La personnalité de Zhou Enlai rassurait les Occidentaux. Comme ils avaient le sentiment d'être mieux connus et compris de lui que d'aucun autre dirigeant de la Chine populaire, ils croyaient le connaître lui-même assez bien et l'estimaient proche d'eux. À l'exception du secrétaire d'État John Foster Dulles qui refusa de lui serrer la main à Genève en 1954, il a séduit la plupart de ses interlocuteurs. Encore Dulles lui-même en avait-il moins à la personne de Zhou qu'au représentant du communisme chinois. Zhou Enlai n'a pas seulement conféré avec les grands du monde entier, il a en outre reçu de très nombreuses personnalités et délégations étrangères de tout niveau et de toute nature. Ces bavardages affables prodigués pendant quarante ans ont beaucoup servi la cause du communisme chinois. Si Zhou Enlai demeure mal connu, ce n'est certes pas faute d'avoir occupé le devant de la scène. En Chine comme à l'étranger, avant comme après 1949, sa carrière a été plus publique que celle d'aucun autre dirigeant chinois.
1. Aux origines du Parti communiste chinois
Né à Huaian dans le Jiangsu en 1898 dans une famille aisée de lettrés, Zhou Enlai, avant même que le Parti communiste soit fondé, milite dans le Mouvement du 4 Mai (1919), la grande révolution patriotique et culturelle qui soulève les étudiants chinois contre la tradition confucéenne et les empiétements de l'étranger. Il passe même une centaine de jours en prison, à Tianjin, au début de l'année 1920. Il est encore de ceux qui établissent à Paris en 1922 la branche européenne du Parti communiste chinois (P.C.C.), fondé l'année précédente à Shanghai. Apprécié dès cette époque pour son savoir-faire et son dynamisme, Zhou sillonne l'Europe pour le compte du mouvement : c'est en Allemagne qu'il recueille l'adhésion au communisme du futur maréchal Zhu De, le légendaire commandant de l'Armée rouge. Dès son retour en Chine (été 1924), Zhou Enlai devient, à vingt-six ans, directeur adjoint du département politique de l'académie militaire de Whampoa, pépini […]
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