2. La concurrence et le succès
Talbot persévère dans l'amélioration de son procédé auquel il donne en 1839 un prolongement commercial en ouvrant, à Reading, un atelier de reproduction. En 1840, grâce à un papier au bromure d'argent assez sensible pour se contenter de quelques secondes d'exposition et dont le noircissement définitif est obtenu a posteriori par l'immersion dans un bain révélateur, Talbot parvient à fixer des images de sujets vivants. Ses recherches, qui s'ajoutent à l'éventail de ses préoccupations scientifiques, lui apportent la consolation de n'avoir jamais eu une main artiste. À la différence de ses concurrents inventeurs qui bien souvent se contentent d'approfondir les performances de leurs procédés, il explore la veine artistique offerte par ses chambres noires et leurs surfaces sensibles à travers les genres classiques de la nature morte, du paysage, de l'architecture et du portrait. Affecté mais nullement découragé par le succès éclatant du daguerréotype, Talbot présente ses premiers essais dès août 1939 devant la British Association for the Advancement of Science à Birmingham. Il monte l'année suivante une première exposition à Edimbourg, puis à la Graphic Society de Londres, et réalise les premières vues stéréoscopiques de l'histoire de la photographie. En 1841, à la faveur d'une conférence devant la Royal Society, W. H. F. Talbot donne un nom à son invention : le calotype ou « belle empreinte », dont il dépose enfin le brevet. Le séjour qu'il effectue en France, pour imposer la reconnaissance de son procédé à travers des conférences, lui laisse le loisir de réaliser des prises de vues à Paris et à Rouen. Il publie en 1844 le fruit de ses efforts techniques et de ses inspirations artistiques sous la forme d'un catalogue commenté de vingt-quatre épreuves hors texte, The Pencil of Nature, considéré comme le premier livre d'art de l'histoire de la photographie et dont il confie la réalisation à son ancien assistant de Reading, Nicolaas Henneman. Un second ouvrage, Sun Pictures in Scotland, paraît en 1845, confirmant un rendu esthétique subtil, proche du dessin, marqué par la fibre du papier qui sert toujours de support au négatif. De savant, Talbot devient l'artiste qu'il rêvait d'être.
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