3. La longue marche vers l’a utonomie
Basé à Tunis, Yasser Arafat, affaibli, n'est plus qu'un diplomate itinérant que seule l'intifada sauve de l'impasse en 1987. Dès lors s'amorce la longue marche de son retour en Palestine. Marié en 1990 à une jeune Palestinienne chrétienne originaire de Ramallah, Souha Tawil, et père de Zahwa, née en 1995, Yasser Arafat n'en continue pas moins à mener la vie austère de l'éternel combattant. Exclu de la conférence internationale qui s'ouvre à Madrid en 1991 sous l'égide des États-Unis, Yasser Arafat choisit la diplomatie secrète d'Oslo et signe avec Itzhak Rabin, à Washington le 13 septembre 1993, une déclaration de reconnaissance mutuelle qui ouvre la voie à une autonomie progressive des territoires palestiniens occupés depuis 1967. Revenu à Gaza en juillet 1994, il partage la même année le prix Nobel de la paix avec les dirigeants israéliens Itzhak Rabin et Shimon Peres. Élu en 1996 président de l'Autorité palestinienne, le révolutionnaire peine à se convertir en chef d'État, dans un contexte où les enjeux d'une libération nationale inachevée se mêlent aux impératifs d'une construction étatique balbutiante. Car Yasser Arafat règne sur un État dépourvu de souveraineté, territorialement fragmenté et économiquement assisté. Patriarche autoritaire, « le Vieux » distribue les prébendes afin d'entretenir ses clientèles et de rester maître du jeu politique. Incapable de choisir entre mobilisation politique de masse et recours à la violence armée, il laisse se développer à compter de l'automne de 2000 une nouvelle intifada, qui permet à la droite israélienne de tirer parti des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis pour assimiler le combat national palestinien au terrorisme. Prisonnier de son quartier général de Ramallah depuis la réoccupation israélienne des territoires et la destruction des infrastructures de l'Autorité palestinienne au printemps de 2002, Yasser Arafat n'en est pas moins sommé de mettre fin à la violence et de réformer des institutions gangrenées par l'autoritarisme et la corruption. Dès lors, la lente agonie politique du père de la nation préfigure celle de l'homme (mort le 11 novembre 2004, en France, où il est venu se faire soigner) dont la disparition plonge les Palestiniens dans une « crise de continuité charismatique » qui vient exacerber l'impasse du projet national.
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