La recherche de Zellig Sabbetai Harris est intimement liée aux travaux de l'école américaine d'analyse distributionnelle qui a élaboré son programme pour la linguistique dans les années 1930 et 1940, sous l'impulsion de E. Sapir et L. Bloomfield. Ce dernier avait proposé d'abstraire de la phrase des unités définies formellement et qui serviraient à décrire les rapports observés entre les diverses parties de la phrase. Ainsi, les phonèmes devaient rendre compte des phénomènes phonologiques, et les morphèmes, qui pouvaient et devaient être différents des unités phonologiques, devaient rendre compte de la construction de la phrase. Ce programme a rencontré un accord à peu près unanime dans les études phonologiques ; il a abouti à une définition du phonème presque universellement admise. En revanche, les mêmes méthodes appliquées au problème de l'analyse syntaxique de la phrase ont été diversement utilisées, sans aboutir à un consensus général sur une méthode distributionnelle.
L'œuvre de Harris (Methods in Structural Linguistics, 1951) est une somme magistrale de l'application de cette méthode distributionnelle à l'analyse phonologique et syntaxique de la phrase ; elle constitue le premier traité sur le traitement formel de la langue. La formalisation est poussée, et elle refuse toute utilisation du sens comme critère de définition formelle des phonèmes et des morphèmes ; le recours au sens a été en effet la source de maintes difficultés dans les essais antérieurs. Harris remplace les sens par le critère formel de la somme totale des environnements (la distribution) des éléments abstraits. Il réussit ainsi à axiomatiser entièrement l'analyse de la langue, avec une rigueur inaccoutumée jusque-là.
Par la suite, Harris cherche une régularisation du langage qui, dépassant l'analyse de la phrase isolée, englobe une suite cohérente de phrases, autrement dit, un discours (Discourse Analysis Reprints, 1963). L'essai qu'il présente montre qu'on ne peut mener à bien l'analyse du discours sans examiner les r […]
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