William Gass est un peu le dernier de ce qu'on appelle parfois les « modernistes » – l'héritier de T. S. Eliot, de W. B. Yeats, James Joyce, Wallace Stevens, Gertrude Stein, mais aussi de Paul Valéry et de Rainer Maria Rilke. Et de celui qui a été le philosophe par excellence de ce moment de culture, Ludwig Wittgenstein.
Né en 1924, William Gass a grandi dans une petite ville de l'Ohio, où son père enseignait le dessin industriel. Ce fut une enfance sans joie – marquée par la Dépression des années 1930, le Dust Bowl, la « grande tempête de poussière sèche qui dévastait les grandes plaines », mais aussi une ambiance familiale étouffante jusqu'à l'asphyxie : une mère alcoolique qui finit ses jours dans un asile d'aliénés, un père paralysé par l'arthrite, deux époux se déchirant mutuellement parce que « la haine » était « la seule émotion intime qui leur restât ». Enfant solitaire, le jeune William trouve refuge dans la lecture, s'évade dans le monde qui se niche à l'intérieur des mots. Plus tard, les titres de ses essais feront écho à cette obsession : The Word Within the World (1978), Habitations […]
