Né en Thuringe, à Georgenthal, en 1945, Werner Schroeter est un des rares exemples de cinéaste ayant débuté dans le cinéma expérimental et underground, qui, après avoir bénéficié du soutien de la télévision, put accéder en quelques années au monde du cinéma professionnel, et ce alors que plusieurs de ses amis, dont R. W. Fassbinder et Daniel Schmid, occupaient le devant de la scène du cinéma d'auteur allemand.
Conquis par les formes d'expression cinématographique expérimentales du festival de Knokke-le-Zoute en 1967, Werner Schroeter commence à filmer en autodidacte, en utilisant le vieux format 8 mm. Musique et théâtralité caractérisent déjà son approche du cinéma, et les nombreux petits films qu'il réalise coup sur coup mêlent diverses expérimentations (improvisation, montage aléatoire, double projection) à des références à l'opéra, qui l'amèneront à conduire une carrière parallèle de metteur en scène à partir de la fin des années 1970, et qui persisteront à travers toute son œuvre. Cinéaste baroque et « décadent », Schroeter trouve son inspiration chez Verdi, Donizetti, Oscar Wilde, voire Lautréamont, non sans pratiquer le mélange des genres, comme le montre bien la bande-son de ses films, où se télescopent la grande tradition classique et la musique de variétés allemande, de Zarah Leander à Caterina Valente. Ses premières productions sont diffusées dans les lieux consacrés à l'avant-garde (galeries d'art, musées, manifestations spécialisées). Dès 1969, son long-métrage 16 mm Eika Katappa est remarqué au festival de Mannheim, et acheté par une chaîne de télévision.
Essentiellement grâce au soutien de la ZDF (la deuxième chaîne publique allemande), Werner Schroeter va réaliser coup sur coup sept longs-métrages, dont Salomé (1971, d'après Oscar Wilde), Macbeth (1971, très libre adaptation de Shakespeare et de l'opéra de Verdi), La Mort de Maria Malibran (1971), le film qui l'a véritablement imposé à la critique française. Il revendique en premier lieu un cinéma non narratif, vagabond, parfois […]
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