les jours de la Fédération étaient comptés : elle disparut le 31 décembre 1963.

La Rhodésie du Sud n'était pourtant pas à l'abri de la poussée nationaliste. C'est à cette époque que l'on assiste à un réveil des mouvements politiques africains qui, jusque-là, n'avaient guère pu s'exprimer (des associations africaines, peu structurées, s'étaient quand même constituées entre les deux guerres, mais leurs revendications restaient modérées : le Southern Rhodesia African National Congress [S.R.A.N.C.] fut la plus célèbre).

En 1955, G. Nyandora et J. Chikerema fondent l'African National Youth League (A.N.Y.L.) – qui n'est pas sans rappeler le T.A.N.U. Youth League du Tanganyika –, et, en 1957, la fusion de l'A.N.Y.L. et du S.R.A.N.C. donne naissance au premier parti africain digne de ce nom, l'African National Congress of Southern Rhodesia (A.N.C.S.R.), présidé par un leader syndicaliste, Joshua Nkomo, un Ndebele.

Une tentative de dialogue fut alors amorcée par un Premier ministre rhodésien libéral, Garfield Todd, qui tenta d'abaisser le cens électoral et de relever le salaire minimum mensuel versé aux Noirs. Mais il fut désavoué par son propre groupe parlementaire, et le nouveau Premier ministre, sir E. Whitehead, leader du United Federal Party, maintint la ligne dure traditionnelle de la minorité européenne. À la suite de grèves et de manifestations organisées par l'A.N.C.S.R., qui réclamait l'intégration de tous les Rhodésiens, le parti fut dissous en 1959 pour activités subversives. Il réapparut aussitôt, en janvier 1960, sous le nom de National Democratic Party (N.D.P.), dont Nkomo devait devenir président peu après. L'impatience des nationalistes rhodésiens s'accroît (seize pays africains accèdent à l'indépendance en 1960) et des troubles resurgissent çà et là. De nouveaux leaders se manifestent, notamment Robert Mugabe (né à Kutama, ancien animateur de l'African Teachers Association, puis enseignant en Rhodésie du Nord et au Ghana).

Londres organise une première conférence constitutionnelle sur la Rhodésie du Sud. Le gouvernement britannique (conservateur) essaie de trouver une voie moyenne entre les aspirations contradictoires de la minorité européenne et des nationalistes africains. Le projet de constitution prévoit une certaine représentation des Noirs à l'Assemblée nationale (15 sièges sur 65), mais cette concession est jugée dérisoire, de même que l'assouplissement très relatif des conditions du droit de vote ou la pseudo-Déclaration des droits qui ne concerne pas les lois discriminatoires en vigueur. Pour les Européens, si Londres abandonne ses « pouvoirs réservés » et accepte l'idée d'une autonomie plus poussée de la colonie de la Couronne, il n'en demeure pas moins qu'ils ne peuvent pas modifier la Constitution à leur gré.

Aussi bien les Africains boycottent-ils le référendum constitutionnel et refusent-ils le jeu des élections. En décembre 1961, le gouvernement de sir E. Whitehead interdit le N.D.P. Dix jours plus tard (le 17 déc. 1961) est créée la Z.A.P.U. (Zimbabwe African People's Union), qui mènera bientôt un combat plus dur grâce à un groupe de sabotage, le Zimbabwe Liberation Army.

Les Européens se trouvent soumis alors à une forte pression de Londres inquiet de la tournure des événements, de l'O.N.U., de l'O.U.A. et des mouvements nationalistes qui réclament l'indépendance du futur Zimbabwe au profit de la majorité africaine. Le raidissement de la minorité se marque par la création en mars 1962 du Rhodesian Front (R.F.) – qui triomphera aux élections organisées en décembre. Entre-temps, en septembre 1962, la Z.A.P.U. est dissoute ; elle établira son siège en Tanzanie, à Dar es-Salaam.

Après les élections, les nationalistes durcissent à leur tour leur position. Des dissidents de la Z.A.P.U., parmi lesquels R. Mugabe et le révérend N. Sithole, reprochent à J. Nkomo ses tergiversations et ses erreurs stratégiques (il avait accepté dans un premier temps les résultats de la conférence de Londres en 1961 et comptait sur la pression internationale pour venir à bout du régime blanc). Ils créent la Z.A.N.U. (Zimbabwe African National Union) le 8 août 1963. Peu après, les premiers éléments de la Zimbabwe African National Liberation Army (Z.A.N.L.A.) sont mis sur pied par E. M'nangagwa. Le nouveau parti veut accentuer la lutte à l'intérieur du territoire rhodésien lui-même.

Après la dissolution de la Fédération, le 31 décembre 1963, les choses évoluèrent rapidement. Les Européens envisagent une indépendance de fait de la Rhodésie du Sud, toujours dotée d'un pouvoir blanc. Le Premier ministre désigné après les élections de décembre 1962, Winston Field, jugé trop mou, est remplacé par Ian Smith le 13 avril 1964. Peu après, en août 1964, la Z.A.N.U. et le People's Caretaker Council formé par J. Nkomo sont dissous et les dirigeants des principaux partis africains, R. Mugabe, J. Nkomo, N. Sithole, jetés en prison, où ils resteront une dizaine d'années.

Le Rhodésian Front, aux destinées duquel préside Ian Smith, entend s'appuyer sur l'ensemble de la communauté européenne pour arracher l'indépendance à la Grande-Bretagne sans se plier à la règle de la majorité. Un référendum organisé par le gouvernement rhodésien se prononce en faveur de cette solution, qui constitue un véritable défi à l'opinion internationale. Après des pourparlers infructueux avec le gouvernement travailliste revenu au pouvoir à LondresIan Smith, Ian Smith, soutenu par l'Afrique du Sud, décide le 11 novembre 1965 de déclarer unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie. La nouvelle Constitution, annexée à la Déclaration unilatérale d'indépendance (Unilateral Declaration of Independance), supprime le contrôle de la Grande-Bretagne sur la législation rhodésienne qui avait été maintenu par la Constitution de 1961.

Ian Smith Photographie

Ian Smith Ian Smith, Premier ministre de Rhodésie et le Premier ministre britannique Harold Wilson (1916-1995), en 1965. Smith est à Londres pour négocier l'indépendance de la Rhodésie du Sud, qui va devenir le Zimbabwe.

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Ce coup de force, dénoncé de toutes parts, s'accompagne de la proclamation de l'état d'urgence. À l'intérieur, la situation se dégrade : des commandos commencent à attaquer les fermes isolées. Pendant quinze ans, le régime de Ian Smith défiera la communauté internationale.

  De la Déclaration unilatérale d'indépendance au Zimbabwe indépendant

La situation de la Rhodésie est certes des plus claires sur le plan intérieur mais des plus confuses sur le plan international. La colonie est devenue rebelle à la suite de la Déclaration unilatérale d'indépendance que Londres refuse d'avaliser (mais l'utilisation de la force armée pour amener les colons à résipiscence est écartée dès 1965). Le gouvernement de Harold Wilson décide de recourir à des sanctions sélectives contre le régime du Rhodesian Front : expulsion de la zone sterling, rupture des relations diplomatiques, gel des avoirs rhodésiens au Royaume-Uni, interdiction des acquisitions de tabac et de café, puis de minerai et de viande. Les discussions ne sont pas pour autant interrompues.

L'Assemblée générale des Nations unies condamne le coup d'État de Salisbury dès le 12 novembre 1965, et le Conseil de sécurité recommande alors à tous les États de ne pas reconnaître le régime « minoritaire, raciste et illégal » de Ian Smith. Des sanctions économiques seront décidées à la demande de Londres (embargo sur les produits pétroliers) et bientôt rendues obligatoires. L'O.N.U. espère contraindre le gouvernement rhodésien à lâcher du lest. Très rares sont les pays qui, effectivement, reconnaîtront l'indépendance de la Rhodésie acquise dans ces conditions (si l'on excepte l'Afrique du Sud et le Portugal).

Au cours d'une entrevue entre Ian Smith et Harold Wilson, organisée en rade de Gibraltar à bord du navire Tiger en décembre 1966, le Premier ministre britannique expose les cinq principes qui conditionneront le retour de la Rhodésie à la légalité : progression sans entrave vers le pouvoir de la majorité africaine, garantie constitutionnelle contre tout retour en arrière, amélioration immédiate du statut politique des Africains, évolution vers l'élimination de toute discrimination raciale, acceptation par la population rhodésienne de l'indépendance de la Rhodésie. Ces conditions sont jugées inacceptables par Ian Smith.

