2. Le poète et le romancier
Condamné sous prétexte d'activités pro-biafraises, Soyinka a tiré un ouvrage, The Man Died (1972 ; Cet homme est mort, 1986) de ses vingt-cinq mois de cellule individuelle. Ses recueils de poèmes, A Shuttle in the Crypt (1972 ; Navette dans la crypte) et Poems from Prison (1969 ; Poèmes de prison), complètent, sur le mode de l'accusation, les pièces plus lyriques contenues dans Idanre and Other Poems (1967 ; Idanre et autres poèmes) ou Ogun Abibiman (1977).
Soyinka propose, dans Myth, Literature and the African World (1976 ; Mythe, littérature et monde africain), une perspective critique éclairante de la littérature africaine. Mais son talent multiforme éclate davantage dans le roman : traducteur de The Forest of a Thousand Demons, roman « traditionnel » de D. O. Fagunwa (1976 ; La Forêt des mille démons), il est l'auteur de The Interpreters (1965 ; Les Interprètes, 1979), dans lequel un groupe de jeunes intellectuels tente de faire triompher l'idéalisme aux dépens de la corruption. Season of Anomy (1973 ; Une Saison d'anomie, 1987) met en scène, selon une écriture fragmentée, parfois joycienne, l'expérience individuelle aux prises avec un contexte social changeant. Wole Soyinka est également l'auteur de récits autobiographiques : Ake (1981 ; Aké, les années d'enfance, 1993) et Isara (1989, trad. 1993).
Soyinka, le plus important des dramaturges africains, ne laisse pas d'étonner par son expérimentation hardie, qui tente de concilier l'esthétique africaine et les modèles européens ; son engagement va de pair avec son souci artistique, et son influence s'étend bien au-delà des frontières de son pays. Il obtient, en 1986, le prix Nobel de littérature.
Cette distinction ne suffira pas à le protéger contre le régime nigérian, qui supporte mal ses interventions politiques. Contraint une nouvelle fois à l'exil, Wole Soyinka est condamné à mort en 1997. Amnistié l'année suivante, il regagne alors son pays.
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