2. Le plus européen des chorégraphes américains
En 1984, William Forsythe s'installe à la tête du Ballet de Francfort, où il restera jusqu'en 2004. C'est avec cette compagnie, qu'il façonne à son style, qu'il va créer la plupart de ses chorégraphies les plus célèbres. Artifact (musique de J. S. Bach / E. Crossman-Hecht, 1984) peut être considéré comme sa première œuvre majeure. La même année, Steptext (musique de J. S. Bach) est créé pour l'Ater Balletto en Italie, avant d'être repris l'année suivante à Francfort. Sa danse subjugue par la vitesse, l'art des déséquilibres et des dislocations, une virtuosité inusitée dans les distorsions techniques du vocabulaire classique que seuls ses danseurs paraissent alors pouvoir maîtriser. Le chorégraphe américain aime aussi à se risquer dans la peau d'un metteur en scène. En témoigne Isabelle's Dance (musique E. Crossman-Hecht, 1986), un pastiche de la comédie musicale qui oblige les danseurs de Francfort à chanter et jouer la comédie, et à développer des ressources artistiques parfois inattendues.
On a souvent dit de Forsythe qu'il était le « plus européen des chorégraphes américains ». Il s'est en effet installé en Allemagne pour mener ses recherches. Là, il a découvert notamment la danse d'expression allemande et les théories de Laban auxquelles il se réfère souvent. Une autre influence est celle du structuralisme des philosophes français Jacques Derrida, Michel Foucault ou Roland Barthes qu'il cite volontiers. Paris devient vite pour lui un pôle de soutien, en particulier en lui offrant une résidence annuelle au Théâtre du Châtelet de 1990 à 1999 et des programmations régulières à la MC93 de Bobigny, puis au Théâtre de Chaillot sans compter les invitations à l'Opéra. Forsythe ne se revendique pas moins comme « un Américain de Long Island », ce que montre son allant à adopter les idées nouvelles qu'il rencontre et à en user librement et avec méthode. Au-delà de cette disposition culturelle, son lien avec les États-Unis reste puissant. De grands […]
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