Une nouvelle réunion eut lieu à peu près dans les mêmes circonstances en octobre 1968 à bord du navire Fearless. Elle fut sans résultat, bien que Londres ait fait quelques concessions. Entre-temps, les sanctions économiques (plus ou moins rigoureusement appliquées) n'ont sans doute pas eu tous les effets escomptés – la Rhodésie, au contraire, a pu développer son potentiel industriel –, mais suscitent des inquiétudes sérieuses pour l'avenir.

La tactique du fait accompli est utilisée de nouveau en 1969-1970, avec l'adoption d'une nouvelle Constitution (juin 1969), qui accentue encore les mesures discriminatoires à l'égard de la majorité africaine. Il est prévu que la représentation africaine augmentera proportionnellement au produit de l'impôt sur le revenu acquitté par les Noirs... Chaque électeur est inscrit sur une liste en fonction de sa race et doit voter en conséquence. Sur le plan institutionnel, la Constitution dispose que le président de la République sera choisi pour cinq ans par le gouvernement, et qu'il disposera des pouvoirs du chef d'État en régime parlementaire ; le gouvernement sera choisi dans la majorité parlementaire ; le Parlement sera composé de deux Chambres, l'Assemblée nationale (66 députés dont 50 députés blancs, 8 députés noirs élus sur des listes électorales distinctes et 8 députés noirs nommés parmi les chefs coutumiers par le Conseil des chefs coutumiers qui dépend du Premier ministre) et le Sénat de 23 membres (dont 10 Blancs élus par l'Assemblée nationale, 10 Noirs nommés par le Conseil des chefs coutumiers et 3 sénateurs nommés par le président de la République). Le pouvoir législatif appartient en dernier ressort à la Chambre basse, le Sénat étant plutôt chargé de donner son avis sur la compatibilité des lois avec la Déclaration des droits qui précède la Constitution. Une nouvelle loi sur le partage des terres (Land Tenure Act) prévoit une division par moitié entre les communautés européenne et africaine, malgré le déséquilibre démographique qui s'est accentué (de 1 à 20).

La proclamation de la république de Rhodésie le 2 mars 1970 relève plutôt du symbole : il s'agit de supprimer les derniers signes d'allégeance à l'égard de Londres (par exemple l'institution du gouverneur général, maintenue en 1965).

Le retour au pouvoir des conservateurs en Grande-Bretagne atténuera quelque peu les frictions. Mais la conclusion d'un « accord de règlement anglo-rhodésien » (21 nov. 1971) et la création d'une Commission Pearce, chargée de vérifier les réactions de la majorité africaine, ne permettront pas à elles seules de régler l'« affaire rhodésienne ». Si Ian Smith accepte le principe de la majority rule, l'accord prévoit des étapes et ne fixe pas de calendrier précis ; le même texte envisageait une amélioration du statut politique des Noirs, l'abolition des lois discriminatoires et des garanties constitutionnelles pour préserver les droits de chaque communauté. En échange, la Grande-Bretagne proposait de son côté de lever les sanctions économiques et d'accorder une aide financière à Salisbury. Mais la Commission Pearce, dans un rapport rendu public en mai 1972, ne put que constater la forte opposition que l'accord suscitait dans la population africaine.

Les mouvements nationalistes, pendant ce temps, ne restèrent pas inactifs. Après la Déclaration unilatérale d'indépendance, des raids commencèrent à s'organiser, préparés généralement à l'extérieur. L'un d'eux, qui donna lieu le 28 avril 1966 à la bataille de Sinoia, est toujours commémoré sous le nom de Chimurenga Day ; en 1967, un affrontement violent opposa les forces de sécurité rhodésiennes à un groupe armé de la Z.I.P.R.A.

La division entre les principaux leaders africains risquait toutefois d'affaiblir la cohésion du mouvement et l'efficacité de la lutte, d'autant que les armées respectives de la Z.A.P.U. (Zimbabwe African People's Revolutionary Army, ou Z.I.P.R.A.) et de la Z.A.N.U. (Zimbabwe African National Liberation Army, ou Z.A.N.L.A.) avaient tendance à se battre séparément dans les zones qui leur étaient ethniquement les plus favorables (la région ndebele et la région shona).

En 1971, une tentative est faite en vue de regrouper la Z.A.N.U. et la Z.A.P.U. au sein du Frolizi (Front for the Liberation of Zimbabwe), dirigé par Shelton Shivela et J. Chikerema. Ce fut un échec. La même année, l'évêque méthodiste Abel Muzorewa fonde un nouveau parti, l'African National Congress (A.N.C.) ; ce dernier organise l'opposition (parfois violente) à l'« accord anglo-rhodésien », à l'occasion du séjour de la Commission Pearce, et entend, lui aussi, réunifier sur le plan politique les mouvements d'opposition et leur offrir une bannière commune : il obtiendra un certain succès en 1974 lorsque le « Manifeste de l'unité » fut signé en décembre à Lusaka par la Z.A.P.U., la Z.A.N.U. et le Frolizi (ce dernier étant devenu, en fait, une force politique autonome) ; il est vrai que la pression exercée par les États de la Ligne de front (Front-Line) ne fut pas étrangère à ce résultat (provisoire). Les leaders emprisonnés – R. Mugabe, J. Nkomo – furent relâchés à cette occasion pour participer, en décembre 1974, à la conférence de Lusaka.

Après 1972, les positions se cristallisent. Salisbury s'efforce de rester maître du jeu en multipliant les contacts pour imposer une solution « interne » de l'« affaire rhodésienne ». La République sud-africaine commence à s'inquiéter de la situation au nord de ses frontières, et les États-Unis comme la Grande-Bretagne craignent que l'extension du conflit entre Européens et Africains en Rhodésie ne fasse le jeu de Moscou et de ses alliés. Avec la Zambie, qui sert de base arrière aux combattants (notamment de la Z.I.P.R.A.), les relations se détériorent gravement ; bientôt, le gouvernement portugais, favorable à I. Smith, sera renversé à Lisbonne (1974), et, en 1975, le Mozambique indépendant soutiendra activement les nationalistes rhodésiens.

La conférence qui réunit à Victoria Falls le président de la République sud-africaine, J. Vorster, le président de la Zambie, K. Kaunda, et des dirigeants de l'A.N.C. tels que A. Muzorewa, J. Nkomo et N. Sithole (25-26 avril 1975), ne parvint pas à surmonter la difficulté majeure : l'application du principe majoritaire dans le futur État indépendant. Pas davantage la conférence de Genève (2 oct. 1976-11 janv. 1977), née d'un plan attribué à Henry Kissinger et qui, sous l'égide de la Grande-Bretagne, mettra face à face I. Smith et les principaux dirigeants de la guérilla, ne réussira à sceller un accord (bien que I. Smith ait cédé du terrain) sur la « transition ».

Les mouvements nationalistes estiment, non sans raison, que l'évolution des événements leur est, à terme, favorable. Si l'African National Congress n'avait pas résisté longtemps après la conférence de Victoria Falls, la constitution d'un Front patriotique en octobre 1976 permit de présenter un front commun Z.A.P.U.-Z.A.N.U. à la conférence de Genève. Le « Patriotic Front » (P.F.) sera bientôt reconnu par l'Organisation de l'unité africaine comme le seul représentant légitime de la population du Zimbabwe. Mais, derrière cette alliance, chacun des deux leaders (J. Nkomo, qui se considère comme le seul représentant légal de l'A.N.C. depuis la scission de celle-ci, et R. Mugabe, qui a pris le contrôle de la Z.A.N.U., dont il était secrétaire général, en 1976) conserve son autonomie d'action sur le terrain et bénéficie d'appuis extérieurs parfois exclusifs (ainsi l'U.R.S.S. a toujours soutenu J. Nkomo). D'autres mouvements nationalistes « modérés » se créent après l'éclatement de l'A.N.C. : la Z.A.N.U. de N. Sithole (il a gardé l'étiquette du parti dont il était le président, et il faut désormais distinguer la Z.A.N.U.-P.F. de R. Mugabe et la Z.A.N.U.-S. de N. Sithole), le United African National Congress (U.A.N.C.) de A. Muzorewa, le United National Federal Party (U.N.F.P.) du chef Ndiweni, la Zimbabwe United People's Organization (Z.U.P.O.), du chef J. Chirau, le Zimbabwe Democratic Party (Z.D.P.) de J. Chikerema (né d'un antagonisme entre son fondateur et A. Muzorewa). Certains de ces partis vont accepter de jouer le jeu proposé par I. Smith, d'autres n'eurent qu'une existence éphémère.

