3. L'Eldorado du triangle de l'Afar
Alors que l'expédition de l'Omo venait de commencer, un géologue du C.N.R.S., Maurice Taieb, découvre de nouveaux affleurements plio-pléistocènes très fossilifères, à quelques centaines de kilomètres plus au nord.
Dès 1972, Yves Coppens, Maurice Taieb et deux Américains, Donald Johanson et John Kalb, mettent sur pied un programme de recherches dont l'envergure rivalise avec celle des expéditions de l'Omo. L'aventure éthiopienne trouve ainsi un prolongement inattendu et inespéré. L'expédition internationale de l'Afar, avec cinq campagnes à son actif, concentre rapidement ses travaux dans la région d'Hadar où les sédiments datés de 2,6 à 3,8 millions d'années sont d'une richesse inégalée. De nombreux restes d'hominidés seront rapportés à une nouvelle espèce d'Australopithèque, Australopithecus afarensis : parmi eux, la fameuse Lucy qui, avec ses cinquante-deux os, représentait alors le squelette le plus complet jamais trouvé. Pour Yves Coppens, toute l'anatomie de ce pré-Australopithèque témoigne d'un être redressé tout en trahissant encore une certaine aptitude à grimper aux arbres.
L'œuvre d'Yves Coppens est considérable. Ses multiples facettes ne permettent pas de cerner le personnage aisément, même dans ses grandes lignes. L'interprétation qu'il donne des fossiles humains s'oppose à celle généralement admise. Selon lui, un rameau en cul-de-sac, les pré-Australopithèques, donnerait naissance, à sa base, à un second rameau en cul-de-sac, les Australopithèques, qui serait lui-même à l'origine du rameau humain, à moins que ce dernier ne soit relié directement aux plus anciens hominidés connus à ce jour : Orrorin tugenensis, trouvé au Kenya et daté de 6 millions d'années, et Sahelanthropus tchadensis, découvert au Tchad et âgé de 6 à 7 millions d'années. L'arbre phylogénétique qu'il propose a la forme d'une inflorescence, à laquelle il tient beaucoup. Ce point de vue original a le mérite d'intégrer beaucoup de données.
Au sein du genre Homo, Yves Coppens estime que l'avènement de la culture a joué un rôle complexe dans l'émergence humaine. Il n'en défend pas moins la notion même du genre Homo, avec un contenu réel dès l'apparition d'Homo rudolfensis et d'Homo habilis, tout en considérant que ces espèces et les formes suivantes, Homo ergaster, puis Homo erectus, ne recouvrent vraisemblablement que des stades évolutifs aux limites incertaines, plutôt que des espèces au sens biologique du terme.
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