3. Sujets et thèmes de Faulkner
On s'aperçoit que l'œuvre de Faullner, au fond, s'inspire de quatre sujets : la guerre (surtout les deux siennes, c'est-à-dire celles qu'il n'a pas pu faire, celles de Sartoris) ; le Sud (géographie, histoire, légende, mythe) ; les Noirs (données immédiates de la conscience pour tout sudiste, comme le dit William Styron, mais surtout, pour Faulkner, supports privilégiés d'un jeu de valeurs et, dans le mélange des sangs, d'un certain héroïsme tragique) ; et, peut-être, la civilisation américaine qu'il a vue naître et triompher du fond de sa retraite, en pays vaincu, donc en pays d'expérience.
Ce ne sont pas là ses thèmes ; manifestement, ceux-ci croissent aux intersections de trois ou quatre ensembles (rares sont les œuvres « pures » de toute intersection : sauf Pylône, peut-être, et, souvent, les nouvelles). À l'intersection des thèmes du Sud et des Noirs, par exemple, naît la trilogie sur la question des races (Lumière d'août ; Absalon ! Absalon ! ; Descends, Moïse) que l'Intrus prolonge : le seul corpus littéraire qu'un Américain (blanc ou noir) ait consacré au problème. À l'intersection de la guerre et du Sud naît d'abord Sartoris, puis nombre de nouvelles et enfin, différemment, cette étrange fleur à Faulkner exotique et dont personne sinon peut-être le Suisse Heinrich Straumann n'a encore saisi la portée, Parabole. À l'intersection du Sud et de l'American way of life naît une autre fleur, du mal, celle-là, Sanctuaire (dont la première version a immédiatement suivi Le Bruit et la fureur), mais aussi la monumentale trilogie des Snopes. A-t-on assez remarqué qu'il est des œuvres où n'interviennent point les Noirs, et d'autres sans sexualité ? Mais il n'en est pas sans nature : la Terre, peuplée ou non des femmes qui en sont comme l'émanation, est la grande constante des romans de Faulkner, dont l'exil dans son propre « arrière-pays » fut bien un enracinement, et dont la vision du monde et de l'homme reste celle d'un terrien.
Le plus impor […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