Dans ce contexte très perturbé, marqué par l'aggravation de la lutte armée et les tentatives du gouvernement I. Smith (qui doit accroître son effort militaire et dont l'audience internationale est quasi nulle) pour retarder les échéances, une phase de médiation anglo-américaine sera amorcée en 1977 (le plan anglo-américain, publié en septembre 1977, se veut réaliste et prévoit une période de transition sous administration britannique, des élections au suffrage universel, l'envoi en Rhodésie d'une force des Nations unies, etc.). En même temps, I. Smith reprend contact avec les dirigeants du Front patriotique (conférence de Malte en janvier 1978), lesquels ne font pas de concessions, puis prend appui sur certaines des formations nationalistes « modérées » pour mettre au point un « règlement interne » (ou « solution intérieure ») du conflit rhodésien.

L'« accord de Salisbury » (Salisbury Agreement), du 3 mars 1976, a été signé par le Front rhodésien de I. Smith et divers partis de l'opposition modérée (le U.A.N.C., la Z.A.N.U.-S de N. Sithole, la Z.U.P.O. du chef Chirau), mais immédiatement rejeté par le Front patriotique. Il s'agit d'un accord-cadre qui se propose de mettre au point une nouvelle constitution et d'en finir avec le conflit armé. Le principe majoritaire applicable sans délai et le suffrage universel sont officiellement consacrés (l'âge électoral est fixé à dix-huit ans) ; une Déclaration des droits affirme l'indépendance du pouvoir judiciaire et la protection du droit de propriété privée ; à l'Assemblée nationale, la minorité européenne dispose d'un nombre de sièges garanti (28) qui lui confère un droit de blocage en matière de révision constitutionnelle (mais un Sénat fut également prévu dans le projet de constitution) ; quant à l'exécutif, outre le président de la République, il est décomposé en deux organes (le Conseil exécutif, doté du pouvoir de décision et constitué par les quatre signataires de l'accord, doit statuer à l'unanimité ; le Conseil des ministres se prononce à la majorité, mais ses décisions sont soumises au Conseil exécutif, et il comprend un nombre égal de ministres blancs et de ministres noirs dont chacun est assisté d'un « coministre » de l'autre race). La Rhodésie, enfin, changeait son nom pour celui de Zimbabwe-Rhodésie, pour marquer la rupture avec la situation antérieure.

À peine le gouvernement multiracial fut-il mis en place, le 21 mars 1978, que la Grande-Bretagne en contesta la légitimité. Il est vrai que les Blancs s'étaient réservé les postes clés (armée, économie, etc.) et que la reconnaissance internationale fit défaut au nouveau régime. Le Conseil de sécurité, pour sa part, avait, dès le 14 mars 1978, déclaré inacceptable et illégal l'accord de Salisbury.

La Constitution fut cependant approuvée quelques mois plus tard, le 30 janvier 1979, par un référendum où seuls les Blancs furent admis à voter. Aux élections à l'Assemblée législative organisées en avril 1979, le parti de l'évêque Muzorewa, le United African National Congress, emporta 51 sièges sur 100 (dont 72 accordés aux Noirs). Les autres formations politiques obtinrent un succès moindre (la Z.A.N.U.-S. aura 12 députés et le United National Federal Party, du chef Ndeweni, 9, mais la Zimbabwe United People's Organization du chef Chirau subit un échec total). Du côté des Européens, le Front rhodésien emporta les 28 sièges réservés sans aucune difficulté.

Le 29 mai 1979, malgré les contestations de N. Sithole, l'évêque Muzorewa fut appelé aux fonctions de Premier ministre et constitua un gouvernement de coalition – cependant que J. Gumede était élu président de la République par le Parlement bicaméral.

Devant l'aggravation de la guerre civile (le Patriotic Front multipliant les actions de guérilla pour marquer son refus total de la solution interne), il fallait débloquer la situation. Les élections en Grande-Bretagne amenèrent le Parti conservateur (et Mme Thatcher) au pouvoir, qui entendait en finir avec le lancinant problème rhodésien. Le 4 novembre 1979, un Order in Council désignait un nouveau gouverneur de Rhodésie, lord Soames, qui fut doté des pleins pouvoirs pour amorcer le processus d'autodétermination que la Déclaration unilatérale d'indépendance avait interrompu. À titre transitoire, le Zimbabwe-Rhodésie redevenait Rhodésie et cessait d'être un État indépendant pour adopter le statut de dominion (ainsi que l'admit une loi du Parlement rhodésien). Lord Soames prit ses fonctions le 12 décembre suivant, et les sanctions furent immédiatement levées par la Grande-Bretagne et par le Conseil de sécurité.

La conférence constitutionnelle de Lancaster HouseAccord de Londres sur la question rhodésienne (décembre 1979), qui s'ouvrit à Londres le 10 septembre 1979 à la suite d'une décision de la conférence des chefs de gouvernement du Commonwealth à Lusaka (1er-7 août 1979), fut à ce propos une étape décisive. Le Front patriotique avait donné son accord à un règlement qui, sous l'égide de Londres, reposerait sur cinq principes : le respect de la majority rule, la recherche d'une solution durable, l'octroi à la minorité blanche de garanties constitutionnelles, l'organisation d'élections libres et équitables sous la surveillance de Londres et d'observateurs du Commonwealth, le refus de la Constitution résultant de l'« accord interne ». Participaient à la conférence, outre le gouvernement britannique, la délégation de l'« Administration de Salisbury » (autrement dit, le gouvernement du Zimbabwe-Rhodésie), dirigée par l'évêque Muzorewa, et la délégation du Front patriotique, dirigée par J. Nkomo et R. Mugabe.

Accord de Londres sur la question rhodésienne (décembre 1979) Photographie

Accord de Londres sur la question rhodésienne (décembre 1979) Donnant à la Rhodésie (futur Zimbabwe en 1980) une solution qui met fin à quatorze ans de rébellion contre la couronne britannique, un accord de paix est signé à Londres, le 21 décembre 1979, en présence des parties concernées. De gauche à droite: l'évêque Abel Muzorewa, ancien chef du gouvernement……

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L'adoption d'une nouvelle Constitution ne fut pas chose aisée devant la divergence des points de vue. Mais Londres refusait de transiger sur deux points majeurs (la mise en œuvre immédiate du principe majoritaire et la garantie constitutionnelle des droits de la minorité européenne). Un compromis fut finalement trouvé (accord du 21 déc. 1979).

L'organisation de la période transitoire fut une autre pierre d'achoppement. Pendant la période préélectorale, le gouverneur serait chargé d'assurer la liberté d'expression des candidats et de maintenir l'ordre public. Là encore, entre la délégation de Salisbury et celle du Patriotic Front, l'opposition était telle qu'il fallut des pressions (notamment des États de la Ligne de front) pour la surmonter.

Les conditions du cessez-le-feu constituaient un troisième problème épineux. Au terme des négociations, le gouverneur devait créer une Commission militaire et un Corps de contrôle (Cease-Fire Monitoring Group) pour faire respecter le cessez-le-feu sur le terrain. Le désengagement des forces combattantes de la Z.A.N.L.A. et de la Z.I.P.R.A. supposait la fixation de « lieux de ralliement » et des procédures d'acheminement adéquates. Le cessez-le-feu fut fixé au 28 décembre 1979 à minuit, le regroupement des guérilleros devant être achevé le 4 janvier 1980.

La mise en œuvre de ces dispositions n'alla pas, on s'en doute, sans difficultés. L'accord de Lancaster House, malgré ses insuffisances et ses ambiguïtés, était une entreprise originale et audacieuse pour régler un conflit dont les enjeux s'avéraient décisifs pour l'avenir du Zimbabwe et, au-delà, de l'Afrique australe.

Le processus du cessez-le-feu et du regroupement des combattants nationalistes fut globalement respecté, mais, à plusieurs reprises, le gouverneur britannique fera usage de ses pouvoirs pour prendre des mesures d'urgence. La campagne électorale fut en revanche marquée de multiples actes de violence (exécutions sommaires, exactions, manœuvres d'intimidation, tentatives d'assassinat contre des leaders nationalistes et notamment contre R. Mugabe), mais l'ordre fut quand même maintenu dans l'ensemble.

Les élections avaient été fixées aux 27, 28 et 29 février 1980 pour les Africains ; elles devaient avoir lieu à la représentation proportionnelle, au scrutin de liste. Elles mettaient en présence divers partis, dont les deux grands partis nationalistes (qui avaient repris leur autonomie) : la Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (Z.A.N.U.-P.F.) de R. Mugabe ; le Patriotic Front-Zimbabwe African People's Union (P.F.-Z.A.P.U.) de J. Nkomo ; la Zimbabwe African National Union (Z.A.N.U.) du révérend Ndabaningi Sithole ; le United African National Council (U.A.N.C.) de l'évêque Muzorewa ; le United National Federal Party (U.N.F.P.) du chef Ndiweni ; le Zimbabwe Democratic Party (Z.D.P.) de J. Chikerema ; le National Front of Zimbabwe (N.F.Z.) de P. Mandaza, la National Democratic Union (N.D.U.) de H. Chihota et la United People's Association of Matabeleland (U.P.A.M.) de F. Bertrand. Quant aux Européens (qui disposaient de 20 sièges réservés), ils étaient appelés à voter le 14 février 1980 dans le cadre des circonscriptions électorales existantes ; mais le Front rhodésien y était pratiquement sans rival (il gagna en effet tous les sièges et deviendra « Front républicain »).

