7. La sémantique du chan
Un examen succinct des concepts régulateurs répandus par la sémantique permet l'abord le moins ardu de ce que nous désignons ici, pour la commodité, par sémantique du chan. Ces concepts sans lesquels notre sémantique s'anéantirait et qui ont donné lieu, souvent en dépit des linguistes, à d'admirables logomachies dans les temps récents sont : signe, signifiant, signifié, signification. Comme par raccroc, et afin de pallier le reproche de non-positivité, on ajoute : référent.
« Le signe linguistique est une entité à deux faces. D'une part sa face signifiante, le signifiant du signe, est une forme phonique constituée elle-même d'unités phoniques successives (les phonèmes) [...]. D'autre part la face signifiée, le signifié du signe [...]. Le signe renvoie, dans la réalité non linguistique, à quelque chose qui n'est pas lui [...] le référent du signe » (Georges Mounin, Clés pour la sémantique). Ces définitions, universellement reçues, sont d'autant plus intéressantes que leur netteté rend cruelle l'absence d'une autre définition, celle de la signification, dont la sémantique est, nous dit-on, la « science ou théorie ».
Les sémanticiens rétorqueront peut-être que, se trouvant enfermés eux-mêmes dans l'acte de signification, il ne leur appartient pas de le définir par un acte abusif de méta-sémantique. Acceptons donc que la théorie de la signification relève d'un type de discours baroque qui, à s'exposer et à s'élucider en revenant sur lui-même, parviendra peut-être quelque jour à produire une excroissance, significative de la signification. Forts d'une telle espérance, contentons-nous de dépouiller les concepts maîtres que l'on nous propose.
Le signe, nous dit-on, est un Janus bifrons, un ceci, une forme phonique : le signifiant, et, d'autre part, quelque chose de différent de ce fait physique : le signifié. On se trouve donc là en présence d'une chose parmi les autres qui, sous l'aspect de signe, se distingue d'elles dès qu'apparaît son double visage de signifiant-si […]
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