3. Dirigeant de la République populaire
Premier ministre de la nation la plus peuplée de la terre, de 1949 à 1974, Zhou Enlai a exercé des responsabilités si centrales et si constantes que son action s'identifie en fait avec l'histoire de la Chine populaire. C'est un discours de Zhou Enlai qui a inauguré en 1956 la campagne des Cent Fleurs, un rapport de Zhou Enlai qui a la même année fait le point sur le premier plan quinquennal et tracé les grandes lignes du second. C'est Zhou Enlai qui est chargé en 1959 de ramener sur terre – enfin presque – les objectifs du Grand Bond en avant et en 1967 d'empêcher le pays de sombrer dans l'anarchie. L'accomplissement de cette dernière tâche et le recul ou l'élimination de dirigeants promus à la faveur de la révolution culturelle accroissent encore l'autorité de Zhou Enlai qui gouverne en fait le pays jusqu'au moment où la maladie le terrasse : le cancer est diagnostiqué dès 1972 et Zhou doit réduire son activité à partir de 1974. Mais il applique désormais sa propre politique plus que celle de Mao et choisit comme dauphin une des plus illustres victimes de la révolution culturelle : Deng Xiaoping. La mort de Zhou Enlai, survenue le 8 janvier 1976, donnera lieu trois mois plus tard à un hommage du peuple de Pékin, lors de manifestations sur la place Tian'anmen.
Ministre des Affaires étrangères, Premier ministre à vie... Il faut cependant rappeler qu'en Chine populaire le véritable pouvoir de décision appartient non pas au gouvernement, mais au bureau politique du P.C.C. et à son comité permanent. Zhou Enlai a appartenu au comité permanent dès sa création et il a en outre été membre du bureau politique sans interruption pendant près d'un demi-siècle (de 1927 à sa mort). À défaut de meilleure donnée, on peut toujours fonder sur cette longévité exceptionnelle une ébauche d'analyse de la personnalité de Zhou Enlai.
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