Aux élections de février 1980, la participation populaire fut considérable (94 p. 100) : la Z.A.N.U.-P.F. l'emporta largement avec 63 p. 100 des suffrages (57 sièges), suivie par le P.F.-Z.A.P.U. (24 p. 100 des voix, 20 sièges) et le U.A.N.C. (8 p. 100 des voix, 3 sièges).

R. Mugabe était aussitôt appelé au poste de Premier ministre (11 mars 1980), et, bien qu'il n'y fût pas obligé, il décida de former un gouvernement de coalition et de réconciliation nationale. Après de dures négociations avec leP.F.-Z.A.P.U., la nouvelle équipe ministérielle comprenait J. Nkomo (qui avait refusé la présidence de la République et préféré le poste de ministre de l'Intérieur), trois autres ministres du Patriotic Front, deux personnalités européennes (David Smith, député du Front rhodésien, nommé ministre du Commerce et de l'Industrie, et Dennis Norman, président de la Rhodesian National Farmers Union, chargé de l'Agriculture), les autres ministres étant tous membres de la Z.A.N.U.-P.F.

Le 18 avril 1980, l'indépendance du Zimbabwe fut proclamée au stade Rufaro de Harare, dans l'enthousiasme populaire et en présence de nombreux chefs d'État ou de gouvernement étrangers.

Franck MODERNE

3.   Évolution politique depuis l'indépendance

Début d'une ère nouvelle pour la population africaine, profondément meurtrie par les exactions des deux camps pendant la guerre et les discriminations du régime de Ian Smith, le 18 avril 1980 marque aussi le début de la domination inflexible de Robert Mugabe, qui a viré au cauchemar depuis 2000. De ce jour datent aussi un certain nombre de mythes largement colportés par la propagande officielle et les « compagnons de route » étrangers : l'orientation socialiste et le Zimbabwe modèle de développement, l'image d'un dirigeant intègre et miséricordieux à l'égard de ses ennemis, celle du leader africain engagé contre l'apartheid et dans les combats tiers-mondistes... Le décalage croissant entre ces mythes et la réalité du Zimbabwe indépendant explique la difficulté de nombreux observateurs à comprendre les événements postérieurs à 2000.

  La marche vers le parti unique et le « socialisme » (1980-1990)

Ayant nettement remporté les élections, Mugabe choisit pourtant de constituer un gouvernement de coalition où siège son grand rival Joshua Nkomo – leader historique du mouvement nationaliste dans les années 1960 qui a refusé la présidence honorifique du pays –, avec trois autres ministres du P.F.-Z.A.P.U., ainsi que deux représentants de la minorité blanche (dont le président des fermiers), illustration ostensible de la politique de réconciliation nationale. Il faut d'abord rassurer les milieux d'affaires et les producteurs agricoles blancs pour éviter un exode préjudiciable à l'économie (contre-exemple du Mozambique en 1975) ; mais cette posture permet également aux dirigeants Z.A.N.U. (P.F.) de préparer l'assaut contre le P.F.-Z.A.P.U. : les premières unités déployées dans le Matabeleland seront issues de l'ancienne armée rhodésienne et commandées par des officiers blancs.

Massacres dans le Matabeleland

Le détonateur du conflit est la formation de la nouvelle armée nationale et la démobilisation des anciens guérilleros en surnombre. Les maquisards du P.F.-Z.A.P.U. étant systématiquement mis sur la touche ou provoqués par des éléments de la Z.A.N.U., les incidents armés se multiplient dans les camps de regroupement entre fin 1980 et mi-1981. Certains éléments P.F.-Z.A.P.U. – ensuite désavoués par Nkomo – préfèrent alors reprendre le maquis dans leur région d'origine.

C'est cependant l'arrestation de responsables militaires et la démission des ministres P.F.-Z.A.P.U., à la suite de la découverte de prétendues caches d'armes sur des fermes appartenant à ce parti en février 1982, qui déclenche la crise ouverte et révèle la véritable nature de l'opération. Robert Mugabe redoute la concurrence politique future du parti de Nkomo. Le P.F.-Z.A.P.U., davantage que le parti croupion de Ian Smith, est l'obstacle majeur à l'établissement du parti unique. La 5e Brigade, une force antiguérilla entraînée par les Nord-Coréens, dont la création est décidée dès octobre 1980 (bien avant les premiers troubles), impose la terreur et pratique la politique de la terre brûlée au Matabeleland contre les civils et non contre la poignée de « terroristes » mis en avant par la propagande gouvernementale (quelques dizaines seulement se rendront lors de l'amnistie de 1988). Dans une région fermée à la presse étrangère et aux diplomates, entre 1983 et 1987, entre 10 000 à 20 000 personnes sont sommairement exécutées, ou détenues dans des camps, torturées et affamées, pour finir dans des fosses communes anonymes, sans que la communauté internationale ne réagisse.

Pourtant, en dépit des pressions sur ses candidats dans tout le pays, le P.F.-Z.A.P.U. remporte tous les sièges du Matabeleland lors des élections législatives de 1985. C'est donc par le chantage (arrêt des massacres qui ont repris après les élections en échange d'une allégeance totale) et la menace d'une interdiction définitive du P.F.-Z.A.P.U., et par une médiation du président de la République Canaan Banana – un Z.A.N.U., mais originaire du Matabeleland – que Mugabe obtient l'Accord d'unité de décembre 1987. Il consiste en l'intégration totale du P.F.-Z.A.P.U. dans la Z.A.N.U. (P.F.), en échange de postes à responsabilité pour Nkomo et ses amis, d'une amnistie et de la restitution des propriétés confisquées.

L'échec du parti unique

Les dispositions de la Constitution garantissant les droits politiques des Blancs (notamment leurs sièges réservés) sont caduques en 1986 et le parti de Smith disparaît du Parlement. Le ralliement des députés P.F.-Z.A.P.U. permet l'adoption, à la fin de 1987, de l'amendement constitutionnel créant la « présidence exécutive ». Il instaure un régime présidentiel fort au bénéfice de Robert Mugabe, qui remplace Banana à la tête de l'État en décembre 1987, tandis que le poste de Premier ministre disparaît et que le Parlement ne conserve qu'un rôle de façade.

Rien ne s'oppose plus à la légalisation du parti unique ; mais c'est sans compter avec un mouvement étudiant d'inspiration radicale (qui considère que le socialisme ne va pas assez vite et loin) et une crise morale : l'opinion est choquée, en 1989, par le scandale de corruption dit de Willowvale qui éclabousse de nombreux dirigeants Z.A.N.U., y compris – selon la rumeur – Sally, la première femme de Mugabe, en contradiction avec la rhétorique socialiste des dirigeants. Les étudiants font alliance avec la Confédération des syndicats du Zimbabwe (Z.C.T.U.), en voie d'émancipation politique depuis l'accession en 1988 de Morgan Tsvangirai au poste de secrétaire général, et les O.N.G. de défense des droits de l'homme. Dans la foulée, des dissidents Z.A.N.U. (P.F.) conduits par Edgar Tekere créent le Mouvement zimbabwéen de l'unité (Z.U.M.) qui incarne, au nom des valeurs de la libération nationale, l'opposition à un gouvernement corrompu et au projet de parti unique. Obtenant des résultats décevants aux élections législatives et présidentielle de 1990, dans un contexte de fraude et de violence contre ses candidats, le Z.U.M. fournit pourtant un argument aux opposants au parti unique dans la Z.A.N.U. (P.F.). L'évolution du contexte international (l'effondrement du communisme en Europe de l'Est qui rend les partis uniques africains anachroniques) et l'ajustement structurel renvoient de fait le projet aux oubliettes.

Économie et politique extérieure

Sur le plan économique, la première décennie est marquée par de remarquables progrès dans les services d'éducation et de santé fournis à la population, mais largement financés grâce à l'aide internationale. Le discours mettant l'accent sur le socialisme masque la continuité de la politique économique : un ensemble de sociétés publiques, créées pour gérer l'économie de guerre sous le régime de Smith et conservées dans une perspective d'étatisation progressive, coexistent avec un large secteur privé, dans les secteurs financier, agricole et minier. La croissance du P.I.B. suit à peine celle de la population, tandis que le revenu réel des salariés décroît après 1983, et que le Code du travail multiplie les obstacles aux revendications syndicales. L'africanisation rapide de la fonction publique fait accéder la nouvelle élite du pouvoir à des sources d'enrichissement ; parallèlement, le maintien des contrôles sur les importations et les changes permet à une foule d'intermédiaires de prospérer, en monnayant leurs connections politiques auprès du patronat blanc. La dégradation des comptes publics à la fin des années 1980 conduit à la préparation, par le ministère des Finances, d'un plan de rigueur pour obtenir le soutien du F.M.I. et de la Banque mondiale.

