2. Espérances et désillusions
L'œuvre de Brenner est d'une totale sincérité. Plusieurs de ses contemporains se laissaient aller à un sentimentalisme un peu facile ; le réalisme de Brenner paraît, en comparaison, dur et cruel, imprégné d'un pessimisme profond et presque désespéré. Dans une société juive en pleine mutation, soumise à des pressions extérieures et en proie à une crise de scepticisme sur ses propres valeurs, toutes les révoltes s'achèvent par la défaite. L'élément autobiographique se reconnaît dans plusieurs de ses romans, ses héros sont comme lui des « déracinés », incapables de s'accepter et d'échapper à un destin forgé par l'hérédité lourde du ghetto où toute puissance créatrice semble vouée à l'asphyxie et où le malheur collectif rend inefficace la lutte individuelle. Les deux héros d'Autour d'un point, son roman peut-être le plus achevé, succombent au désespoir ; l'un en mettant fin à ses jours, l'autre en se réfugiant dans la folie.
Certains critiques ont cru voir en Brenner le peintre de la laideur. La construction de ses romans est souvent chaotique, le style de la narration lourd et saccadé. Le paysage, dans la plupart de ses récits, est presque inexistant et les objets qui entourent les personnages baignent dans une atmosphère de grisaille qui n'a rien de pittoresque. Pourtant, cette austérité, où aucun rêve ne vient enjoliver les choses et les êtres, n'est pas exempte de grandeur ; la volonté du témoignage et le refus passionné de fermer les yeux, ne serait-ce que pour un moment, s'y manifestent avec force.
Dans l'œuvre romanesque de Brenner, l'influence de Dostoïevski est certaine. Son univers est surtout un univers humain et l'action tout entière se dessine à travers les dialogues et à travers les monologues intérieurs des personnages. On y sent une longue interrogation, une volonté passionnée et angoissée d'aller jusqu'au fond des choses, un aveu de la faiblesse humaine et de son impuissance à se libérer. Si les phrases sont souvent hachées, inachevées, […]
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