8. Une « pensée » translogique ?
Rapporter du chan qu'il met le discours en suspens, qu'il se prive de la négation, c'est, par artifice, attribuer au chan une attitude. C'est le trahir. Nous ne nous y sommes hasardé que contraint par l'infrangible tautologie à laquelle la logique condamne le langage.
Sans le leurrer sur les vertus d'une glose non moins reprochable désormais – et pour les mêmes raisons – qu'une explication théologique, nous soumettons au lecteur ce que d'autres nomment un modèle ; savoir un arrangement régi par la logique et dont le seul sens est de suggérer ce à quoi invite sans mots le chan : la déshérence du signifiant, ou, pour paraphraser les Chinois, l'immersion dans la source profonde. Pour ce faire, nous tâcherons ici encore de commenter quelques notions du bouddhisme classique que le chan a sondées par ses moyens propres.
De même qu'avec le bouddhisme canonique il reçoit duḥkha (la souffrance) pour donnée première, de même le chan tient le désir (taṇhā ; skt : tṛṣṇā, « soif ») pour contemporain de celle-ci. Si le Buddha historique distingue duḥkha de taṇhā dans l'exposé des quatre « nobles vérités » (Cattāri Ariyasaccāni), c'est pour mieux en montrer les caractères complémentaires, pour en constater l'indissociabilité de fait. La deuxième vérité est désignée par duḥkhasamudaya : apparition de la souffrance (apparition, et non cause). Ce avec quoi apparaît la souffrance – le désir – ne pâtit d'aucune imprécision : il est soif, avidité des sens, kāma-taṇhā ; soif d'exister (avec la connotation de continuité, de permanence), bhava-taṇhā ; soif de non-exister ou défaite du désir, vibhava-taṇhā, d'où sourd indéfiniment le désir. Nous retrouvons à travers taṇhā les cinq khandha (skt : skandha) et en premier lieu vedanā, les affects.
À la souffrance (écart et manque « convoqué » par le désir) correspondent les gestuelles vécues dont les skandha sont les factices mais irrécusables intermèdes : celles de la convoitise et de la répulsion, l'une et l'autre liées à la perception du monde rendu présent par l'instrumentation des skandha. Convoitise et répulsion ne sont pas que des sentiments, d […]
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