La politique extérieure du nouveau régime provoque de vives tensions avec l'Afrique du Sud de l'apartheid en 1981-1982 : les attentats contre des militants de l'A.N.C. ou contre Mugabe à Harare et le sabotage de bases militaires par les forces spéciales sud-africaines répondent à la rhétorique zimbabwéenne enflammée contre le régime de Pretoria. Le Zimbabwe a pris la tête des « États de la ligne de front », et c'est pour contrer le soutien sud-africain à la guérilla de la Renamo et épauler le régime frère du Mozambique, tout en défendant la sécurité du « couloir de Beira », dont dépendent ses approvisionnements (notamment en hydrocarbures), que son armée intervient dans la guerre civile mozambicaine. Mugabe acquiert sur la scène internationale son statut de leader tiers-mondiste dans le G77, ami de la Chine, de Cuba et de la Libye et des régimes communistes d'Europe de l'Est, tout en entretenant de bonnes relations avec les gouvernements conservateurs britanniques.

  L'échec des transitions vers le libéralisme économique et la démocratie (1990-2000)

La période 1990-1995 est marquée par l'illusion partagée par les diplomates étrangers comme par les opposants politiques et organisations civiques qu'une évolution plus démocratique du régime est possible, dans un contexte mondial de recul des autoritarismes communistes (la chute de Ceauşescu en décembre 1989 est un choc pour Mugabe) et dans un contexte régional marqué par les alternances (Zambie, Malawi), la sortie pacifique de la guerre civile (Mozambique) et de l'apartheid (Namibie, Afrique du Sud).

Les illusions de réforme

C'est le temps où le président Bill Clinton cite Robert Mugabe parmi les leaders modernes d'Afrique et où l'ambassade américaine finance des programmes de formation des juges et policiers. Le ralliement apparent du Zimbabwe aux recettes économiques libérales (privatisations, libéralisation du commerce extérieur et des changes, orthodoxie budgétaire affichée – mais jamais réalisée) est alors présenté comme le gage d'une évolution similaire sur le plan politique. On souligne le développement de la presse indépendante et la liberté de parole des O.N.G., syndicats et partis d'opposition. Pourtant, le processus électoral demeure verrouillé et la Z.A.N.U. (P.F.) apparaît comme un parti unique de fait sinon de droit. Les observateurs préfèrent pourtant pointer les divisions de l'opposition plutôt que les privilèges exorbitants du parti au pouvoir (Constitution et loi électorale biaisées, appareil d'État partisan, médias audiovisuels sous contrôle gouvernemental, intimidation et violence contrôlée contre les opposants). Une étude des élections de 1995 montre toutefois que les principaux éléments de manipulation du processus électoral décriés après 2000 – y compris l'inamovible Registrar General qui concocte la liste des électeurs – sont déjà en place dans les années 1980-1990 derrière la façade pluraliste. Dans la circonscription de Harare Sud, la dissidente Z.A.N.U. (P.F.) Margaret Dongo établit devant la Haute Cour la manipulation à son encontre – y compris le bourrage d'urnes – et fait annuler le scrutin, remportant ensuite l'élection partielle de novembre 1995.

Les éléments critiques dans le parti, députés de base ou anciens ministres tel Eddison Zvobgo, espèrent alors une succession rapide à la présidence, mais sont marginalisés politiquement. La réélection de Robert Mugabe en 1996 avec une participation très faible montre qu'il n'est pas prêt à céder la place, en dépit de la désaffection populaire. En août de la même année, son deuxième mariage avec une femme de trente ans sa cadette et sa maîtresse depuis plusieurs années (elle lui a donné deux enfants) veut démontrer aux yeux du peuple et de ses successeurs pressés sa capacité à rebondir.

Revers économiques et montée de la corruption

Pourtant, le mécontentement monte déjà dans la population, qui n'a retiré de l'ajustement structurel que les inconvénients : licenciements dans la fonction publique mais aussi des industries fortement concurrencées par les produits sud-africains en libre importation depuis 1994, stagnation des salaires, montée des coûts dans l'éducation (écolage) et la santé. Pendant ce temps, une minorité d'hommes d'affaires proches du pouvoir et des dirigeants Z.A.N.U. (P.F.) s'enrichissent rapidement sous couvert « d'africanisation de l'économie ». La saga de Roger Boka, nouveau riche lui-même, banquier véreux de l'élite du pouvoir et militant de l'africanisation à coup de placards racistes dans la presse gouvernementale, est emblématique de cette période. Sa mort opportune au début de 1999, après son inculpation et sa fuite à l'étranger, évite que le scandale n'éclabousse trop Mugabe et ses ministres.

La deuxième phase de l'ajustement structurel ne voit jamais le jour, faute d'un nouvel accord avec le F.M.I et la Banque mondiale, le gouvernement zimbabwéen refusant le démantèlement des sociétés publiques et d'économie mixtes (comme l'office de commercialisation des grains ou celui qui régit la distribution des hydrocarbures), à l'utilité économique douteuse mais offrant autant de sinécures pour les élus du patronage présidentiel. La corruption dans l'attribution des marchés d'équipement (tel celui du nouvel aéroport confié au neveu du président, Léo Mugabe) et l'appropriation privée des ressources publiques deviennent la règle, par exemple avec le siphonnage, par les ministres du Fonds de développement social, conçu par la Banque mondiale pour protéger les plus pauvres des conséquences des coupes budgétaires. L'affaire de l'attribution frauduleuse des concessions de réseaux de téléphonie mobile à des affidés du président, mise en échec par le courageux entrepreneur Strive Masiyiwa (futur financier de la presse indépendante et de l'opposition) défraye également la chronique dans les années 1994-1998.

C'est cependant l'affaire du Fonds d'indemnisation des victimes de la guerre qui sera le premier détonateur de la crise zimbabwéenne.

La crise sociale et politique

Mis en place au début des années 1990 à la demande de l'Association des vétérans et de députés de base Z.A.N.U. (P.F.) comme Margaret Dongo, le fonds est vite épuisé par les dirigeants du parti et leurs protégés, sur la base de faux certificats d'invalidité ou autres séquelles de la guerre. Face au scandale, une commission d'enquête présidée par un juge acquis au pouvoir (devenu Chief Justice en 2001) tient en mars 1997 des auditions publiques amplement couvertes par la presse indépendante. Les membres de l'élite directement mis en cause ne sont pas inquiétés, à la différence d'un faux médecin, « Hitler » Hunzvi, président de l'Association des vétérans et auteur de nombreux faux certificats. Les vétérans organisent en juillet-août 1997 une série de protestations violentes dans les rues d'Harare et obtiennent de Mugabe de généreuses pensions (pour compenser l'argent volé) et la promesse d'une accélération de la réforme agraire à leur bénéfice.

Ces nouvelles dépenses, qui alourdissent subitement les déficits publics provoquent une chute brutale de la Bourse d'Harare et du taux de change (— 75 p. 100 en un jour) en novembre, tandis que l'annonce du financement de ces mesures par une taxe sur les salaires provoque une grève générale massive dirigée par la Z.C.T.U. en décembre 1997. La deuxième grève générale, en janvier 1998, dégénère en émeutes de la faim dans les townships d'Harare, réprimées dans le sang (12 morts selon la police, plusieurs dizaines selon les O.N.G.). L'interdiction des grèves générales par le gouvernement et la nécessité de trouver un débouché politique au mécontentement incitent les syndicats ouvriers à s'allier avec les O.N.G. et les petits partis d'opposition dans la National Constitutional Assembly (N.C.A.) pour réclamer une Constitution plus démocratique permettant l'alternance.

Si la situation économique et sociale continue de se dégrader, en particulier avec l'engagement militaire zimbabwéen au côté du régime de Laurent-Désiré Kabila en République démocratique du Congo à partir d'août 1998, Robert Mugabe lâche du lest face aux réformateurs de son propre parti en établissant, en mai 1999, une Commission nationale chargée de rédiger une nouvelle Constitution (Constitutional Review Commission, C.R.C.). La formation de la C.R.C., à laquelle la plupart des membres de la N.C.A. refusent de participer parce que les partisans de Mugabe y ont structurellement la majorité, puis la rédaction du projet constitutionnel, polarisent le débat pendant l'année 1999. La N.C.A. poursuit un processus parallèle de consultation de la population pour déboucher sur un contre-projet et critique l'absence de transparence du projet officiel : au dernier stade des travaux et en dépit des protestations de la minorité d'indépendants de la C.R.C. (notamment issus des milieux d'affaires blancs), les dirigeants Z.A.N.U. (P.F.) imposent des clauses voulues par le président, notamment la très controversée légalisation de l'expropriation des fermes sans indemnisation.

