2. Le terme proche
Depuis la prédication initiale du parc des Gazelles, le bouddhisme se caractérise non par une promesse de salut, puisqu'il nie l'existence d'une âme individuelle (anātman), mais par l'éclairage qu'il porte sur le problème humain premier, et accablant, de la souffrance. Également irrécusable pour lui est l'évidence qu'il n'y a à ce problème aucune solution intellectuelle. En forçant à peine les choses, on pourrait dire qu'il se propose d'abord comme mise en lumière d'un syndrome congénital, comme étiologie de ce syndrome et comme pronostic ; ensuite – et c'est l'essentiel de son contenu – comme thérapie conditionnelle du pronostic. Cette interprétation simplette des Cattāri Ariyasaccāni (quatre « nobles vérités ») a l'avantage de montrer que le bouddhisme tire sa problématique du vécu biologique, historico-social, psychologique et existentiel ; de nul autre monde que l'empirique. Tout commence par là, et tout aboutit au remède ; mais à un remède très singulier, on le verra. L'inconvénient de cette même interprétation – fidèle, au demeurant, aux Écritures – est de laisser supposer une même universalité au mal et au remède ; de donner à croire qu'au réseau de la souffrance qui recouvre le monde et semble enserrer les êtres vivants dans la multitude de ses mailles correspondent une voie, des moyens de délivrance non moins visibles et accessibles. Ce n'est point le cas. Et l'erreur provient de ce que dans cette formulation, l'universalité de la souffrance étant constatée, on fait de celle-ci, sans y prendre garde, une essence, imprimée en quelque sorte en tous les existants doués de sens, présents, passés et à venir. De là à opposer à une essence une autre essence, celle du remède, il n'y a qu'un pas très logiquement franchi. Or, pour le bouddhisme, il n'y a ni ciel intelligible, ni transcendance aux sens où nous l'entendons, ni essences subsistant de quelque manière que ce soit : la souffrance est un vécu, sécrété par qui l'éprouve, de mainte façon et en […]
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