2. L'âge d'or des yuefu
L'histoire des yuefu, si l'on prenait le mot dans son sens le plus large, tendrait à embrasser une grande partie du lyrisme chinois. Il paraît raisonnable de réduire le domaine de ce genre envahissant aux « poèmes à chanter » des Han (et secondairement des Six Dynasties), proches du lyrisme populaire quoique recomposés par des musiciens professionnels. Bien que d'application délicate, les critères de l'anonymat et de l'observance d'un schéma musical permettent théoriquement d'exclure de ce champ d'étude non seulement les imitations des lettrés mais également les refrains populaires dépourvus d'accompagnement musical (geyao) ou les « poèmes anciens » (gushi), qui, tout anonymes qu'ils sont, annoncent déjà le divorce de la poésie et de la musique.
Il existe plusieurs systèmes de classification de ces poèmes, fondés sur des critères d'ordre musical dont la légitimité, la musique ayant disparu, ne peut être démontrée. On préférera partir du texte des poèmes et de leur fonction et distinguer, pour l'époque des Han, trois catégories de chants : 1. des airs liturgiques (jiaomiao ge) ou de cérémonie (yanshe ge) ; 2. des airs militaires (guchui qu) ; 3. des airs divers, d'origine plus ou moins populaire (xianghe ge, etc.). Ce dernier groupe est le plus intéressant. Les quelques dizaines de pièces qui en ont survécu suffisent à donner une idée de la puissance de ce courant poétique. Dans une langue simple, directe et parfois humoristique, se développent des récits ou des descriptions d'un réalisme remarquable : fables, ballades, tableaux de la vie urbaine, portraits de la belle hôtesse ou de l'épouse modèle. Les pièces proprement lyriques reprennent à la tradition le thème taoïsant des randonnées dans l'espace et des visites au séjour des Immortels. Par contre, celui de la fuite du temps, de l'impermanence et de la quête des plaisirs prend à cette époque une intensité et une gravité nouvelles. Autre originalité, la plus révélatrice peut-être d'une inspiration authentiquement populaire : des pièces satiriques prennent vigoureusement la défense des opprimés – les femmes, les enfants, les pauvres – et condamnent les guerres lointaines ou l'avidité et la corruption des puissants. Sous les Six Dynasties, le deuxième âge des yuefu voit s'épanouir au Sud une poésie amoureuse subtile et délicate, au Nord un lyrisme plus fruste, les chants d'amour et de guerre des cavaliers de la steppe.
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