Outre la manœuvre politique – obtenir le soutien des vétérans et des zones rurales – c'est une provocation délibérée à l'égard du gouvernement britannique censé indemniser les fermiers blancs expropriés, au nom de sa responsabilité de colonisateur. Cette initiative tue le dernier espoir de mener une réforme agraire de façon ordonnée et légale. Mise en œuvre pendant les années 1980, notamment avec des financements britanniques, mais à un rythme lent conditionné autant par des contraintes techniques (encadrement des paysans, équipements publics à créer, coût de la mécanisation et des intrants agricoles) que par la nécessité d'indemniser la terre au prix du marché, la réforme agraire avait été relancée par la loi de 1992. Celle-ci facilitait l'expropriation des fermes par l'État, avec toutefois une compensation financière exigée par la Cour suprême. Cette politique fut compromise à partir de 1993 par la corruption dans le processus d'attribution des fermes à des protégés du pouvoir, au détriment des plus pauvres. Après la menace de confisquer 1 400 fermes proférée par Mugabe à la fin de 1997, une conférence de pays donateurs, tenue en septembre 1998, élabora un nouvel accord de financement (200 millions de dollars U.S.) pour un processus consensuel piloté par le Programme des Nations unies pour le développement (P.N.U.D.). Mais Mugabe, qui décide dès la mi-1999 de fonder sa stratégie de survie politique sur la confiscation des fermes des Blancs, cesse bientôt la collaboration avec les donateurs et le P.N.U.D.

  Depuis 2000 : la chute vers l'abîme

La campagne de la Z.A.N.U. (P.F.) pour le référendum sur le projet de nouvelle Constitution de février 2000 martèle la question de la terre et un discours anti-Blancs rappelant le langage de la guerre civile, tandis que la campagne de la N.C.A. et de l'opposition insiste sur l'autoritarisme de Mugabe et la situation économique et sociale, transformant la consultation en plébiscite contre le président.

La troisième guerre de libération nationale

À la surprise générale, le non l'emporte avec 54,7 p. 100 des suffrages, et les jeunes partisans de l'opposition manifestent leur joie – ô combien prématurée – en agitant des cartons rouges, métaphore footballistique signifiant l'exclusion définitive de Mugabe. Le parti au pouvoir, trop sûr de sa domination et de la propagande audiovisuelle orchestrée par l'état-major de la C.R.C. (dont l'ancien universitaire Jonathan Moyo, futur ministre de l'Information entre 2000 et 2004, avant de se rapprocher de l'opposition après les élections de 2005), n'a pas mobilisé son électorat rural, tandis que les grandes villes ont massivement voté contre le président et un projet constitutionnel destiné à le maintenir au pouvoir. En réaction, l'appareil Z.A.N.U. (P.F.) est purgé, les élections législatives d'avril reportées à juin, pour éviter un raz-de-marée au profit du Mouvement pour le changement démocratique (M.D.C.), nouveau parti d'opposition issu en septembre 1999 de la N.C.A. et présidé par le leader des syndicats, Morgan Tsvangirai. Mugabe contre-attaque dès la mi-février avec l'invasion des fermes des Blancs par les militants Z.A.N.U. (P.F.) conduits par d'anciens vétérans de la guerre de libération.

Derrière les arguties sur l'injuste répartition des terres agricoles issue de la colonisation, donc la nécessité d'accélérer la réforme agraire et les controverses avec les gouvernements occidentaux appelés à la financer, la manœuvre apparaît rapidement comme une stratégie délibérée de tension dans la perspective des élections. La violence contre les fermiers blancs (dont neuf sont assassinés de sang-froid) et leurs salariés agricoles, réputés soutenir le M.D.C., doit contraindre les zones rurales à l'obéissance, tandis que l'appropriation illégale des fermes est censée convaincre les paysans sans terre des zones communales (ex-réserves tribales). La passivité de la police refusant de faire respecter les décisions de justice initialement favorables aux fermiers (jusqu'à la purge de la Haute Cour et de la Cour suprême courant 2001), le soutien logistique fourni à l'opération par l'armée et la police politique (C.I.O.) démontrent qu'il s'agit d'un plan ourdi au sommet de l'État. Au fil de la campagne électorale, la violence augmente à l'encontre des militants du M.D.C. (entre 2000 et 2005, plus d'une centaine seront assassinés et plus d'un millier torturés et battus) et l'opposition est bannie des zones rurales, dans le cadre de cette troisième guerre de libération (Third Chimurenga) selon la propagande officielle. S'y ajoute la menace de retourner au maquis en cas de défaite et le vœu que jamais le M.D.C. ne gouvernera le pays, puisque la Z.A.N.U. (P.F.) en a acquis le droit irrévocable au bout du fusil (une constante du discours de Mugabe et ses sbires depuis l'indépendance).

À l'issue d'une élection totalement opaque dans les circonscriptions rurales, « ni libre ni honnête » pour les observateurs de l'Union européenne (U.E.), la Z.A.N.U. (P.F.) remporte 62 des 120 sièges en juin 2000. Avec les 30 députés nommés par ses soins, Mugabe non seulement conserve le pouvoir, mais dispose d'une majorité suffisante pour amender la Constitution à sa guise et adopter au fil des années un appareil législatif de plus en plus ouvertement répressif (notamment en matière d'ordre public, d'élections et de médias). Le pouvoir s'acharne contre les derniers juges indépendants – ruinant l'espoir du M.D.C. de voir un scrutin frauduleux annulé par la justice – puis contre les organes de presse (interdiction du Daily News) et les correspondants permanents de la presse étrangère. Une loi de 2001 prive la quasi-totalité des 40 000 Zimbabwéens blancs et des milliers d'anciens immigrés zambiens, malawites et mozambicains de leur nationalité et de leur droit de vote.

En mars 2002, la réélection de Mugabe, officiellement par 56,2 p. 100 des voix contre 41,9 p. 100 à Morgan Tsvangirai, résulte à nouveau de la fraude et de la violence exercée par une milice Z.A.N.U. (P.F.) – les Green Bombers – pendant les six mois précédents, contre les partisans du M.D.C., les syndicalistes, les membres d'églises protestantes, de la N.C.A. et d'autres O.N.G. civiques. En particulier, la prise de contrôle de la logistique du vote par un état-major de l'ombre, constitué d'officiers de l'armée, de la police et de la C.I.O., favorise le bourrage des urnes, notamment dans les trois provinces du Mashonaland réputées acquises à la Z.A.N.U. (P.F.), et l'ajustement approprié du résultat final. La fraude s'appuie également sur une liste électorale délibérément inexacte (pour récuser les partisans du M.D.C. en ville et faire voter les morts dans les zones rurales) et sur un nombre insuffisant de bureaux de vote en ville pour dissuader les électeurs M.D.C. Bien entendu, les Zimbabwéens de la diaspora, a priori hostiles à Robert Mugabe, n'ont pas droit au vote. Alors que la violence va plutôt en diminuant après 2004, en particulier pour conserver le soutien des États voisins, la fraude systématique est à nouveau employée en 2005 pour les législatives et les sénatoriales et en mars 2008, pour les élections présidentielle, parlementaires et locales.

« Jamais le M.D.C. ne dirigera ce pays »

L'opposition, soumise à rude épreuve depuis février 2000, en particulier lors de la détention et du procès de Morgan Tsvangirai, entre 2002 et 2004, sur la base d'accusations de complot contre l'État totalement fabriquées, montre des signes de désespoir. Entre octobre 2005 et mars 2006, le M.D.C. éclate en deux factions rivales : la majorité reste fidèle à Morgan Tsvangirai contre le groupe du secrétaire général, Welshman Ncube, et du vice-président Gibson Sibanda. La cause immédiate du divorce est le désaccord quant à l'attitude à adopter face aux élections sénatoriales (le Sénat ayant été rétabli par un amendement constitutionnel combattu par le M.D.C.), mais au-delà, la minorité met également en cause le style de leadership du président du parti et les agissements de ses proches collaborateurs n'hésitant pas à recourir à la violence contre tout contradicteur. De ce fait, à la présidentielle de 2008, Robert Mugabe affronte une opposition divisée : non seulement Morgan Tsvangirai, mais aussi un dissident de la Z.A.N.U. (P.F.), ministre des Finances démissionnaire en 2002, Simba Makoni, soutenu par certains cadres du parti au pouvoir et par la faction minoritaire du M.D.C. – dite Mutambara.

