5. La fragilité du Yémen réunifié
L'invasion du Koweït par l'Irak, le 2 août 1990, soit moins de trois mois après la réunification du pays et la crise du Golfe qui en est résultée ont posé d'énormes problèmes à la nouvelle République du Yémen.
L'Arabie Saoudite lui fait payer très cher son attitude pro-irakienne. Les autorités de Riyad décident, en août 1990, que les Yéménites présents en Arabie Saoudite devront désormais avoir un visa, alors qu'auparavant ils étaient les seuls étrangers à pouvoir séjourner ou travailler sans visa. Cette décision contraint 1 million de Yéménites à rentrer chez eux, laissant en Arabie Saoudite leurs biens et leurs économies. Pour ces Yéménites de retour au pays, les pertes sont considérables, car certains possédaient des petites entreprises dans le secteur du commerce et du bâtiment. Pour l'économie du Yémen, ce retour entraîne une aggravation du chômage. En 1991, en tenant compte du retour des émigrés, on estime à 2 millions le nombre de Yéménites au chômage, ce qui est considérable pour un pays de 14 millions d'habitants.
Pour l'économie du Yémen réunifié, le retour massif des travailleurs émigrés entraîne la fin des transferts d'argent venus des monarchies du Golfe. En outre, l'Arabie Saoudite arrête toute aide financière au Yémen, exemple aussitôt suivi par les autres monarchies du Golfe.
En même temps, la tension régionale entraîne un arrêt immédiat du tourisme, qui s'était beaucoup développé depuis quelques années. La perte des recettes touristiques, la fin de l'aide étrangère et la chute des remises des émigrés provoquent une crise des devises sans précédent. Pour la seule année 1990, on estime les pertes pour l'économie yéménite à 1,8 milliard de dollars, et, en 1991, à 2 milliards de dollars.
La situation économique est donc particulièrement préoccupante : la dette extérieure progresse (8,6 milliards de dollars en 1991 alors que le P.I.B. n'est que de 6,6 milliards de dollars), et la dépendance alimentaire s'amplifie : en 1990, le Y […]
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