Le chorégraphe américain William Forsythe a marqué la fin du xxe siècle en renouvelant le ballet qu'il a dégagé de ses liens avec le répertoire classique. À la tête du Ballet de Francfort durant vingt ans (1984-2004), puis de la Forsythe Company, il a fait apparaître en effet de nouvelles possibilités d'utilisation du langage classique en le déstructurant au profit d'une virtuosité inhabituelle. Curieux et pragmatique, il a su intégrer au ballet les théories de la danse moderne. Influencé par le structuralisme, il substitue à la vision organisée du ballet traditionnel celle d'un monde déconstruit. Reconnu par tous, y compris par ceux qui dénient à la danse classique la possibilité d'exprimer des thèmes actuels, Forsythe, avec plus d'une centaine de pièces à son actif, démontre avec éclat que le ballet et son vocabulaire classique peuvent intégrer la modernité par l'écriture.
1. Un New-Yorkais
Né en 1949 à New York où il a grandi et reçu sa première formation, William Forsythe, par sa capacité d'assimilation des nouveautés, garde la marque de cette métropole de la culture moderne. Son intérêt pour le mouvement commence avec la comédie musicale et le rock and roll dont les combinaisons rythmiques et dynamiques valorisent virtuosité et rapidité dans l'improvisation. À l'université de Jacksonville (Floride), il étudie la danse classique et le jazz. Il passe ensuite à l'école du Joffrey Ballet à Chicago et intègre la compagnie en 1971. En 1973, il est engagé par John Cranko qui a fondé à Stuttgart l'une des plus brillantes compagnies européennes. Cranko n'est pas seulement l'un des chorégraphes les plus en vue de sa génération : il sait détecter les jeunes talents en organisant les Matinées Noverre, de véritables tremplins où des artistes comme John Neumeier (directeur du Ballet de Hambourg depuis 1973) ou Jiri Kylian (directeur du Nederlands Dans Theater de 1978 à 1999) ont fait leurs premières armes. John Cranko ne verra pas ses prédictions se réaliser en ce qui concerne William For […]
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