La pseudo-réforme agraire, dont a profité surtout une nomenklatura Z.A.N.U. (P.F.) ayant accaparé les plus belles fermes, a ruiné l'agriculture et, par contagion, tous les autres secteurs – à l'exception des mines tirées par les cours internationaux des métaux. La production de tabac, source importante de devises avant 2000, a été divisée par quatre. La baisse du P.I.B. d'environ 4 p. 100 par an depuis 2002 coexiste avec l'inflation qui a dépassé, au début de 2008, le niveau insensé de 100 000 p. 100 par an. Le chômage à plus de 70 p. 100 de la population active dans le secteur formel, et les effets de la destruction brutale de l'habitat « illégal » en mai-juillet 2005 – de l'avis général une vengeance à l'encontre des supporters urbains du M.D.C. – qui a accru la misère des habitants des townships, jetés à la rue en plein hiver austral, expliquent que 80 p. 100 de la population au moins soient au-dessous du seuil de pauvreté local. Près de 3 millions de personnes dépendent chaque année du Programme alimentaire mondial pour ne pas mourir de faim ; une situation qui doit davantage au chaos des campagnes qu'aux sécheresses successives ayant frappé l'Afrique australe de 2001 à 2004. Les devises manquent pour importer le maïs qui fournit la base de l'alimentation. Tous les indices de santé publique et d'éducation sont dans le rouge et au moins 3 millions de Zimbabwéens ont fui à l'étranger (Afrique du Sud et Royaume-Uni surtout), dont au moins 800 000 personnels qualifiés (médecins, ingénieurs, techniciens, enseignants, etc.). La politique de Robert Mugabe est un suicide économique pour un pays qui disposait, à la veille de l'indépendance, d'une infrastructure et d'une base productive enviées par ses voisins, d'une monnaie forte et qui exportait de la nourriture dans la région.

L'impuissance des Occidentaux

Face à cette dérive, la communauté internationale est impuissante. La controverse publique avec le gouvernement britannique de Tony Blair, grossièrement insulté par le président zimbabwéen, conduit vite à un affrontement avec l'U.E. et le Commonwealth. Le Royaume-Uni et l'Australie obtiennent la suspension du Zimbabwe des mécanismes de coopération du Commonwealth en décembre 2003 (après neuf mois de résistance de l'Afrique du Sud), à la suite des conclusions d'une mission d'observateurs de l'organisation à l'élection présidentielle de 2002. De même, après le refus d'Harare d'accréditer une mission d'observation de l'U.E. à cette même élection, Londres convainc les autres États membres, le 18 février 2002, d'adopter des sanctions ciblées contre les dirigeants de l'État zimbabwéen et de la Z.A.N.U. (P.F.), lesquelles sont élargies à deux reprises et reconduites chaque année depuis lors. Les relations avec les États-Unis se dégradent à peu près au même rythme et Washington adopte également des sanctions ciblées en 2003. Le gouvernement américain range en janvier 2005 le Zimbabwe parmi les « postes avancés de la tyrannie ».

Cependant, si ces sanctions limitent les déplacements de dignitaires Z.A.N.U. (P.F.) et leur jouissance de leurs avoirs, elles permettent aussi à Robert Mugabe de se présenter comme la victime d'un « complot impérialiste » et d'obtenir le soutien public de ses pairs de l'Union africaine et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (S.A.D.C.), dont les observateurs ont avalisé tous les scrutins depuis 2000. Le président sud-africain Thabo Mbeki, sur lequel repose l'espoir de Tony Blair et de George W. Bush d'un retour à la normale, refuse de critiquer publiquement Mugabe, y compris à l'occasion des scrutins truqués de 2002, 2005 et 2008. Adepte d'une « diplomatie tranquille » qui s'apparente à l'accommodement vis-à-vis de Mugabe, Mbeki arbitre parallèlement plusieurs séries de négociations entre M.D.C. et Z.A.N.U. (P.F.), de 2000 à 2005, d'abord sur la formation d'un gouvernement de coalition, puis sur un nouveau texte constitutionnel. À chaque fois, Mugabe a désavoué ses propres négociateurs. Mbeki obtient cependant de lui, en 2007, au bout de neuf mois de discussions, des concessions sur les conditions d'organisation des élections – simple application du Code adopté unanimement par la S.A.D.C. en août 2004. Hésitant encore à lâcher Mugabe, toujours populaire auprès de la base de l'A.N.C. sud-africaine et de l'opinion publique du continent, le gouvernement de Pretoria apparaît démuni après la défaite, au premier tour de l'élection présidentielle le 29 mars 2008, de Simba Makoni qu'il soutenait en sous-main.

Malgré la courte victoire du M.D.C. aux législatives du même jour, Mugabe refuse de s'avouer vaincu. La commission électorale, aux ordres de l'exécutif, publie, avec cinq semaines de retard, un résultat « arrangé » rendant un second tour nécessaire. Aussitôt, l'armée, la police et surtout les milices Z.A.N.U. (P.F.) pourchassent militants et électeurs de l'opposition et empêchent celle-ci de faire campagne. Aux quatre-vingt-dix membres du M.D.C. qui perdent la vie, dans des circonstances horribles, s'ajoutent environ 10 000 blessés et 200 000 déplacés ; tandis que Mugabe annonce qu'il ne reconnaîtrait pas une victoire de TsvangiraiZimbabwe: élection présidentielle de 2008 car « le bulletin de vote ne saurait remplacer la balle de fusil » [c'est-à-dire le droit historique de la Z.A.N.U. (P.F.) à gouverner le pays]. Dans ces conditions, le leader du M.D.C. jette l'éponge moins d'une semaine avant le scrutin du 27 juin et appelle au boycottage. Il ne reste plus au président sortant, désormais seul en lice, qu'à bourrer les urnes pour masquer la faible participation et se déclarer promptement « réélu ». Les pays occidentaux condamnent unanimement cette mascarade et proclament le régime zimbabwéen illégitime ; mais l'Union africaine, en dépit de voix isolées (Kenya, Botswana, Sénégal, Sierra Leone) refuse de franchir le pas, évoque un chimérique « gouvernement d'unité nationale » et réitère son soutien à la médiation de Thabo Mbeki pourtant obsolète. Celui-ci avait, en effet, refusé de critiquer publiquement Mugabe entre les deux tours et avait obtenu que la résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l'O.N.U. le 23 juin, qui jugeait les conditions de déroulement du scrutin ni libres ni honnêtes, ne reconnaisse pas ipso facto Tsvangirai comme président légitime. En tout état de cause, les veto de Moscou et de Pékin, le 11 juillet, mis, à l'instigation de Pretoria, à une résolution américano-britannique du Conseil de sécurité prônant des sanctions contre le régime Mugabe, attestaient que le M.D.C. ne pouvait pas compter sur une internationalisation de la crise.

Zimbabwe: élection présidentielle de 2008 Photographie

Zimbabwe: élection présidentielle de 2008 Affiche électorale de Morgan Tsvangirai pour le second tour de l'élection présidentielle de 2008. À ce moment (début du mois de juin), le candidat de l'opposition, arrivé en tête au premier tour, est bien décidé à affronter Robert Mugabe. Mais, devant les intimidations et les violences commises par……

Crédits: D. Kwande/ AFP/ Getty Consulter

Accord en trompe-l'œil

Un accord fut conclu à Harare le 21 juillet entre les trois partis représentés au Parlement à l'issue du scrutin du 29 mars : Z.A.N.U. (P.F.), M.D.C.-T. et M.D.C.-M., après que Mbeki eut accédé à la demande de Tsvangirai d'associer l'U.A. et l'O.N.U. à sa médiation. Par cet accord, les trois partis s'engageaient à trouver une solution à la crise politique. Ce furent deux mois de négociations agitées, assorties de rumeurs contradictoires, au cours desquels le M.D.C.-T. fut plusieurs fois isolé face à une coalition de facto entre Mugabe, le M.D.C.-M. et Mbeki. Le président zimbabwéen est parvenu à inverser la charge de la preuve, avec l'aide d'un médiateur pressé d'aboutir pour redorer son blason sur la scène politique sud-africaine. Mugabe a su courtiser la faction minoritaire de l'opposition, en raison de la naïveté politique de son président, Arthur Mutambara, et en jouant des profondes divergences entre son secrétaire général, Welshman Ncube, et les dirigeants du M.D.C.-T. Ainsi, Tsvangirai fut pointé du doigt par des conseillers de Mbeki, à la mi-août, comme un obstacle à l'aboutissement des négociations du fait de ses exigences sans cesse croissantes, tandis que Ncube l'accusait, dans la presse, de vouloir un transfert complet du pouvoir et non un partage. Pour faire pression sur le M.D.C.-T. et à la demande de la S.A.D.C., le Parlement fut convoqué à la fin d'août pour élire les présidents des chambres. La Z.A.N.U. (P.F.) soutint le candidat du M.D.C.-M. contre celui de Tsvangirai. Mais, contre toute attente, c'est ce dernier qui l'emporta, la majorité des députés du M.D.C.-M. n'ayant pas suivi les consignes de leurs leaders. L'échec de la manœuvre renforça alors la position de Tsvangirai.

