L'insolent succès de Yasmina Reza lance un défi aux observateurs de la vie théâtrale et littéraire. Car cette jeune femme écrivain, fêtée sur les scènes du monde entier par un public très vaste – et donc tenue pour commerciale –, reste absente des plateaux de télévision, ne livre qu'avec mesure quelques propos réservés. Cette faiseuse de comédies, à l'habileté redoutable, censément boulevardière, séduit de grands metteurs en scène du théâtre d'art : Krystian Lupa à Varsovie, Luc Bondy à Berlin. Surtout, cet auteur choyé par la faveur publique semble à plaisir la remettre en cause, à chaque pas : faisant succéder aux pièces d'atmosphère, de groupe, qui lui valurent sa première réputation « tchékhovienne » (comme Conversations après un enterrement, 1987), de longs monologues alternés, apparemment peu théâtraux (L'Homme du hasard, 1995) ; ou bien, prenant le risque de livrer, après une machine comique d'incomparable rigueur (« Art », 1994), des objets inclassables, de facture atypique (Trois Versions de la vie, 2000), ou démembrée (Une pièce espagnole, 2003) ; Le Dieu du carnage, 2008. Yasmina Reza ne se laisse capter par aucune catégorie critique usuelle : elle demande de penser, à nouveaux frais, le présent et l'avenir du théâtre – et peut-être aussi, désormais, du roman.
Née en en 1959 à Paris, d'un père russo-iranien et d'une mère hongroise, ses études la conduisent à l'École internationale de théâtre Jacques Lecoq (comme Ariane Mnouchkine, Christoph Marthaler, Luc Bondy, beaucoup d'autres) et au département de sociologie de Nanterre. Sa solide connaissance de la scène, son amour du jeu et des planches, croise et masque une discrète mais vive passion pour les choses de la pensée. Elle est repérée dans les années 1980 (par exemple avec La Traversée de l'hiver, 1989), comme auteur très doué, littéraire et direct à la fois. C'est cependant le succès planétaire de « Art » (dont il faut retenir les guillemets) qui la jette au devant de l'actualité. La pièce nargue les impuissances su […]
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