2. Liberté et authenticité
Les recréations d'Atys, de Médée et du Malade imaginaire ont invité l'esthète à reconsidérer l'art littéraire, théâtral et musical ancien. Il n'est certes pas interdit d'aimer l'un ou l'autre de ces éléments séparément et d'étudier uniquement le texte écrit, la qualité dramatique de l'œuvre ou la valeur musicale de la partition. Mais l'approche unitaire de ce répertoire ne peut seule pénétrer authentiquement à l'intérieur de la conception artistique qui a présidé à la création d'autrefois. C'est l'un des mérites de William Christie que d'avoir proposé de tels spectacles. Notre regard sur l'art du xviie siècle s'en est trouvé modifié de manière fort heureuse.
Jusqu'à une époque récente, des musiciens français comme Lully ou Charpentier n'étaient guère que des noms, connus certes comme de grands compositeurs, mais parfaitement ignorés de la majorité des mélomanes, voire de la plupart des musiciens eux-mêmes. Cette méconnaissance n'était pas sans raisons : la tradition d'interprétation de leur musique était perdue, le goût s'était porté vers d'autres richesses, l'évolution de l'écriture avait orienté l'esthétique dans des voies radicalement nouvelles. Aussi convenait-il d'opérer des recherches musicologiques et organologiques approfondies, afin de proposer une interprétation correspondant, autant que faire se peut, aux intentions premières des auteurs, écrivains, chorégraphes, compositeurs.
L'improvisation, par exemple, désigne une opération fondamentale dans l'approche de la musique ancienne : elle était nécessaire autrefois, et devait être effectuée aperto libro – à livre ouvert. L'improvisation proposée par William Christie est collective, ce qui suppose que les instrumentistes se connaissent et travaillent ensemble depuis suffisamment de temps pour pouvoir créer, de manière extemporanée, dans le style du temps. Les chanteurs tout autant que les instrumentistes doivent s'écouter mutuellement ; une bonne improvisation de ce style est le fruit d'u […]
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