3. Une poétique de l'espace
Peu d'œuvres ont pourtant incarné comme celle de Wenders l'esprit et la sensibilité de la génération qui atteint la maturité dans les années 1970. En ce sens, il peut être défini essentiellement comme un cinéaste « contemporain ». Ses personnages, surtout jusqu'à Paris, Texas, ont sensiblement son âge et vivent en un temps et des lieux où il se situe lui-même de plain-pied. Contemporain aussi parce que Wenders part strictement de sa situation dans le temps (l'après-guerre) et l'espace (l'Allemagne divisée, puis réunifiée). Son premier court-métrage, perdu, s'intitulait Schauplätze. Le mot « Schauplatz » ne peut se rapprocher, en français, que de celui de « théâtre », dans l'expression « théâtre des opérations ». Un espace que l'on observe parce qu'il va se passer ou pour que se passe quelque chose : une histoire, un spectacle... Mais, d'histoire, l'Allemagne n'en a plus : cette génération hérite d'une culpabilité, d'une culture qui doit « sauter par-dessus une partie du passé ». Quant au spectacle, les jeunes cinéastes allemands n'ont pas de père : leur tradition cinématographique a été confisquée par le nazisme. Plus qu'aucun autre, Wenders affronte la nécessité de se construire une identité au moyen de la culture étrangère qui règne sur l'Allemagne d'après guerre : la culture américaine, celle de la musique rock, du Polaroïd, du cinéma. S'il en connaît le caractère illusoire et mortifère, le cinéma américain – le western en particulier – lui révèle pourtant un univers d'avant la déchirure, où le héros fait corps avec le paysage. Les personnages de ses premiers films sont marqués par cette contradiction : « Mes héros étaient des héros de western qui vivaient maintenant dans des villes où rien ne se passait. »
Le cinéma de Wenders prend naissance dans cette conjonction de l'espace, du cinéma, de la quête d'identité et d'histoire. Qu'un personnage se mette en marche sous le regard d'une caméra suffit pour qu'il se situe déjà dans un lieu et eng […]
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