2. Un poète protéen
Difficile à saisir dans sa mobilité, Auden n'a pas manqué d'être durement attaqué : on ne lui a pas pardonné ses changements d'opinion, ses virevoltes. Aussi souple qu'un Dryden (auquel il ressemble par ce « style moyen » qu'il a adopté et contribué à répandre), sensible aux fluctuations de l'historien, Auden n'entend pas s'abstraire des remous, du chaos qu'elle impose, cependant qu'il refuse de se soumettre aux dogmes qu'elle risque d'inculquer. Dans les années trente, au moment de la dépression, la position d'Auden est ferme : ses sympathies vont à l'Espagne déchirée, à son peuple souffrant, mais il s'élève contre ceux qui font de la poésie le véhicule d'idées politiques.
En 1939, il s'établit aux États-Unis, inaugurant ainsi un exil culturel original, à l'inverse du trajet que d'illustres Américains avaient tracé avant lui, de Henry James à Ezra Pound. Une distance s'accuse alors entre le poète et l'événement ; puis, en 1940, sa conversion au catholicisme lui permet de se retrancher derrière l'orthodoxie, sans pour autant éteindre sa veine satirique. For the Time Being (1945), conçu comme un oratorio de Noël, et composé à la mémoire de sa mère, fourmille d'anachronismes savoureux et de pointes mordantes.
Stephen Spender écrivait en 1953 que la poésie d'Auden « offre un commentaire brillant sur l'histoire contemporaine » : une telle formule conviendrait à The Orators (1932) ou à The Age of Anxiety (1946). Cependant, avec For the Time Being (1945) et The Shield of Achilles (1955), le poète dépasse le niveau de la simple chronique ou des vers de circonstance. Non que son ambition soit démesurée ; écrire, pour lui, c'est instruire et divertir à la fois, d'où la variété de son style, la diversité des moyens employés, l'ingéniosité d'une technique qui sait passer du bouffon au sérieux.
La poésie la plus vraie
est la plus artificielle.(The Shield of Achilles.)
Poète hautement conscient, héritier d'un riche passé culturel, Auden a su développer sa souplesse, sa prodigieuse versatilit […]
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