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ZADIG, OU LA DESTINÉE, livre de Voltaire

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2.  Une moralité ambiguë

Roland Barthes qualifiait Voltaire de « dernier des écrivains heureux ». Ce bonheur s'exprime d'abord dans un certain rapport à la littérature, caractéristique de l'Âge classique et que le Rousseau des Confessions puis le romantisme vont bientôt ruiner : un mélange de sérieux et d'ironie, d'implication personnelle et de distance amusée. Le conte oriental et le récit picaresque, voire le roman d'aprentissage, auxquels Zadig ressortit, sont avant tout des genres divertissants et à la mode. Voltaire se coule avec d'autant moins de difficulté dans ces moules qu'ils ne sont guère contraignants : le contexte oriental, de pure fantaisie, n'exige aucun réalisme ; le merveilleux du conte légitime par avance toutes les incohérences ; et le code narratif du roman picaresque ou de formation justifie la stricte linéarité d'un récit dont les épisodes s'enchaînent à toute allure, sans raison ni transition. De là cette légèreté, cette désinvolture qui font à nos yeux tout le charme des contes philosophiques.

Philosophiques ? Voltaire lui-même ne les désigne ainsi qu'avec précaution. Pourtant, le sous-titre oriente le lecteur dans ce sens : la question de la destinée – autrement dit du sens de la vie, de l'existence d'une transcendance – sera donc au cœur de la fable. Soumis à la succession apparemment incompréhensible des événements, Zadig peut se croire le jouet du pur hasard, puisque l'arbitraire semble présider à la distribution, parfaitement aléatoire, des bonheurs et des malheurs (« Tout ce que j'ai fait de bien a toujours été pour moi source de malédictions »). À cet égard, la fin du conte a de quoi laisser perplexe : faut-il tenir l'ange Jesrad, apôtre de la Providence, pour le porte-parole de Voltaire, quand les chapitres précédents ont si méthodiquement sapé la foi en une logique et une volonté supérieures ? Doit-on voir dans le retour à Babylone et l'union avec Astarté la manifestation d'un ordre divin qui récompense Zadig in extremis, ou une fin de pure convention ? Et si l'acceptation de la Providence, surprenante et d'ailleurs très problématique (le héros multiplie les objections), n'exprimait qu'un sage renoncement aux questions vaines et sans réponses, dont le principe sera réaffirmé dans Candide ? Au moins, une fois prises ces prudentes résolutions, peut-on encore espérer, ici, agir sur le monde, en gouvernant selon la raison et la justice. Onze ans plus tard, il ne sera plus question que de cultiver son jardin.

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Voltaire, J.-A. Houdon

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