Finalement, un accord de partage du pouvoir fut signé le 15 septembre. Qualifié un peu rapidement « d'accord historique » parce qu'il permettait à Tsvangirai d'accéder au poste de Premier ministre, créé pour l'occasion, ce texte comportait de nombreuses zones d'ombre, notamment sur la répartition des ministères et des sénateurs nommés par le chef de l'État – une question reportée par le médiateur pour hâter la signature de l'accord. S'y ajoutaient l'ambiguïté sur de nombreuses prérogatives du président qui doivent être exercées « en consultation avec le Premier ministre » (un avis consultatif ne lie cependant pas l'autorité qui décide), notamment les nominations au sommet de l'État ; ou encore la complexité d'un système dans lequel devraient coexister un cabinet présidé par le chef de l'État et un Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre. Un tel partage du pouvoir exécutif pourrait conduire rapidement à la paralysie des institutions.

L'accord a suscité de fortes résistances à la tête de la Z.A.N.U. (P.F.), notamment de la part du J.O.C. et de son président Emmerson Mnangagwa, ancien ministre de la Sécurité puis de la Justice, crédité officieusement de la réélection de Mugabe. De fait, l'application du texte est toujours pour ainsi dire au point mort. L'amendement constitutionnel devant en légaliser les principales clauses n'a pas encore été adopté, faute d'une entente entre le M.D.C.-T. et l'entourage de Mugabe sur l'attribution de certains postes ministériels. Si l'exigence de Tsvangirai de contrôler le ministère de l'Intérieur, c'est-à-dire les forces de police, alors que Mugabe s'est déjà attribué les ministères de la Défense et de la Sécurité d'État (police politique), en plus de l'Information et des Affaires étrangères, a été amèrement critiquée par Mbeki, elle vise à mettre un terme aux manœuvres de Mugabe pour vider l'accord de toute substance. Ce dernier a nommé unilatéralement des gouverneurs de province appartenant à la Z.A.N.U. (P.F.), qui siègent au Sénat, où la majorité se trouve ainsi renversée ; il a renouvelé en décembre, pour cinq ans, le mandat de Gideon Gono, un de ses cousins, à la tête de la Banque centrale, alors que la politique monétaire de ce dernier est largement responsable de l'hyperinflation. Paradoxalement, c'est à Tsvangirai et non à Mugabe que la S.A.D.C. réclamait, à la fin de l'année 2008, davantage de concessions pour sauver l'accord.

Or le seul véritable atout de Tsvangirai est le soutien des donateurs occidentaux (tels que certains États, la Banque mondiale et le F.M.I.), et sa capacité à obtenir une aide d'urgence, financière et humanitaire, pour éviter l'implosion du pays. Il ne veut pas gaspiller ce crédit politique en entrant dans un gouvernement d'union nationale sans avoir reçu de solides garanties sur sa liberté d'action et sa sécurité. L'affaire est d'autant plus mal engagée que Mbeki, d'une part, loin d'être impartial, reprend la rhétorique de la Z.A.N.U. (P.F.) pour qualifier le M.D.C.-T. de « valet de l'Occident » qui s'oppose aux « solutions africaines » et, d'autre part, évincé de la présidence sud-africaine, dispose moins que jamais des moyens de faire céder Mugabe. Le Zimbabwe reste sans gouvernement constitutionnel jusqu'au 11 février 2009.

Désintégration économique et sociale

La malnutrition généralisée – aggravée par l'interdiction faite aux O.N.G., perçues comme hostiles au pouvoir, de distribuer de l'aide alimentaire dans les campagnes entre la mi-avril et la fin de juillet –, la ruine des infrastructures sanitaires (plus de médicaments ni de médecins dans les hôpitaux), la pénurie d'eau potable en ville (faute de produits de traitement de l'eau) et les égouts désormais à l'air libre (par manque d'entretien du réseau datant des années 1960) ont provoqué une épidémie de choléra qui aurait déjà fait 1 100 morts à la mi-décembre 2008 selon l'O.N.U. (plusieurs milliers, selon la presse indépendante). Elle s'étend rapidement parmi une population dont la moitié – environ 5 millions de personnes – est menacée de famine aiguë. Une épizootie d'anthrax, qui s'est déclarée en novembre, met également en danger l'ensemble du cheptel, la faune sauvage et les hommes qui s'en nourrissent. La pénurie alimentaire est un problème devenu récurrent au Zimbabwe depuis 2003, alors que l'agriculture, ruinée par l'expropriation massive des fermiers blancs entre 2000 et 2005, sous le prétexte d'une réforme agraire, n'est plus en mesure de faire face à la sécheresse qui affecte les zones les plus arides du pays. Malgré l'arrivée de la saison des pluies en décembre, peu de terres ont été préparées et semées à temps en raison de la pénurie de semences, d'outils et de divers intrants, ou encore de la faiblesse physique des paysans.

L'inflation n'a fait que s'accélérer sous l'effet des mêmes facteurs depuis plusieurs années : chute de la production et donc des recettes en devises étrangères et de l'épargne intérieure, création monétaire excessive pour soutenir artificiellement le train de vie de l'État et courir après une inflation hors contrôle. Annoncée officiellement à 2,2 millions p. 100 en juillet, puis 11 millions p. 100 à la mi-août, l'inflation était quatre à cinq fois supérieure selon des économistes indépendants ; elle dépassait officiellement 230 millions à l'automne, tandis que les observateurs internationaux, se fiant au marché noir des devises, l'estimaient à plusieurs milliards p. 100. Ces statistiques sont d'autant plus irréelles que les magasins sont vides, à moins de pouvoir payer en devises étrangères. La machine à billets peine à suivre la demande de liquidités engendrée par l'inflation galopante (100 millions de dollars zimbabwéens ne suffisent pas à payer un kilo de pain). Le processus se nourrit de la dépréciation du dollar zimbabwéen sur le marché monétaire parallèle, où la Banque centrale est un intervenant occulte qui se procure les devises étrangères nécessaires au maintien du niveau de vie de la nomenklatura et au fonctionnement minimal des services de l'État. Obtenant ces devises à un taux sans rapport avec la réalité économique, les privilégiés peuvent acheter des biens de luxe importés pour un coût réel dérisoire. L'introduction, par la Banque centrale, en décembre, de nouveaux billets de 50, 100 et 200 millions, puis de 10 milliards de dollars zimbabwéens n'a rien résolu : la parité du dollar américain s'est aussitôt ajustée à 10 millions de dollars zimbabwéens sur le marché parallèle et les prix de détail ont été multipliés par quatre ou cinq. Beaucoup de fonctionnaires ont abandonné leur poste (la plupart des écoles sont désormais fermées), cherchant d'autres moyens de survie (comme l'exploitation illégale de l'or près de Mutare) ; progressivement, l'ensemble de l'appareil administratif est paralysé alors que l'État est déjà en faillite, et que les dignitaires Z.A.N.U. (P.F.) tentent toujours de donner le change dans les médias officiels.

À la fin de novembre et au début de décembre, des soldats – autant affectés que le reste de la population – se sont livrés, à Harare, à des exactions pour se procurer des liquidités et ont pillé des magasins. Le régime Mugabe n'a plus les moyens de rétribuer ceux qui sont chargés de le défendre – hormis la police anti-émeute et la police militaire particulièrement choyées. Certes, les officiers supérieurs, compromis à la fois dans la violence, la corruption et la fraude électorale, restent fidèles à Mugabe, mais les soutiens du régime se réduisent rapidement. Une mutinerie est improbable, compte tenu du contrôle étroit exercé sur les armes et les munitions, mais une désertion massive et le développement de milices incontrôlées sont à craindre. Les villes peuvent sombrer dans l'anarchie et la violence d'une semaine à l'autre. Seuls les pays voisins, en particulier l'Afrique du Sud, directement menacés par l'épidémie de choléra, sont susceptibles d'intervenir pour contraindre Mugabe à quitter le pouvoir, y compris par la force comme l'a demandé à la mi-décembre 2008 le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu.

Daniel COMPAGNON

Pour citer cet article

Daniel COMPAGNON, Philippe GERVAIS-LAMBONY, Franck MODERNE, Universalis, « ZIMBABWE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/zimbabwe/

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