Premier écrivain africain à obtenir le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka n'a jamais dissocié son engagement politique de son œuvre. Celle-ci, comme le soulignait le jury du prix Nobel, « tend à façonner le drame de l'existence au sein d'une véritable harmonie poétique ». Le théâtre sera l'instrument privilégié de cette tentative pour « percer la croûte épaisse de l'habitude qui étouffe les âmes et leur tendre le miroir de la nudité originelle. » Il est aussi pour l'écrivain le moyen de mettre en évidence, par l'invention de formes qui lui soient propres, les traits fondamentaux de l'univers culturel africain.
1. Le dramaturge
Né à Abeokuta (Nigeria), Soyinka fit des études universitaires à Ibadan et à Leeds avant d'être accepté au Royal Court Theatre, à Londres, en 1958-1959. Après six ans passés en Europe, il devint universitaire à Ibadan, Ifé, Lagos et de nouveau à Ifé à partir de 1975. Sa carrière universitaire s'efface cependant devant sa carrière théâtrale : fondateur et directeur du théâtre Irisun et du « 1960 Masks Theatre », puis du Orisun Theatre Company, metteur en scène et parfois acteur, il est surtout dramaturge. The Swamp Dwellers (produit en 1958 ; Les Gens du marais, 1971) et The Lion and the Jewel (1959 ; Le Lion et la perle, 1968) peignent la vie au village sur un mode plutôt comique. A Dance of the Forests (1960 ; La Danse de la forêt, 1971) chante et satirise en même temps l'indépendance nigériane ; le mime, la danse, les masques et les motifs fantastiques yoruba y jouent surtout un rôle nouveau. Les comédies The Trials of Brother Jero (1960 ; Les Tribulations de frère Jéro, 1976) et Jero's Metamorphosis (1973 ; La Métamorphose de frère Jéro, 1986) ont pour protagoniste un prédicateur qui exploite la naïveté de ses ouailles. The Strong Breed (1964 ; Un sang fort, 1976) explore le thème du bouc émissaire. The Road (1965 ; La Route, 1988) met en œuvre le rituel quotidien des accidents de voiture et le rituel des forces divines et mystérieuses, tandis que Madmen and Speciali […]
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