3. Peintre animalier, peintre de bambous
À l'exception de Cheval et palefrenier sous le vent du musée de Taipei, la plupart des peintures de chevaux attribuées à Zhao paraissent de médiocres copies ; en revanche, le Mouton et chèvre (Freer Gallery) constitue un magnifique exemple du style animalier du peintre. Le jeu subtil du pinceau et les effets variés à l'encre illustrent magistralement les différences de ces « frères ennemis » (le même terme, yang, désigne en chinois mouton et chèvre). Installées sur un fond neutre, les deux figures animent l'espace en formant, par la disposition et le raccourci de leur corps, une ellipse qui produit dans la composition une dynamique ininterrompue : le regard suit la longue courbe du dos de la chèvre, puis, parvenu au bout des cornes tendues de la petite tête vindicative, se porte sur l'énorme mouton, enflé et placide sur ses pattes grêles, dont le mouvement de tête nonchalant ramène le spectateur au premier animal. Le traitement souligne les différences de morphologie et de caractère des deux bêtes. Les longs traits d'encre peu diluée formant la robe de la chèvre rappellent le fusain. Au milieu du dos, le pelage est divisé par une ligne claire, courbe dramatique qui crée toute la tension du corps de l'animal. Pour rendre le corps replet et la toison laineuse du mouton, l'artiste utilise une tout autre technique : au-dessus des pattes fines d'un graphisme décidé, une ligne hésitante dessine l'ovale énorme du corps, qu'animent de larges taches de lavis rehaussées de touches d'encre plus profondes.
Zhao est, avec Li Kan (1245-1310), le principal artisan du renouveau de la peinture de bambous à la fin du xiiie siècle. Ce genre, hérité de Wen Tong et Su Shi, célèbres lettrés du xie siècle, avait été délaissé sous les Song du Sud. À travers d'innombrables compositions de Bambous, vieux arbres et rocs, Zhao illustre les affinités profondes de la peinture et de la calligraphie.
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