3. L'éditeur
Morris fonde Kelmscott Press en 1891, après avoir pris comme associé l'imprimeur et typographe Emery Walker. De sa création jusqu'à 1898, l'imprimerie produit 53 titres en 66 volumes. Là encore Morris reprend à nouveaux frais toute la question du livre, redessinant des alphabets et cherchant de nouveaux papiers. Il conçoit trois polices de caractères : la police Golden, dessinée d'après celle de Nicolas Jenson, l'imprimeur français du xve siècle, la police gothique Troy, inspirée des premiers imprimeurs allemands du xve siècle, et la police Chaucer, une variante plus petite de la police Troy, qu'il utilisera à la fin de sa vie pour imprimer The Works of Geoffrey Chaucer (1896). Magnifique exemple de l'art de l'imprimerie, les œuvres de Chaucer constituent le livre le plus orné publié par Kelmscott Press. La plupart des autres ouvrages qui y sont imprimés sont simples et sans fioritures, car Morris constate que la beauté des livres du xve siècle tient simplement à la force de la typographie.
Mort le 3 octobre 1896 à Hammersmith, usé par ses multiples activités, William Morris est aujourd'hui considéré comme un penseur moderne et visionnaire, bien qu'il se soit éloigné de la misère sordide de la civilisation pour se tourner vers le roman, le mythe et l'épopée. Dans la lignée de Ruskin, il définit la beauté dans l'art comme le résultat du plaisir que l'homme éprouve dans son travail. Parallèlement, il se demande comment les gens peuvent se soucier de l'art s'ils ne se préoccupent pas de faire leur travail sans enlaidir le monde. Pour lui, en effet, l'art inclut tout l'environnement créé par l'homme.
En son temps, William Morris fut surtout très connu pour avoir écrit The Earthly Paradise et dessiné des papiers peints, des textiles et des tapis en accord avec ses principes esthétiques. Depuis le milieu du xxe siècle, il est célébré comme dessinateur et artiste. Les générations futures l'estimeront peut-être davantage pour sa critique sociale et morale, et sa lutte en faveur d'une société égalitaire.
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