3. Mythe et réalité
Du point de vue mythique, le western mêle les thèmes complémentaires du péché originel et du paradis perdu. La civilisation américaine s'est faussement enracinée avec la conquête de l'Ouest. En détruisant les Indiens, en ne trouvant jamais de réponse au problème de la cohabitation pacifique et en choisissant le génocide, les pionniers ont commis une faute irréparable. Plus ils tuaient d'Indiens, plus ils croyaient éliminer les témoins de ce qu'ils ne pourraient jamais être, les fils d'une terre dont ils s'emparaient par la force. La mort des Peaux-Rouges contenait, à la fois, l'affirmation de la présence physique des Blancs et en même temps la négation éthique d'un accaparement qui condamnait les tueurs à la mauvaise conscience. La croyance en un possible paradis s'évanouissait en même temps que se perdait l'innocence des conquérants. Le paradis a été découvert et aussitôt détruit par la faute de l'homme ; lui seul est responsable de son échec. L'Ouest des débuts de l'avancée blanche était perçu comme un milieu où pouvaient s'épanouir les qualités d'un homme meilleur, loin de la misère qui avait poussé les immigrants à quitter la vieille Europe. La civilisation nouvelle, qui se mettait en place, ne pouvait être différente qu'à la condition de s'appuyer sur des individus ayant une claire conscience de la transformation nécessaire de leur mentalité et même de tout leur être. La conquête de l'Ouest reposait sur le mythe de l'homme nouveau. Or, en privilégiant non le progrès de la conscience mais le progrès de la technique, non l'élargissement des facultés humaines mais le développement économique, en détruisant les indigènes qui gênaient une expansion ressentie comme une nécessité vitale, les Blancs ont assassiné leur propre espoir en un monde meilleur. Le western, ayant d'abord exalté la grandeur de la conquête d'un nouveau monde, aboutit à l'évocation des espoirs déçus et des consciences tourmentées. L'idéal de justice et de liberté s'est tout à la fois forgé et détruit dans l'édif […]
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