3. Une réforme drastique du ballet
Si dans les années 1980 on décelait encore un néo-classicisme chez Forsythe, très vite la rupture s'impose. En 1987, l'Opéra de Paris invite à nouveau Forsythe qui crée In the Middle Somewhat Elevated (musique de T. Willems et L. Stuck), quart d'heure de haute virtuosité où il fait basculer les repères traditionnels. Dans un jeu incessant d'entrées et de sorties, les danseurs envahissent l'espace qu'ils déstructurent : danse aiguisée, vertigineuse, ponctuée parfois d'un geste nonchalant ou désabusé. Certains commentateurs n'hésitent pas à rapprocher ce premier Forsythe de George Balanchine. C'est une manière de dire qu'il a repoussé les limites de la danse classique et ouvert d'autres horizons.
Présenté à Francfort en 1988, Impressing the Czar (musique de T. Willems, Beethoven, L. Stuck, E. Crossman-Hecht), ballet en cinq parties, compte parmi ces pièces où Forsythe s'ingénie à brouiller les pistes, semer le trouble, entretenir le mystère. Chaque volet vient s'opposer au précédent, utilisant d'autres ingrédients, imposant un autre climat dramatique. Forsythe tire profit de tous les éléments qui font l'air du temps. Il est caustique et grinçant, il porte l'équilibre à son point de rupture, utilise la vitesse jusqu'à la limite de l'épuisement. Sa danse est orgiaque, déstructurée, saccadée, fulgurante et happée par des éclairages coupants. Elle est habillée de noir et de gris, mais aussi de costumes extravagants qui font surgir des personnages venus d'on ne sait où, balbutiant ou criant des propos indistincts.
Si la danse reste l'élément principal de ces ballets, les textes, la musique (souvent en collaboration avec le compositeur Thom Willems depuis 1984) et les lumières participent étroitement à l'écriture du spectacle. À la danse survoltée ou lente (The Loss of Small Detail, avec le couturier Issey Miyake, sur une musique de T. Willems, 1991) s'ajoutent des déflagrations sonores et des lumières violentes que règle le chorégraphe lui-même : proje […]
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