2. L'ambassadeur du communisme chinois
Ce qui confère d'emblée une importance décisive à ses activités nouvelles d'ambassadeur et de porte-parole, c'est le changement de conjoncture. L'aggravation de la menace que le militarisme japonais fait peser sur l'indépendance chinoise et l'adoption d'une stratégie unitaire par le Komintern offrent à un mouvement communiste très affaibli la chance d'un nouveau départ. Avant même que l'année 1936 s'achève, cette chance est saisie : arrêté à Xi'an le 12 décembre par l'un de ses généraux, Tchiang Kai-chek se voit contraint de faire passer la résistance antijaponaise avant la liquidation de la dissidence communiste. Venu en décembre 1936 à Xi'an, Zhou Enlai joue un rôle de premier plan dans les négociations qui aboutissent à la libération de Tchiang Kai-chek et à l'intégration des communistes dans le front national qui assurera leur victoire. Durant l'interminable guerre, dont l'éclatement quelques mois plus tard surprend Chou en pleine conférence avec Tchiang Kai-chek et ses collaborateurs, le communisme chinois acquiert progressivement une image de marque beaucoup plus attrayante que celle du gouvernement nationaliste légitime. Le contraste qui s'impose peu à peu à une grande partie de l'opinion trouve, certes, mainte justification dans les vertus de Yan'an, capitale communiste, et surtout dans les vices manifestes du régime nationaliste. Mais il est orchestré avec une éloquence très persuasive par l'agent publicitaire distingué que le P.C.C. entretient en la personne de Zhou Enlai. Sa mission est si importante aux yeux du parti qu'il développe à Chongqing, où le gouvernement national s'est replié, une antenne communiste.
Zhou Enlai est encore le principal négociateur communiste une fois que la défaite japonaise laisse les deux camps chinois face à face. La médiation américaine retarde sans l'empêcher l'affrontement inéluctable et Zhou se prête avec complaisance à ce qu'on attend de lui en signant la trêve éphémère de janvier 1946. Trois ans plus tard, il peut se permettre de faire échouer les ultimes pourparlers entre nationalistes et communistes : c'est sur la scène internationale qu'il exercera dorénavant ses talents de négociateur, talents qui éclateront au grand jour lors des conférences de Genève (1954) et de Bandung (1955). Ministre des Affaires étrangères de 1949 à 1958 seulement, Zhou Enlai est en fait demeuré jusqu'à ses derniers jours le principal porte-parole de la Chine populaire et son négociateur pour les grandes occasions, de la guerre sino-indienne (1962) au rapprochement avec les États-Unis.
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